Jules Bianchi : Et Senna s’Imola

Senna est mort sur TF1, Prost sur Canal. Pourquoi Schumi a-t-il attendu que les cameras s’éteignent ? On ne sait même pas si Vettel sait skier.

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1er mai 1994, Saint-Marin accueille la troisième manche de la saison, chorégraphiée par Franck Williams. Un spectacle rôdé.

Tout commence le vendredi 29 avril, durant la première séance d’essais qualificatifs, lorsque la Jordan de Barrichello décolle à 225 km/h sur un vibreur que la plupart des femmes et maîtresses de pilotes auraient évité, puis décide de rendre un hommage déjà posthume à Surya Bonaly en réalisant  plusieurs tonneaux avant d’atterrir renversée. Il s’en sortira aussi indemne (nez et bras cassé) que Yohan Diniz.

Hélas, il y a toujours des enfants qui veulent faire comme ils ont vu à la télé. Et le lendemain, c’est Roland Ratzenberger qui s’y colle. Il n’épargnera ni sa Simtek, ni son crâne. Mais Bernie Ecclestone ne veut pas en rester là. « A l’entraînement c’est bien, en course c’est mieux », glisse-t-il malicieusement à Eric Comas pour qu’il soit à la hauteur de son patronyme. Mais, pour lui, piloter c’est déjà bien compliqué et il ne prendra pas le second départ. Et c’est finalement Pedro Lamy qui sera le suivant à tenter sa chance, parti prudemment dernier, comme à son habitude, son permis karting ne fut pas suffisant pour éviter Lehto qui avait calé au feu vert, ni pour trouver la route du cimetière. Des spectateurs jaloux eurent même la bonne idée d’être blessés par des débris. Grandiose.

Schum péteur

Six tours après le second départ, Senna attendit 14h17 pour mettre un terme définitif à sa trop longue carrière dans la courbe de Tamburello. Jamais avare de surprise, le Brésilien n’avait prévenu personne. Briatore en chiale encore aujourd’hui, lorsqu’il évoque, entre deux putes sénégalaises, l’absence de champagne sur le podium. Mais désormais la Formule 1 n’aura plus la même gueule, Lauda non plus. Schumacher l’emporta comme un passage de témoin, mais curieusement, Larini n’atteignit plus jamais la seconde place. Il loue encore chaque 1er mai la générosité d’un pilote samba qui lui offrit le seul moment de gloire de sa carrière.

Pendant ce temps-là, Bianchi a imité Schumacher pour fêter comme il se doit les 20 ans du départ de Senna.

 

Bilan F1, Vettel 2013 : Prost perd youplaboum

Miracle de Noël, notre spécialiste F1 Henri Carl a repris du service pour vous offrir la suite de son bilan de la saison. Saison qu’il a eu toutes les peines du monde à raconter sur le Vestiaire cette année même s’il a été le seul à annoncer le jour de sa sortie, le bide du film Rush. En 2014 il promet d’éviter les figures du style du genre « une inspiration aussi sèche qu’un lézard au soleil » même si ça lui va si bien. On ne lui demandera même pas de devenir drôle du jour au lendemain, ni même d’imaginer l’avenir de Vettel. Il a quand même essayé et rien que pour ça on lui pardonne. Et puis non après tout comme disait Bud Spencer, « Dieu pardonne, moi pas ».

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Par Henri Carl

Vettel est-il le plus grand pilote que la Terre ait compté ? La question revient sans cesse, et ça fait des semaines que je raconte les mêmes conn… pardon, des semaines que j’y réponds. Fangio est mort, Clarke n’est pas au mieux, Lauda a laissé une partie de son visage dans Rush et l’autre dans sa voiture, Prost, Senna, Piquet, Mansell, Hill, Villeneuve et Hakkinnen ont-ils un jour approché l’Allemand au charisme de bigorneau dans une assiette de Noël ? Quitte à choquer, je dirais une nouvelle fois que la plupart lui sont bien supérieurs mais que la plupart n’ont jamais possédé une telle différence de classe entre leur bagnole et celle des autres. Tout le monde n’a pas Newey pour dessiner sa F1. Il y a bien-sûr eu la Williams des nineties mais personne ne l’a conduite au delà d’un an. Quand Vettel a commencé à piloter la fameuse Red Bull , le frère Schumacher était encore considéré comme un outsider. Non, je déconne il était déjà un vieux pilote pistonné bien pourri. Son aîné en revanche a régné avec deux constructeurs radicalement différents. C’est là que réside bien le grand écart entre les deux.

