Jeux olympiques, Tokyo : Jeux interdits

Le Japon n’a jamais trop aimé les étrangers. Avec le Covid il les aime encore moins. Alors quand il s’agit de mêler tout ça avec des JO, il les aime plus du tout.

Il est 21h45 jeudi dernier dans le quartier de Ueno, non loin du parc et du zoo du même nom. Comme chaque soir des dizaines de japonais viennent digérer et surtout boire leur journée de travail dans les izakaya, ces tavernes où l’on peut se restaurer sur le pouce. Ici des bières, là quelques brochettes de peau de poulet accompagnées d’Edamame, ces petites fèves vertes bien meilleures que celles que l’on obligeait nos enfants à manger dans les années 90. A première vue, rien ne change par rapport à une soirée ordinaire dans la capitale du pays du soleil levant, hormis un grand nombre d’échoppes fermées bien plus tôt que d’habitude et des rues plus vides qu’à l’accoutumée. A première vue mais pas que. 


Jeux oubliés

Il faut se rendre à l’évidence, ici on pourrait même se demander, si, hormis quelques petits drapeaux dissimulés ça et là, ou une poignée de produits dérivés vendus au fond des magasins, des Jeux olympiques se sont vraiment déroulés à Tokyo. Des JO qui n’auront donc existé qu’aux abords des sites officiels accueillant des épreuves. Et n’auront été vraiment appréciés par les locaux que là, à l’image des files ininterrompues de Nippons venus se prendre en photo devant les anneaux olympiques, situés entre le stade Olympique et la statue du fondateur des Jeux, le baron Pierre de Coubertin.

Et encore, le soir de la triste cérémonie d’ouverture dans ce même stade, des voix de manifestants anti-Jeux présents à l’exterieur, couvraient parfois les animations. La Covid aura donc bel et bien bouleversé l’événement sportif le plus prestigieux de la planète, au point d’en arriver à vouloir en dissimuler jusqu’à son existence, pour le rendre le plus discret possible. Conséquence, une schizophrénie s’est installée pour permettre aux Jeux de se dérouler le plus normalement possible, tout en essayant de respecter le souhait de près de 80% de la population qui n’en voulait pas, ou plus, par peur, sans doute plus irrationnelle qu’autre chose de voir le monde entier venir répandre un virus qui était pourtant déjà présent.

 
Organisation désorganisée

Paranoïa xénophobe ? Principe de précaution ? Quoi qu’il en soit, c’est ainsi qu’athlètes et observateurs se sont vus officiellement controlés et traqués dans leurs moindres déplacements. A coup de tests PCR, quotidiens ou presque, et déplacements définis à l’avance. Officiellement, car dans la réalité l’étau a finalement été beaucoup moins serré que prévu. Initialement, les autorités japonaises avaient mis la pression sur tous les participants aux JO, observateurs comme athlètes. Prise de température quotidienne, par l’orifice que l’on préfère, transmissions régulières des données, applications diverses auxquelles personne n’a jamais rien compris, quarantaine stricte ou encore validation a priori de tous les déplacements prévus. Les ambitions étaient élevées pour tenter d’éviter tout contact avec la population locale, déjà écartée des stades, et montrer patte blanche aux citoyens qui ne voulaient plus de ces Jeux. Dans les faits, l’organisation a rapidement du revoir ses plans par manque de moyens pour les faire appliquer. Au final de dérogation en dérogation, hormis les tests PCR et la température, il ne restait pour élément de contrôle qu’un bénévole souvent très âgé assis, jour et nuit, à une table dans le lobby des hôtels officiels, qui ne contrôlait… rien du tout. 

Nippons, ni mauvais

Il reste que la situation a presque effacé toute ferveur. Entre stades vides, animés uniquement par les délégations d’athlètes disponibles pour venir faire le nombre, et une logistique sous dimensionnée qui laissait à désirer, comme les bus de transport réservés aux personnes accréditées mais trop peu nombreux et parfois en retard. Difficile à croire dans un pays connu pour sa ponctualité et sa rigueur logistique. Heureusement, il y a eu les exploits inhumains de Karsten Warholm et Caeleb Dressel, ou celui plus crédible de Clarisse Agbegnenou,  diffusés et célébrés par les télévisions du monde entier pour laisser au sport sa qualité principale, qui est de faire rêver. Mais les Japonais semblaient, eux, surtout rêver que ces Jeux n’aient jamais eu lieu.

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