Fourcade champion olympique : Daelie d’initié

En biathlon, il y a l’individuelle, la poursuite, le sprint et la mass-start. Pas la peine d’apprendre les différences, Martin Fourcade gagne les quatre.

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Un jour de mars 2011, Martin Fourcade avait 23 ans, et il avait dit : « J’ai lu, j’ai entendu, que j’étais le futur Raphaël Poirée mais, moi, je suis Martin Fourcade, pas Raphael Poirée. » Voulait-il dire que Poirée ne serait bientôt qu’une sombre merde qui a eu le mauvais goût de cannibaliser son sport un peu trop tôt et pas assez pendant les JO, et qu’il finirait comme entraîneur du Belarus, et limogé en prime ? Pas sûr. Car l’ex-futur Poirée avait aussi ajouté : « Le biathlon français se cherchait un nouveau leader capable de gagner la Coupe du monde et d’être régulièrement sur les podiums. C’est moi mais la comparaison s’arrête là. » Signifiait-il par là qu’il était inutile d’organiser des championnats de France pendant 10 ans, sauf pour mettre en jeu la 2e place ? Ou que Patrice Martin était voué à devenir un tocard à côté de lui ? Même pas. Car Fourcade a fini par préciser sa pensée : « On n’est pas du tout pareil dans le caractère : Raphaël, il voulait tout gagner. J’ai énormément de respect pour lui comme pour Bjoerndalen qui sont des champions immenses. Je m’inspire de ce qu’ils ont fait pour gagner et pour rester au sommet. Mais je ne me bats pas pour rentrer dans le livre des records. Je ne veux pas avoir des titres à la pelle. Si je termine avec ma carrière avec un seul titre, je serai aussi heureux que si j’en avais cinq. »

Manque de bol : il en a justement cinq aujourd’hui. Et il n’a plus aucun respect pour Bjoerndalen. La faute sans doute à cette médaille d’argent aux JO de Vancouver alors qu’il ne savait pas encore à quoi servait ces cubes sur lesquels montaient trois Norvégiens pour que leurs cous reçoivent des médailles. Son aîné Simon, qui travaille dur depuis bien plus d’années avec sa carabine et ses skis, avait tenté de lui en expliquer les secrets mais il galèrait un peu. Les entraîneurs de Martin aimeraient y voir un coup de chance mais même pas : pour terminer à 10 secondes du titre, il a dû piocher trois balles de plus que le Russe. Les JO 2010 n’étaient donc pas qu’un concours de ball-trap organisé pour Vincent Jay, ils étaient un apprentissage. En repartant du Canada, comme il avait trouvé ça marrant d’être dix fois plus fort que les autres, Martin va faire quatre podiums d’affilée en Coupe du Monde, dont trois victoires, juste pour voir. Ses quatre premiers podiums en fait. C’est sans lendemain mais ça rapporte un petit globe de cristal, celui de la poursuite. Il n’aura plus jamais peur d’un biathlète allemand.

Comme ça lui plaît assez, il revient l’année suivante, en 2011. Il démarre mal mais à certains moments, sans trop savoir pourquoi, il se met à terminer devant tout le monde. Mais pas encore assez, donc il rend son petit globe de cristal. Il le regrette immédiatement donc il gagne deux des trois premières courses. Il est encore ce biathlète qui termine soit sur le podium, soit 40e. Un gosse insupportable qui veut skier à Ruhpolding et pas à Oberhof, qui tire à tout-va et fait des tours de pénalité pour faire chier ses parents et qui attend la veille de l’examen pour se mettre au boulot. Il gagne donc la Coupe du Monde au général parce qu’il gagne cinq des sept dernières courses. Il n’aura plus jamais peur du moindre Norvégien.

Vient alors l’inévitable, la saison 2012-2013. Martin et tous les autres savent qu’il skie le plus vite et qu’il pourrait tirer ses cinq balles dans le cul de Svendsen, ça ne changerait plus rien. Il attend la 9e course pour sortir du top 10, parce que c’est à Oberhof évidemment. Mais Martin est désormais quelqu’un de responsable alors il gagne les deux courses suivantes, à Ruhpolding évidemment. Il s’emmerde tellement sur les skis qu’il ne prend qu’un titre aux Mondiaux, et en laisse un à Svendsen parce qu’il n’est plus habitué à avoir quelqu’un dans la dernière ligne droite, alors il ne sprinte pas. Le problème c’est que Svendsen prend quatre fois l’or et Fourcade quatre fois l’argent. Il va donc falloir faire quelque chose. Martin renonce donc à aller aux Mondiaux de ski de fond, qu’il avait plannifiés pour se changer les idées. A la place il fait huit podiums de suite, dont une seule troisième place. Il décide au passage de gagner les deux épreuves de Sotchi, ça pourra servir. Quatre petits et un gros globe sous le bras, il peut aller prendre des nouveles de Svendsen, qui s’était blessé. Son frère Simon servira de chauffeur, et Bjoerndalen fera la traduction.

Pendant ce temps-là, Martin gagnera quelques titres olympiques s’il s’entraîne. Mais s’est-il entraîné ?

Martin Fourcade : Echec Amat

Un mec qui tire à la carabine en Russie avec une cagoule est-il forcément un indépendantiste tchétchène ?

C’est de la poursuite, mais il n’a même pas de vélo. Il a une carabine à plomb par contre et elle ne lui sert pas seulement à tirer sur des pigeons. Martin Fourcade en a même laissé un bon paquet derrière lui, l’année dernière et il veut remettre ça. Pas de chance, il y a aussi Wassim Ben Yedder qui veut rejouer. Heureusement que Lequipe.fr et  Le Vestiaire sont là.