Alors évidemment il reste une autre question : comment est-il possible que Webber ne fasse pas les mêmes performances s’il n’y a que la voiture qui compte ? A cela, je vous répondrai : « vos gueules ». C’est mon article, je fais ce que je veux. En des termes plus diplomatiques il me faudrait juste rappeler que Vettel a aussi une écurie toute à sa gloire. Webber n’a pas une charette comme tous les adversaires mais ce n’est pas une foudre de guerre non plus. Vettel n’est pas le champion du siècle dernier ou de l’actuel mais il est une époque, pas si lointaine, durant laquelle il faisait des coups d’éclats, rigolait et réussissait à placer sa Toro Rosso en première ligne ou sur la plus haute marche du podium. Durant cette époque, il était aussi capable de gâcher une belle occasion par envie d’en faire trop. Et oui d’un paragraphe à l’autre je me contredis mais si j’avais autant de talent que Vettel ça se saurait.

Vettel pilote maintenant avec sa tête, il n’a donc pas trop forcé son talent mais a répondu présent lorsqu’il fallait le faire. Il n’a pas pété les plombs et s’il n’a pas été « flashy » (comprenne ce terme qui pourra NDLR), il a été dominateur et fin gestionnaire. Il gagne mais il s’éclate moins et du coup nous aussi mais il existe heureusement Youporn pour ça. Webber a donc fini sa très modeste carrière sur une saison en demi-teinte (3ème au classement final avec cinq meilleurs tours, mais sans aucune victoire malgré deux pôles) et Ricciardo ne devrait pas non plus trop bousculer Vettel même si sa saison a été intéressante compte-tenu de sa monture qui n’est ni chanteuse, ni actrice X.

Alors Vettel peut-il dépasser Schumacher ? On lui souhaite pour ce faire d’avoir une bonne voiture à chaque saison car on ne le sent pas aussi fort mentalement que le Kaiser ou Alonso dans les moments difficiles et il a parfois tendance à baisser les bras lorsque l’horloge ne tourne plus rond. J’y connais rien ?

Rallye de Monte-Carlo : Rebelle et Sébastien

Sébastien Loeb sera-t-il encore champion du monde quand Gervais Martel sortira de prison ?

Et dire qu’un mafieux russe a bien failli nous faire rater ça. Pour un peu, personne n’aurait pu voir la résurrection du Monte-Carlo et ses passes d’armes dantesques à l’avant. En 2008, juste avant que les francs-maçons de l’automobile club de Monaco ne perdent le label WRC de leur sauterie de début d’année, Le Vestiaire s’était attiré les foutres de tous les clubs de tunning d’Alsace et de France pour avoir osé écrire que Sébastien Loeb avait gagné la course avec 2’30’’ d’avance « en roulant pendant deux jours le bras gauche à la portière ».

Il a gardé sa fenêtre fermée cette fois tant la pression de Dani Sordo se faisait forte. Avec 2’45’’ d’avance en roulant pendant trois jours en quatrième, le champion du monde 2004, 2005, 2006, 2007, 2008, 2009, 2010, 2011 et 2012 sait très bien qu’il n’a cette année qu’une marge infirme sur la concurrence. Hirvonen n’est plus le gentil faire-valoir d’il y a quatre ans, Latvala voit parfois les spéciales de la deuxième journée, Solberg ne fait pas ses 37 ans et la densité est énorme derrière. La preuve : François Delecour n’a pris que la 6e place ce week-end. A quand le retour de Colin McRae ?

Polo l’accoste

Le paysage du WRC a tout de même sacrément changé depuis 2008 et pas seulement parce qu’on ne se fait plus chier aujourd’hui à aller en Jordanie ou au Japon. Non, les deux dernières saisons ont surtout vu l’émergence d’un futur grand du rallye, à la fois humble, patient et discret : Sébastien Ogier.

