Athlétisme, Mondiaux d’Osaka : Autopsie d’un carnage annoncé

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« On le sait Bernard, c’est un peu le baromètre de la santé de tout l’athlétisme du pays. Quand un relais 4x400m marche, c’est que ça va bien. » Ainsi parle le prophète Patrick Montel quelques minutes avant que Fadil Belaabouss et son équipe de tocards ne passent le témoin à Leslie Dhjone avec 15 secondes de retard sur les autres.

Ils étaient 50 au départ. Aujourd’hui ils ne sont plus que deux : Yohan Diniz et Romain Mesnil ont donc été les deux seuls médaillés français de ces championnats du monde d’athlétisme. Il y en aura toujours pour dire qu’on a déjà fait pire et même Patrick Montel pour parler de résultats pas si catastrophiques, voire même porteurs d’espoirs. Hélas, le bilan est là : il est désastreux. Même Bernard Amsalem, le président, et Franck Chevallier, le DTN, le reconnaissent, le négatif l’emporte sur le positif. En effet il est difficile de nier l’évidence : la France est 24e nation mondiale. D’aucuns diront qu’elle est devancée par des nations mineures et ils auront bien tort. La réalité est que la France est une nation mineure de l’athlétisme. Dans une telle situation, on cherche toujours les coupables. Les deux patrons de l’athlétisme ont donc livré leur analyse. Selon eux, c’est la faute à des athlètes trop peu performants qui ont manqué de sérieux et de rigueur. Autant dire un véritable scoop.

Mais au fait, ces athlètes, s’ils étaient si mauvais, que foutaient-ils au Japon ?

Si l’on se base du strict point de vue des critères, ils avaient leur place. Hélas, ces critères ne sont pas assez selectifs. Selon les disciplines, les minima devraient être durcis et associés avec des résultats en championnat de France ou en meeting, un peu comme les trials américains, en quelque sorte, avec possibilité de repêchage. Ainsi ne se présenteraient que les athlètes en forme et pouvant espérer « faire quelque chose », comme le rappelle Amsallem. Celui-ci n’hésite d’ailleurs pas à révèler que plusieurs membres de l’équipe de France n’avaient aucune chance et qu’on les a emmenés faire du tourisme. Pour les JO, ça ne se passera pas comme ça nous promet-on. C’est sûr, il sera difficile de faire pire. Mais qui pouvait sérieusement croire que Doucouré allait conserver son titre, que Baala allait enfin régner sur le monde, que Keita n’est pas une escroquerie, que les relais sont encore compétitifs, que Barber retrouvera un jour son niveau d’antan, que Kapek est bon et que dire de Montebrun qui, finalement, ne gagnera sans doute jamais rien ? La plupart de ces athlètes n’auraient jamais dû ne serait-ce que fouler la terre nipponne.

Qui les a selectionnés ?

Le président et le Directeur technique national, qui n’ont pas demissionné alors qu’en reconnaissant la faillite des athlètes qu’ils ont choisi, c’est leur propre echec qu’ils mettent en lumière.

Génération M’Bandjock

La France a le potentiel, mais sa politique de détection et de préparation est en faillite. Et ce n’est pas seulement une question de culture de l’athlétisme, qui est moins populaire chez nous que le foot ou le judo. Car évidemment, on ne sera jamais comme les Etats-Unis. Et si vraiment il n’y a personne, alors mieux vaut laisser un vide plutôt que de combler artificiellement un déficit de talent par une brêle quelconque selon la bonne vieille charité française qui depuis Coubertin laisse croire à ses athlètes que l’important est de participer. Pour bien comprendre où pèche l’athlétisme français, on peut évoquer l’opération « Destination Athlé 2012 » consistant à aguérir de jeunes athlètes prometteurs en vue des JO de Londres. C’est une noble idée, encore faut-il qu’ils soient vraiment prometteurs. Qui peut croire que Dossevi, qui n’est pas capable de passer 5m40, sera un jour, ne serait-ce que le nouveau Galfione ? Mesnil lui même, s’il a mis du temps à confirmer en compétition sénior, n’avait que 22 ans lorsqu’il devint champion d’europe espoir avec un saut à 5m93 ; une autre planète.