Pas grand-chose n’a changé depuis la dernière fois que notre spécialiste d’épreuves combinées a rendu hommage à Jean-Pierre Amat. Le biathlon n’intéresse que les expatriés norvégiens abonnés à Eurosport et tout l’état major de l’armée de terre française, qui se demande bien pourquoi il n’y a plus personne dans ses casernes du Jura.

Jamel et les deux bouses

Le caporal Fourcade est un Pyrénéen, lui, comme son grand frère le caporal-chef Fourcade. La hiérarchie militaire se moque bien des palmarès. La réussite du benjamin, qui s’appelle Martin d’ailleurs, n’empêche pas non plus les « brothers » de Font-Romeu de partager leur site Internet. Ca coûte moins cher en hébergement.

Ils approcheront bientôt à eux deux le palmarès de Vincent Defrasnes, mais les JO divers sont encore loin. En attendant, ces deux fans de Brad Pitt qui n’aiment ni le racisme, ni la pollution, ni la guerre en Libye, ni la fonte des neiges à Perpignan pourront se regarder les DVDs de leur comique préféré, « Jamel Debouse » (sikh).  Les bras lui en tombent.

Vancouver 2010, La Légende JO :
Bailly au cornet

A l’occasion des premières médailles françaises, Le Vestiaire se souvient que le biathlon n’est pas qu’un sport de femmes, sauf peut-être aux Jeux Olympiques.

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Lillehammer, ce n’est pas seulement le sacre d’aucun athlète français. C’est aussi le sacre du meilleur biathlète français de l’avant Defrasne.

Ce 20 février 1994, c’était son jour. Patrice Bailly-Salins arrive à Lillehammer criblé de certitudes et il ne se doute pas que les dossards des commissaires de courses le seront eux aussi quelques heures plus tard. Spécialiste du sprint sur 10km, à moins que ça ne soit du 20km, Bailly-Salins est intouchable. Trois épreuves ont déjà eu lieu en Coupe du monde : vainqueur sur le 10km de Bad Gastein le 11 décembre, il a aussi survolé les 20km de Pokjluka et Ruhpolding en faisant zéro faute au tir. Le titre mondial déjà dans la poche, il poussera même sa domination jusqu’à devenir champion du monde en 1995 à Anterselva. Rien ne peut enrayer sa marche en avant, par contre sa carabine oui et c’est déjà à Anterselva qu’il met cinq plombs dans les arbres en deux courses, en janvier 1994.

Poirée au plus pressé

Lillehammer, c’est un mois plus tard, largement le temps de rectifier les choses. 13e sur 20km et 11e au sprint, la gloire olympique attendra le bronze par équipes. Dusserre, Laurent, Flandin signent un sans faute au tir, quel est donc ce quatrième relayeur qui coûte l’argent pour une faute ? Peut-être celui qui mettra un terme à sa carrière à quelques jours des JO de Nagano, après une 100e place sur 20km et une 96e sur 10km. A Anterselva bien sûr.

Où Bailly-Salins fut-il sacré champion du monde militaire 1984 ?

Poirée survit

« On ne naît pas douanier, on le devient », rappelait souvent Raphaël Poirée au coiffeur de Corinne Niogret. D’autres s’y sont frottés, mais on n’a jamais vu personne aller chasser à skis en Sologne.

Ses retransmissions sans fin accompagnent chaque hiver la sieste des abonnés d’Eurosport (vidéo). Marc Mingoia lui-même, avant de sortir du placard, piquait parfois du nez entre deux passages au pas de tir, incapable de distinguer un Norvégien d’un Norvégien. Le biathlon, c’est l’association improbable de deux des disciplines les plus chiantes à regarder : ski de fond et tir. Et pourquoi pas le curling ?

Le Vestiaire, dont l’éventail sportif n’a pas de frontières, se souvient d’une époque pas si lointaine où quelques drapeaux français se glissaient à l’occasion entre ceux de l’Allemagne réunie et de l’URSS. Dans un bon jour, tous les quatre ans, Vincent Defrasne pouvait même faire vaciller le bloc nordique, rappelant à la face du monde et de Pontarlier que Raphaël Poirée n’a pas toujours été le seul licencié du pays.

Echecs et Amat

On ne prendra pas la peine de rappeler l’effet de service du plus grand champion de l’Histoire du sport d’hiver tricolore. Sa régularité au plus haut niveau, le sourire de Liv Grete et une biographie préfacée par Jean-Claude Killy étaient autant de formidables vecteurs de popularité. Qu’en a fait la Fédération douanière ?

« Je suis déçu, c’est incroyable, personne côté français n’est venu me voir. J’ai quand même fait quelque chose dans ce sport. C’est comme si je faisais peur », répondait Poirée l’hiver dernier, avant d’aller voir si la neige est plus blanche sur les côtes norvégiennes. Il ne lui a pas fallu six mois pour faire gagner Berger.

Pendant ce temps-là, Simon Fourcade ramenait à la France son seul podium de la saison. Defrasne attend sûrement les JO et Sandrine Bailly n’est plus que l’ombre de Sylvie Becaert. On a bien essayé de refiler un 22 long-rifle à Vittoz, mais il tire moins bien que Cécillon en nocturne. Jean-Pierre Amat en regretterait presque Ferréol Cannard.