La montée en puissance de son ancien coéquipier a permis à Sébastien Loeb de montrer son vrai visage. Celui d’un pilote hors normes qui aime tant la compétition qu’il n’accepterait jamais d’être protégé par une consigne de son écurie et d’un homme qui aime si peu l’argent qu’on ne le verra pas de sitôt faire de la pub pour des stations de lavage.

Heureusement pour lui, il faut deux ans à Volkswagen pour préparer une Polo. Et ça, ça fait bien marrer nos amis du tunning.

Dakar : perdus dans le dessert

Sportif polyvalent, Sébastien Deleigne se mesurera-t-il un jour au Sahel argentin ?

Souvent, le soir, entre deux tequila paf au coin du feu, Dominique Le Glou et Gérard Holtz se rappellent le temps où leurs vertèbres supportaient encore les tapis de sol, où Hubert Auriol ne connaissait même pas l’existence des Lanta-naï et des Korok et où Daniel Balavoine sortait des nouveaux singles chaque année.

Parfois, quand les rondelles de citron viennent à manquer, nos deux bronzés ont un peu de nostalgie pour toutes ces années pendant lesquelles ils ne savait pas trop avec quelle saloperie ils allaient bien pouvoir rentrer de leur expédition hivernale dans les bordels du Tiers-Monde.

Desprès ou de loin

Depuis qu’Al-Qaïda au Maghreb les a éloignés encore un peu plus de leurs femmes, le grand reportage du mois de janvier n’est pas plus risqué qu’une promenade dans les bois. Heureusement, la course, elle, n’a pas perdu son esprit d’origine, celui des vrais philanthropes simplement heureux de montrer leur voiture aux petits noirs quand il ne sont pas dessous.

Ce n’est pas parce que les concurrents ont aujourd’hui des toilettes et des douches escamotables à chaque bivouac, qu’ils dorment dans les couchettes de leur camion d’assistance ou qu’on leur enlève dix minutes quand ils se se sont plantés dans la boue que le Dakar est devenue une vaste machine Afrique.

Sur la corde raid

Non, comme la voile d’aujourd’hui, le rallye raid a su garder au fil des ans son esprit d’aventure et de débrouille. Seuls onze hélicoptères et soixante médecins urgentistes suivent la caravane. Pire, ils peuvent mettre jusqu’à 20 minutes pour intervenir en cas de problème. Une éternité dans le désert.

Nos courageux ont pour seules chances de survie un GPS, une balise de détresse et les systèmes Sentinel et Iritrack. C’est bien peu face à l’immensité du Sahara péruvien. Le Dakar continue d’ailleurs chaque année de faire des veuves en Europe et ce n’est pas demain la veille qu’on verra les organisateurs neutraliser une étape pour vingt centimètres de neige.

Rallye : Pas toujours Dakar

C’était il y a un an, le Vestiaire ne savait déjà pas sur quoi ecrire
 
Cyril Despres ne verra pas les bords du Lac Rose cet hiver.  Et pourtant, le Front Polisario n’a pas encore de branche sud-américaine.

Le débat est aussi vieux que le dernier single de Balavoine. Aventure humaine ou entreprise néocolonialiste, le Dakar n’a en tout cas jamais intéressé grand-monde au-delà des 500 connards engagés (vidéo), de leurs familles et des journalistes qui les suivent dans les bordels du Tiers-Monde. A une période où même Le Vestiaire ne sait pas très bien sur quoi écrire, le rallye tombe à point pour remplir des pages que seuls les sponsors lisent. Gérard Holtz n’a pas besoin de passer en cabine pour garder son bronzage et les petits chefs d’entreprise ont chaque janvier une tribune inespérée dans leur bulletin régional.

