Arsenal, Wenger : Les 20 ans d’Arsène Rupin, le gentleman voleur

Peut-on sérieusement ne rien gagner pendant douze ans, se prendre des volées régulières par ses principaux concurrents et faire croire à tout le monde que l’on est un grand entraîneur? Oui apparemment quand on a eu le génie de ne pas être viré pendant 20 ans.

 Retrouvez toutes les autres gentillesses que l’on vous a contées ici. Vous ne pourrez pas dire que vous ne saviez pas.

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Le profil Wikipedia d’Arsène Wenger a pendant longtemps été formel : « Considéré comme l’un des grands entraîneurs de son temps. » Persuadé qu’on trouve tout et n’importe quoi sur Internet, Arsène a tout fait pour le prouver.

Bouffé par la modestie et un brin d’antipathie, son amour des livres siglées sterling le conduira à tous les sacrifices. Capable de dîner avec Charles Villeneuve, directeur des sports de TF1, rue François Ier un jour, puis de pointer le bout de son minois désintéressé à Angers pour les 90 ans d’un club dont il ignore probablement l’existence, le lendemain. Toujours avec Villeneuve, ancien président du PSG, bien sûr.

Mais il ne faut pas s’arrêter à de vulgaires détails matériels, car Arsène a su rester simple et accessible, se prêtant gentiment à toutes les interviews : « La presse locale ? Non, plus tard. » Plus tard signifie jamais, car Arsène est occupé, tellement à l’aise sous tous les domes sauf celui de l’Emirates apparemment.

Ian Wright or wrong

Mais Wenger, ce n’est pas qu’un bandit manchot programmé pour gagner à chaque coup, c’est aussi un manager à l’anglaise qui sait perdre. Une grosse liasse de papier de marque  pound et les pleins pouvoirs lui suffiront largement, surnommé au hasard sans doute « consultant de luxe« . Le luxe c’est pouvoir passer 20 ans à glaner tous les titres majeurs possibles : trois fois champion d’Angleterre, trois fois champion d’Angleterre et surtout trois fois champion d’Angleterre. Un homme, mais aussi un formateur de talent. Capable de monter avec juste un canif et 150 millions d’euros de remarquables équipes de jeunes pour gagner la Champion’s League. Ça prend du temps, alors pourquoi ne pas le prendre.

Un entraîneur peut aussi se juger sur sa capacité à inverser le cours des grands matches. Mais les finales sont-elles des grands matches ? Il se posera la question pendant 120 minutes face à Galatasaray en 2000, et pendant 75 minutes face à Barcelone six ans plus tard.  Un but en deux finales, l’aboutissement du jeu offensif prôné par le trader d’Highbury, qui n’hésite pas à mettre le paquet sur des stars mondiales.

Wreh ou faux

Pour 13 millions Andreï Archavine, Ballon d’or après l’Euro 2008 ou plutôt avant les demies, pour 3,5 millions Robin Van Persie qu’on vous a déjà présenté, et Park, l’homonyme d’un joueur de Manchester, c’est déjà pas si mal. Son chouchou reste Fabregas, ça coûte rien à former et ça peut t’emmener à Barcelone plusieurs fois par an faire du shopping. Ou à Madrid puisqu’il a déjà remplacé Shuster, Ramos, Queiroz, Capello, Del Bosque Pellegrini, Mourinho et Ancelotti désormais, la rançon du talent sans doute.

Peut-être aussi la consécration de l’obstination du gentleman cambrioleur à lancer ou relancer des joueurs perdus pour le haut niveau. Ljunberg, Adebayor, Gilberto Silva, Rosicky, Nasri,Van Persie, Chamakh, Ozil e† Alexis Sanchez lui disent merci. Mais de quoi ? Koscielny ne lui dit rien. Cette année, comme en 97, 98, 99, 2000, 2001, 2002, 2003, 2004, 2005, 2006, 2007, 2008, 2009, 2010 et 2011, 2012, 2013 et 2014, 2015,  il y croit plus que jamais. Après tout, Ferguson n’a obtenu que 15 titres en vingt ans.

On dit aussi qu’il a perdu le truc pour dénicher les nouveaux talents. Mais si Vieira, Henry et Pires n’avaient jamais existé, il aurait perdu un autre truc un peu avant : son poste.

Pour info cet article écrit en 2013 a été actualisé tous les ans depuis sans que Wenger soit viré. 

PSG éliminé : Une dernière balle à Blanc

 

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Il y a un siècle nous quittions le monde du sport après avoir énoncé durant de longues années les théories scientifiques qui devaient régir le haut niveau durant notre absence. A cette époque, le PSG ne passait pas les quarts de finale de la Ligue des champions. Evidemment rien n’a changé. Petit rappel sur les règles à respecter pour se faire éliminer prématurément par le plus mauvais club du monde.

