Coupe du monde, France-All Blacks : Le trou noir

C’était en octobre 2007, le Vestiaire acceptait encore les papiers sans vannes et les points d’exclamation quand il y avait du style.

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Retour sur la victoire des Bleus à Cardiff et sur la demi-finale, qu’il ne faudra surtout pas aborder par dessus la jambe.

Par Peyo Greenslip

La France est en demi-finale et partout l’on crie à l’exploit. A croire, que les tricolores ont ramené dans leurs sacs Queschua suffisament de viandes avariée et autres grosses vaches tachetées rousses pour duper tout un pays. Et si cet ultime drop de Luke (je suis ton père) Mc Allister avait troué les pagelles d’un Millenium au couvre-chef métallique, on serait à l’heure actuelle en train de bruler le scalp de Laporte en même temps que les attributs de Lapasset. Cherchez l’erreur. On ne peut en vouloir à ces milliers de personnes de se laisser griser par ces effluves de bonheur. Souriez, chantez, oubliez… Par contre, on sera davantage intransigeant avec un XV de France qui a arraché une à une en quatre-vingts minutes, les épines qu’elle s’était amusée à se planter dans les pieds, juste pour les beaux yeux du redoutable Charles Villeneuve (un France-Ecosse en quart, ça aurait eu une autre gueule), s’il trébuche désormais sur l’une des deux dernières marches.

Vol de nuit

Si la France a renversé la montagne black, elle le doit à quatre facteurs (non pas toi Diniz). Tout d’abord, à une erreur d’arbitrage. Les Bleus ont en effet peiné à trouer le rideau défensif noir. On en attendait pas moins. Mais en plus d’une insolente efficacité (hormi dans les tirs au but d’Alan Boksic), les Français ont bénéficié de la complicité de M. Barnes (lire Bean, haricot). Le plus jeune arbitre du tournoi, qui a omi de siffler l’en-avant entre Traille et Michalak, peut néanmoins compter sur le soutien de ses confrères. « Il est incontestable dans l’action, expliquera plus tard l’ancien arbitre français René Hourquet. J’étais au stade, on le voit. Je ne comprends pas comment un arbitre qui est à hauteur de l’action ne le voit pas et il y a le juge de touche, il y a deux paires d’yeux qui n’ont pas vu mais ce dont je suis sûr c’est qu’il n’y a eu aucune volonté de l’arbitre de ne pas le voir. » CQFD. La deuxième clé du succès bleu réside dans l’abnégation, la détermintaion et le don de soi dont ont fait preuve les Français. Mais nous ne verserons pas dans le dramaturo-lyrique tant il apparait tout à fait normal que des joueurs qui disputent là un billet pour une demie sur leur terre affichent une telle motivation. Troisième raison de cette victoire, la suffisance des Blacks. Bercés par l’illusion d’un premier round bien tranquille, les déménageurs de Graham Henry n’ont jamais remis en cause leur idéal de jeu. Sauf que lorsque le couteau bleu est venu se pointer sous leur gorge, les joueurs du long nuage blanc ont connu un pénible retour sur terre, restreignant leur jeu (David) alerte à un tête-à-tête frontal où ils laissèrent leur énergie et leurs rêves. Un mal auquel les Néo-Zélandais commencent à s’accoutumer, puisqu’ils n’ont plus attteint la finale depuis 1995 et payent leur manque d’approche des matchs couperets (la culture des phases finales). Enfin, comme nous l’écrivions la semaine dernière, le banc a su offrir une alternative judicieuse après le repos. Celui des Bleus, bien entendu, guidé par la densité de Szarzewski et Chabal et l’opportunisme de Michalak. Mais plus que tout, ce fut le banc des Blacks qui tira tout un groupe vers l’abîme. Ce n’est pas un hasard si la sortie de Carter coïncide (n’oublions pas que Mc Alister était out dix minutes) avec le retour français. Là où le beau gosse avait maintenu les Bleus sous pression par son pied gauche tout au long de la première mi-temps, Evans et Mac Donald dont le jeu au pied est aussi performant que les sandwichs équilibrés, peinèrent avec leur botte. La sortie de Kelleher priva également les Blacks de dynamisme et les condamna à réduire leur périmètre de jeu.

Grandeur et décadence

Voici les Bleus, euphoriques et portées par une liesse toute nouvelle, à quelques encablures de leur objectif initial, sur une voie désormais royale, dégagée de l’autobus noirâtre. Qui mieux dès lors que l’Angleterre, notre cher meilleur ennemi, pour venir nous enfourcher des bâtons dans les roues. Boostés par un pack conquérant et bien organisé, les Anglais sont en plus revitalisés par le retour de Sir Jonny Wilkinson. Autant dire qu’il conviendra de prendre ce match au sérieux et de ne pas céder à ce mal si français (cf 87 et 99) d’enchaîner un exploit par une désillusion au moins aussi grosse. Grandeur et décadence. D’autant que dans les deux cas évoqués ci-dessus, la fatigue inhérente à l’exploit précédent avait coupé court aux espoirs nourris du feu ardent de l’impossible victoire. Par conséquent, il conviendra aux Bleus, face à des joueurs au profil physique plus raisonnable, de ne pas se gargariser de ce succès de standing et d’empoigner le match par le bon bout. Ensuite, il ne sera plus alors question que de gérer. Dans cette optique d’enflammer le match, Laporte pourrait faire appel aux feu-follets toulousains Poitrenaud et Michalak (Traille glissant au centre). Le futur sud-africain aurait alors l’occasion de prendre sa revanche sur sa demi-finale ratée de 2003, déjà face à l’Angleterre, déjà face à Jonny Wilkinson. Le pied de Beauxis se révélant ensuite plus à même de boutter les rosbeafs hors de France. Mais que l’on ne s’y trompe pas, les trois-quarts seront confinés à la portion congrue du travail. Vexés par la double défaite d’avant Mondial (c’était il y a un siècle), les Anglais promettent un véritable conflit ouvert (ou plutôt fermé) aux Français. Il faudra donc un pack de combattants, dont on souhaite qu’il puisse être guidé par sa garde noire Betsen-Dusautoir. Pour le reste, les deux premières lignes devraient ressembler à celles de Cardif où elles ont tenu héroïquement face aux assauts néo-zélandais.
Une bataille de gagnée. La guerre se poursuit. L’objectif est clair : la victoire finale !

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