Le Dakar, ce n’est pourtant pas qu’une course de nouveaux riches vagabonds, contents de pousser pendant deux semaines le 4×4 que leurs fausses blondes prennent le reste de l’année pour aller faire leurs courses. Il y a aussi les vrais philanthropes, ceux qui veulent juste voir de plus près la misère du monde. Prenez Califano. Il ne connaissait de l’Afrique que l’Ellis Park et un morceau de Max Brito. Sa première sortie dans la pampa saharienne aura fait tomber deux-trois écoliers et pas mal de clichés : les autochtones parlent un dialecte proche de l’Espagnol et il y a après tout au bord des routes beaucoup moins de noirs que dans les faubourgs de Toulon. S’il savait ce que c’était, il penserait que l’apartheid sévit encore.

Despres ou de loin

Le Buenos-Buenos, au moins, ne devrait cette année pas trop faire remonter la mortalité infantile des pays visités. Les petits Chiliens ont déjà vu des voitures, ils sauront s’en écarter. On laissera le chapitre environnemental aux experts pour mieux s’intéresser aux grands noms de la course. Si Le Vestiaire devait établir un autre de ses Palmarès, il aurait bien du mal à savoir qui de Vatanen, Lartigue, Saby, Schlesser, Peter en selle, Masuoka, Tina Thörner, Sainct, Despres ou Yakoubov mériteraient de rentrer dans le Top5 derrière le Kangoo de Luc Alphand et Fabrizio Meoni, le seul à avoir apporté un peu d’humanisme au Dakar. Sans même sauter d’hélicoptère.

Pendant ce temps-là, une poignée de Bretons fait la course entre les Sables-d’Olonne et les Sables-d’Olonne. Yann Eliès finira à cloche-pied.

Rallye, Sébastien Loeb : A un de C4

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« Je crains des gains », affirmait Sébastien Loeb dans l’interview imaginaire qu’il nous a accordée au début du mois. Il a aujourd’hui plus de chances de Grand Chelem que Retière et Ibanez.

Si Le Vestiaire n’avait pas déjà posé dans son édito de la semaine une de ses questions interdites, il ne se serait sans doute pas (Marc) Gené d’aborder aussi celle-là : Sébastien Loeb peut-il gagner tous les rallyes de la saison ? Bien sûr, le sport mécanique est fait d’impondérables, de moteurs qui déraillent et de fossés mal placés. Le meilleur pilote de l’Histoire n’est pas lui-même à l’abri d’une erreur ou d’une pénalité de la FIA, mais sa domination est aujourd’hui telle que le doute est permis.

Il n’a d’abord plus rien à craindre des autres faire-valoir : Hirvonen a laissé passer sa seule chance sur la neige norvégienne, qu’il n’a pas voulu balayer le deuxième jour. Les dirigeants de Ford ont pour une fois payé leurs tactiques antisportives et si on ne faisait pas attention à notre niveau de langue, on écrirait que c’est quand même bien fait pour leur gueule. C’est en tout cas bien malheureux pour le Finlandais voulant, qui a touché ses limites depuis la saison dernière dans les ornières de Loeb. Il n’a de Grönholm que la nationalité et le quart du talent. Sa voiture est au niveau, mais le charisme ne s’achète pas.

C’est un peu plus compliqué derrière : Latvala sera dangereux quand il finira ses courses, Sordo attend sagement la retraite du patron et Solberg-Solberg se suffisent à eux-mêmes. Loeb a pris un tel ascendant psychologique sur ses rivaux qu’ils commencent chaque course avec la seule ambition de prendre le dimanche une des deux places vacantes du podium.

L’album Panizzi

Battu une seule fois à la régulière la saison dernière, en Turquie, le Français ne devrait pas l’être cette année. La fiabilité de sa C4 et la régularité extrême de son pilotage donnent encore un peu plus corps à nos idées de Grand Chelem. Comme Alessandro Zanardi, le championnat a en plus été raccourci : il ne lui reste plus que dix courses à gagner, à peine trois fois plus que n’en affiche le palmarès de Delecour.

En retirant de son calendrier tous les rallyes asphalte, la FIA espérait niveler les valeurs. Elle a sans doute confondu Loeb et Panizzi, conduire sur terre ne gêne plus beaucoup l’Alsacien. Sa domination nuit autant à son sport que son absence serait préjudiciable. Qui se ferait sincèrement chier, sans lui, à regarder trois buses faire de la poussière ?