Au rang des satisfactions, en plus des médaillés, évoquons Djhone, qui se prépare à collectionner les finales ; Barras qui avec une première journée moins catastrophique peut espérer beaucoup ; Boslak qui a réussi enfin une performance de premier plan en competition et Skotnik qui, comme le veut sa discipline, essaie de sauter haut. Pour les autres, il y a vraiment de quoi s’inquiéter.

Une réflexion au sujet de « Athlétisme, Mondiaux d’Osaka : Autopsie d’un carnage annoncé »

  1. Donc selon vous la fédération française ne devrait envoyer que des médaillés potentiels???
    Hé bien elle serait belle la délégation…
    Je trouve au contraire que d’envoyer des jeunes qui n’ont pas de chance de médailles est une bonne chose, cela permet tout d’abord de leur forger une experience en vue du temps ou ils seront « médaillés potentiels », cela permet ensuite de voir des français à la télé qui battent leur records, qui sont heureux (bellaabouss, guégan), et qui permettent ainsi de promouvoir leur discipline auprès des jeunes (qui comme tout le monde le sais passe leur temps devant la télé). De plus pour des athlètes qui se sont entrainés comme des singlés toute l’année, cette selection aux mondiaux est une récompense, une motivation pour continué l’année suivante.
    En effet Kéita est un idiot et Montel une chèvre mais pour information dossevi à lui aussi été champion d’europe espoir, et que élodie guégan sera un jour médaillée à des JO ou à des mondiaux.

    Je ne supporte pas les valeurs coubertiennes, mais encore moins les valeurs hyperélitiste que vous semblez défendre dans cet article.

    Bonne continuation

    Canadien

  2. Cher Canadien,

    Tout d’abord, je vous remercie de réagir à nos articles, nous apprécions toujours avoir des retours sur ce que nous écrivons.
    Comme nous avons l’habitude de le faire face des spécialistes du sport comme vous, nous allons vous répondre le plus précisément possible.
    Sachez que vous ne lisez pas attentivement. A aucun moment nous n’avons écrit qu’il fallait être capable de faire une médaille pour être sélectionné, nous n’avons d’ailleurs fait que réutiliser le terme employé par la fédé : « Faire quelque chose». Cela signifie, pour nous, une place de finaliste et pour les instances une place dans les 16 (Christophe Cheval dirait dans les 100). Mais pourquoi ne pas en effet, comme vous semblez le suggérer, instaurer comme critère « de s’entraîner comme un cinglé» pour être du voyage. Ainsi mon petit frère qui en bave réellement pour passer 1m30 en hauteur aurait pu découvrir le Japon cet été. C’est vraiment gentil de votre part. Vous ignorez sans doute que les championnats du monde malgré leur nom ( certes trompeur) ne sont pas ouverts à tous les gens du monde qui s’entraîneraient sérieusement pour y participer. De plus c’est une compétition, où le but est de gagner contre les autres et pas seulement contre soi-même en battant son propre record à la télé devant papa qui se gratte les couilles sur le canapé les yeux mouillés par l’émotion.
    Mais votre conception est intéressante et elle a, en plus, le mérite d’exister. Pourquoi ne brigueriez-vous pas un mandat de président de l’IAAF pour enfin faire entendre vos idées ?
    Concernant Dossevi, nous avons simplement comparé ses perfs avec celles de Mesnil dans la même catégorie d’âge. On se fout du titre de champion d’Europe espoir, ça ne veut rien dire. En revanche 5m93 contre 5m75, il semble qu’il y ait une toute petite marge. Non ?
    Enfin, si vous avez un peu d’argent à perdre, n’hésitez pas à parier sur des futures médailles mondiales de Bellaabouss ou Guégan.

    Merci encore
    Cordialement

    L’équipe du Vestiaire

  3. Bof, de toute façon, tant que le grand ménage n’aura pas été fait dans le petit monde des winners dopés, les français continueront à s’enflammer avant les grands championnats et à repartir la queue entre les jambes… Remarque,même dopés, certains n’avancent à rien (non non je ne vise personne)!
    Plus sérieusement, pour moi, un athlète ayant réussi les minimas et étant en forme au moment de la compèt mérite de participer. S’il se défonce (dans le sens du dépassement de soi hein, pas l’autre sens) et qu’il bat son record, on ne peut pas lui en vouloir d’avoir donné le meilleur de lui-même, c’est juste que les autres sont plus forts, mieux préparés (et/ou mieux dopés). Et c’est ballot…

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