Pendant ce temps-là, Sébastien Ogier attend toujours sa part de l’héritage.

L’attente hâtive de Loeb

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Il ne manquait plus que le RAC au plus beau palmarès du sport français. Loeb veut maintenant montrer qu’il peut faire mieux que Bourdais en F1. A 34 ans, il ne porte toujours pas de lunettes.

Il y a ceux qui attendent sagement leur tour et ceux qui n’y croient plus vraiment. Il y a ceux qui ne manqueront pas à grand-monde et il y a Didier Auriol. L’éternel cinquantenaire du rallye français devrait bientôt pousser jusqu’à Monte-Carlo la 207 qu’il n’utilise plus que pour faire ses courses, le samedi. Elle consomme moins que la Celica. Sa Japonaise, comme celle de John Lennon, a fait rêver plusieurs générations de prépubères avant que l’Impreza de McRae ne fasse la jaquette du V-Rally Platinium.

La grandeur nippone s’est étiolée depuis aussi sûrement que l’accent bourgeois de Simon Jean-Joseph dans les médias. Loeb a gagné cette saison plus de courses que Richard Burnes dans sa carrière et Solberg et Atkinson savent bien qu’ils ne doivent pas qu’à la crise leur mise au chômage technique. Les résumés nocturnes de Thomas Sénécal n’ont curieusement jamais fait vendre de Subaru, surtout quand ils les montrent à la bagarre avec Skoda.

Ces gars, c’est plus Ford que toi

Pendant ce temps-là, allongé derrière le bar du St Davids Hotel de la baie de Cardiff, Loeb se demandait pendant combien de temps encore il devrait humilier ses collègues. Il a fait ce qu’il a pu pour laisser une course à Sordo et maintenir Hirvonen à portée, mais même les consignes de Ford n’ont pas suffi et il ne peut pas se fracturer l’épaule chaque automne, ça ferait louche.

Le Vestiaire n’avait eu besoin que d’un week-end monégasque, l’hiver dernier, pour sentir que l’Alsacien n’aurait que la gendarmerie corse pour concurrence. Il n’a plus rien à prouver en rallye : deux ou trois nouveaux titres sans panache n’apporteraient pas plus à son sport que Gigi Galli. Le microcosme WRC s’ennuie tellement qu’il veut à tout prix faire revenir Gronholm, sur Subaru. Et pourquoi pas Séverine comme co-pilote ?

Rallye, Moto, Formule 1 : Le bon, la brute et le truand

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Le Vestiaire poursuit cette semaine son printemps du cinéma. Le buffle mayennais, du pop corn plein la barbe, rigole encore de Ben Stiffler.

Le bon. Le monde, dit-on, se divise en deux catégories : il y a ceux qui tiennent à leur volant et ceux qui creusent. Lui, il creuse. Il n’y avait pas besoin d’être inscrit sur un forum de tuning pour voir au soir du premier rallye de la saison qu’une fois encore Sébastien Loeb aurait pour seule concurrence Dimitri Karbanenko et la gendarmerie monégasque. A part en Turquie, où les Ford s’étaient garées pour le laisser balayer, l’Alsacien a gagné toutes les courses qu’il a terminées. Ca fait déjà neuf : plus que Bernard Darniche en vingt ans de carrière. Latvala n’a pas fait illusion bien longtemps, les copains de Sordo le renient et les consignes d’équipe ne suffiront pas à Hirvonen pour faire la couverture de Men’s Health. Loeb va bientôt pouvoir se casser un bras en VTT.

La brute. Il porte des blousons de cuir et sa casquette de travers. Mike Di Meglio, c’est la terreur du plateau 125. Il se rase déjà, à 20 ans, et sa mobylette rouge force le respect des plus grands. Pierre-Henri Potherat lui-même se couche à chaque passage de ce monstre de puissance, un monocylindre de 80kg qui propulse le Toulousain à des vitesses folles les jours de grand vent. Arnaud Vincent a demandé hier aux Editions Sodis de brûler leur stock d'invendus : Di Meglio a battu de 8 ans son record de précocité.

Le truand. Il a réussi à faire croire au monde et aux modérateurs de son forum qu’il avait sa place en Formule 1. C’est fort. Sébastien Bourdais a offert à Claire, d’Istanbul à Singapour, la lune de miel dont elle rêvait. Il peut partir tranquille, elle verra encore le Japon, la Chine et le Brésil. Toro Rosso a déjà mis à l’essai la moitié de la GP2. Il n’y avait bien que Paul Newman pour croire qu’on ne cherchait qu'à remplacer Vettel. Bruno Senna, Sébastien Buemi, Salvator Duran, Takuma Sato : parmi ces noms se cache le successeur de Bourdais. Que fait Romain Grosjean ?

Pendant ce temps-là, Yvan Muller a le droit à une brève dans le JT de Pernault. Mieux vaut faire du tourisme que du ski de fond.

Automobile, 24 Heures du Mans : Pesca prolo

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De notre envoyé spécial dans les paddocks du Mans

Le grand gagnant des 24 Heures s'appelle Henri Pescarolo. Depuis 1972, il n'a pas changé, Double face non plus. Pourtant, il ne court plus, et Batman n'y est pour rien.

Red Bull ne s'y est pas trompé. Dès l'annonce par l'ACO, l'organisateur des 24 Heures, de brider les Audi et Peugeot à l'avenir, la marque de boisson énergétique est devenue sponsor d'Henri Pescarolo. Pourvu qu'il n'en foute pas dans le réservoir. Le quadruple vainqueur – c'était quand il conduisait – pourrait donc arrêter de compter sur les réservoirs percés des Peugeot pour faire des podiums. La course 2008 a pourtant failli foutre en l'air la bonne nouvelle. A 6 heures, l'une des deux Logan de chez Pescarolo rentrait aux stands, mais n'en ressortait pas. La seconde a rallié l'arrivée devant des mécaniciens sereins, les sourires de soulagement remplis de rognures d'ongles.

Pesca d'or

Après trois podiums consécutifs, le bilan 2008 paraît nul à chier. Il l'est, mais pourtant une seule voiture à l'arrivée, même dernière, aurait suffit pour assurer l'avenir de papy Riton. Car à force de l'ouvrir bien grande pour gueuler, même si on ne comprend pas toujours très bien, il faut prouver sa valeur. « La fierté, c'est d'être les premiers de la catégorie essence. Même si elle n'existe pas. » Il reste des lits disponibles à l'hospice de Mulsanne.

Heureusement donc que les tanks Audi et Peugeot vont ralentir. Si on ne les arrêtait pas, ils feraient 48 heures avec Pedro Diniz au volant, sans ravitaillement et sur les jantes. Pescarolo vient de comprendre : ce n'est pas parce que David Halliday fait 306 tours que 362 suffisent pour gagner. En virant Ayari il y a deux ans, coupable de conduire du mauvais côté des vibreurs, Pesca pensait pourtant avoir fait le plus dur.

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Les people et les politiques se réjouissent déjà du regain de Pesca : s'afficher aux côtés d'Henri sur les photos, c'est l'assurance d'être vu, puisque plus personne ne le reconnaît. Pendant ce temps-là, les mains de Luc Alphand osent un rallye raide sur les fesses de cheerleaders Tropicana, qui ne sont pas d'accord.

Automobile, Rallye de Turquie, Sébastien Loeb : Balai masque

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Sébastien Loeb continue sa tournée d'adieux. Il a un mois et demi pour aller chez le coiffeur.

La communauté urbaine de Strasbourg lui a assuré la direction de son service propreté à la fin de l'automne. Sébastien Loeb balaye mieux que Pierre Robin et Conchita Martinez, les routes turques n’ont jamais été aussi propres. L’Alsacien a mordu la poussière tout le week-end, la bouche aussi pleine que les copines de Max dans les sous-sols de Chelsea. Il en a gardé sous la pédale et réussi à refiler la première place du championnat à Hirvonen.

Comme Cristobal Huet, Loeb avance masqué. Il veut gagner son cinquième titre mondial avec panache, au bout du dernier rallye, pour battre enfin Federer au classement L’Equipe des champions des champions des champions mondiaux de l’année. Il n’y a que Quenelles finalement pour regretter la nouvelle réglementation : son pilote sait très bien s’en accommoder quand les Finlandais sont devants.

Galli pète

Ford et Citroën ont fait tout ce qu’ils ont pu pour ne pas gagner, à tel point qu’Aava et Galli ont tapé à eux deux plus de scratches que n'en ont les U Raptor de Geox. Les Norvégiens ont été encore plus en retrait que Sordo. Deux Solberg, ça fait un de trop. Peter s’est poliment effacé.

Pendant ce temps-là, Audi a rappelé à Peugeot et Panis que les 24 Heures du Mans, c’est quand même autre chose que la Coupe Bibendum.

Automobile : Bibendum is watching you

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Hirvonen et Latvala ont abîmé tout le week-end dernier leurs Pirelli sur les routes grecques. Pierre Dupasquier repassera-t-il par le stand Minardi ?

Les retraités de la F1 côtoient ceux qui n’y mettront jamais les pieds, Nicolas Minassian apprend le Catalan et Soleil Ayari a abandonné sa 406 sur un trottoir de la Zac du Moulin aux Moines. « Le Mans Series », c’est un peu comme les 24 Heures, mais en plus long. Et partout en Europe.

Barcelone, Monza, Spa, Nurburgring, Silverstone : la liste fait saliver Lamy Pedro comme Bourdais devant le palmarès d'Olivier Panis. Et si son aileron arrière ne vaut pas celui de Margot Laffite, Vanina a convaincu le Bibendum de s’associer à l’épreuve via le « Michelin Energy Endurance Challenge » récompensant les écuries plus économes que Pescarolo.

McNish fiscal

Le manufacturier clermontois a poussé encore plus loin son partenariat en ouvrant la semaine dernière une plate-forme Internet sur l’endurance auto. Une vidéo aussi décalée que les trajectoires d’Allan McNish accompagne son lancement, finement orchestré par le Philippe Bugalski de la publicité.

Arthur Schlovsky avait déjà mené campagne pour le droit aux rasages extravagants. Il assure désormais la com de Michelin, à qui il doit trouver cinq reporters capables de suivre les étapes du LMS et des 24 heures du Mans. Il y a quand même des moyens plus simples pour recruter.

 

Rallye, Formule 1, Moto : Orage mécanique

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Le week-end a sonné la résurrection du sport mécanique français. Quand la course de côte fera-t-elle son entrée au programme olympique ?

Bernie Ecclestone et Franck Montagny avaient presque réussi à nous faire oublier que le sport mécanique français ne se résumait pas aux sorties de piste de Sébastien Bourdais. De Jean Brucy à Stéphane Chambon, la moto lui a même noirci ses lignes les plus prestigieuses et la littérature le lui rend bien.

« Rien n’est jamais écrit », aurait lancé le biographe d’Arnaud Vincent en traversant Lawrence d’Arabie. Il ne pensait alors pas que le plus beau bouc du plateau trouverait si vite chèvre à sa hauteur : 1,68 m, 55 kg et déjà cinq ans de BSR, Mike Di Meglio est bien l’héritier de l’héritier. Régis Laconi (photo) peut nager tranquille.

Le nouveau leader du championnat 125cc maîtrise les éléments comme le choix de ses pots Ninja. Il pleut tous les week-ends, mais il s’en fout : sa mobylette est waterproof. Ces cons de la FIM ont programmé les dernières courses en Australie, en Malaisie et en Espagne. Avec un peu de chance, ça sera la saison de la mousson.

Loeb frontal

L’effet Tsonga avait déjà frappé les nageurs français, il entraîne désormais tout le sport mécanique dans sa vague. De Puniet a revu le Top10, Seb Pourcel s’est rappelé aux bons souvenirs de Mickaël Pichon et Patrick Henry a gagné avec Magali Lombard la 24e édition du rallye des Vosges devant deux équipages 100% français.

Sébastien Loeb a aussi compris ce week-end en Sardaigne qu’il était peut-être temps d’arrêter les amabilités. Le plus grand pilote de l’Histoire du rallye a gagné toutes les courses qu’il a terminées cette saison. C’est quand même plus facile quand on ne lui rentre pas dedans pendant les liaisons.

De corvée de balayage, Loeb aura résisté jusqu’au bout au retour de Gigi Galli. Dani Sordo ferait presque regretter Philippe Bugalski et Hirvonen n’a de Grönholm que la nationalité et la voiture. Qu'en pense le Tunning club d'Arras ?

Rallye de Monte-Carlo : Loeb, le soir ou l’ennui

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Loeb aurait pu profiter de son week-end monégasque pour apprendre l'Anglais, passer chez le coiffeur de Jérémy Menez ou prendre l'apéro avec la grand-mère d'Elena. Il a préféré sortir sa C4 du garage. Tant pis pour Gigi Galli.

Il ne manquera bientôt à Sébastien Loeb qu’une virée en hélicoptère pour devenir l’égal de Thierry Sabine et Colin McRae. L’Alsacien a assuré à Monte-Carlo sa cinquième couronne mondiale consécutive. A quatorze courses de la fin du championnat.

La retraite de Grönholm a retiré son dernier intérêt à une discipline qui avait déjà du mal à attirer celui des médias. Loeb a mis en Principauté plus de 2’30’’ à Hirvonen en roulant pendant deux jours le bras gauche à la portière. Ca devrait être le même tarif chaque week-end, à commencer par la Suède, où il ne neige même pas.

Haut et Delecour

A moins d’imiter Markko Martin, Loeb pourrait être sacré dès la fin de l’été, comme Schumacher à ses grandes heures. Plusieurs options s’offrent alors à lui: il remplace Bourdais chez Toro Rosso et laisse Elena conduire la C4 ; il demande à la WRC de commencer chaque rallye avec deux minutes de pénalité ou bien il se remet au trampoline…

La course à la deuxième place est plus ouverte derrière. Hirvonen a la même caisse que Gronhölm, mais le charisme de Didier Auriol. Sordo ne sait conduire que sur asphalte, Latvala sur terre et Gigi Galli dans les ornières. Même Delecour peut espérer rentrer dans les points.

En attendant, le casino-hôtel Monte-Carlo de Las Vegas était bien le seul à s’enflammer le week-end dernier.

L’édito du Vestiaire : Qui ne sautera pas?

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La domination de Julien Absalon en VTT n'a d'égale que celle de Sébastien Loeb en rallye. Heureusement, Roanne et Le Mans ne cessent de briller en Euroligue, à leur façon. C'est dans quel sport déjà ?

Dans ces mêmes colonnes le 18 octobre dernier, les journalistes du Vestiaire étaient les premiers à évoquer ce qui est en train de devenir une affaire : le cas Thuram. Un des plus gros tabous de l'histoire de l'équipe de France, depuis le but de Fabrice Divert (photo) en 1992, commençait alors à se fissurer. Mais personne d'autre, dans notre talentueuse presse hexagonale, n'irait ensuite jusqu'à, ne serait-ce qu'évoquer cette question. Au contraire, le monégasque était célébré comme un des joueurs indispensables de cet Euro. A tel point que Lilian lui-même, politisé et gateux comme jamais, qui parlait il y a peu de France-Ukraine comme son possible dernier match, se voyait déjà à la coupe du monde 2010… à presque 40 ans !

Délit d'incompétence ou autocensure frileuse et connivente ?

Et puis, ce matin, miracle, le quotidien L'Equipe ose enfin briser l'omerta et s'inquiéter de la forme de Thuram. Il était temps. Mais iront-ils jusqu'au bout ? Passeront-ils outre la jurisprudence Jacquet qui a tant empoisonné la vie tricolore en 2002 puis en 2004 ?

Presse qui brouille, pas vraiment good

Le traitement médiatique de l'équipe de Domenech est encore loin d'être transparent et même loin d'être à la hauteur tout simplement. Comment ne pas faire de Benzema un partant certain ? Il est pourtant évident qu'il sera selectionné à moins d'avoir perdu une jambe.

Pendant ce temps-là, Bernard Laporte dirige le sport français et, ça n'a aucun rapport, le rugby français n'intéresse toujours pas grand monde. Ce n'est pas l'avenir de Rugby Hebdo qui nous contredira.