  1. Ne posséder aucun grand joueur décisif
    Du temps de son vivant, le spécialiste foot du vestiaire avait tracé avec la précision d’Aguero, le portrait de la fameuse superstar qui n’avait offert la Ligue des champions à personne, la finale à personne et la demi-finale à personne. A l’époque, on l’affublait du sobriquet de joueur nul à chier. Amusant pour un type exceptionnel capable de remporter le titre national et de finir meilleur buteur dans tous les grands championnats. La Premier League remercie les statisticiens. City pourrait même finir sur le podium. Que Cavani, Di Maria et Aguero ne se sentent pas exclus, eux non plus n’ont jamais remporté la Coupe du monde. Mais ils ont l’excuse Higuain. Cavani ?

2. Prolonger un entraîneur qui n’en est pas un

Jean-Louis Gasset avait peut-être un coup de trop dans le cigare, au moment de composer l’équipe hier. Il a aligné Aurier et Ibrahimovic. Soit un type un peu ralenti du casque et la superstar. C’est une blague évidemment, il a surtout fait un essai tactique comme à chaque fois qu’il dispute le match le plus important de sa carrière. La dernière fois c’était avec Debuchy en quart de finale de l’Euro 2012. Depuis Debuchy est entraîné par Ramé. A part ça, il vient de se faire éliminer de son cinquième quart de finale. A croire que les conseillers qatari gèrent aussi le staff d’Arsenal en plus de la Syrie.

3. Ne pas être un grand club

Les accidents, ça arrive. Lyon a un jour fait une demi-finale grâce à Mickaël Ciani et Laurent Blanc. En dehors d’une confrontation Chamakh-Lloris avec Gourcuff qui regarde, un petit club français qui veut devenir grand ne peut pas atteindre la demi-finale. C’est une règle absolue même face à un Belge et Aguero. Nantes, Monaco, le PSG, Auxerre, qui ont fait bien mieux, savaient qu’ils finiraient fessés en place publique. Le PSG a ouvert sa grande gueule pour la refermer une fois de plus. Si la loi avait changé, Lyon aurait été le premier à en bénéficier.

Le PSG, comme Lyon, a leur meilleur niveau aurait pu devenir Marseille. Mais ils ne sont pas Marseille car dans les grands matchs, ils ne sont pas à la hauteur. Parce qu’auparavant ils ont fait des choix de petits clubs. Parce qu’ils ont des blessés. Parce qu’ils ont misé sur des joueurs moyens. Parce qu’ils ne sont pas Marseille, le Real, le Barça, le Bayern, l’Ajax ou Manchester United. Voilà comment Nasri se retrouve en demie. On ne vous dit pas merci. 

 

L’edito Zidane et Gourcuff : Le vieil homme et la merde

le-vestiaire.net est désormais 9e occurrence pour la recherche le+vestiaire dans Google. François Gelez n’a que ce qu’il mérite.

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Le Vestiaire peut-il mourir ? Comme l’ermite perché sur les hauteurs de l’Auvergne, à moins qu’il ne vive de vie associative et d’eau fraîche, reclus dans une vallée savoyarde, rien ne sera jamais sûr. Le Vestiaire ne peut pas être né des oboles de quelques paris couplés du championnat ukrainien, pas tous gagnants d’ailleurs, et s’en aller comme ça. C’est quand on le croit totalement disparu qu’il peut surgir, convoqué par les grands personnages de son histoire. Un week-end où deux Zidane, le vrai et son ancien successeur retrouvent le terrain en simultané ne pouvait être ignoré. Gégé résiliera-t-il son abonnement à So Foot ? Il aurait tort. Car les interviews décalées de Pascal Nouma sont passionnantes. Et Zidane, est-il un bon entraîneur ? La question a été posée, à peu près par tout le monde à tout  le monde, la seule qui n’avait pas de sens comme d’habitude. Parce que personne n’en sait rien, et surtout parce qu’on n’en a rien à foutre.

Valbuena reverra-t-il Deschamps ?

Le seul intérêt de tout ça, c’est que Zidane a imposé sa famille en conférence de presse ; ce n’était pas plus dur que de faire jouer tous ses gamins au club. Et encore, ça s’est joué à pas grand-chose que Perez ne soit obligé de créer une section féminine au Real. Zizou est-il trop gentil ? Va-t-il se faire bouffer par les stars ? Tant d’interrogations passionnantes mériteraient bien un débat, mais il faudrait alors expliquer que Benzema ne respecte effectivement pas Valbuena et que c’est la moindre des choses. Si Federer était encore de ce monde, lui comprendrait. Valbuena a déjà compris : il n’est pas contre rejouer avec lui et même lui filer ses meilleures vidéos si nécessaire. Avec WeTransfer et quelques amis, tout va si vite aujourd’hui. Nous voilà donc revenus à Gourcuff, parce qu’on ne va pas parler de volley quand même. Un an a passé et c’est donc à Rennes qu’il joue, ou plus exactement qu’il se fait tacler par ses coéquipiers quand il peut marquer le but de la victoire. L’Euro 2016 lui tendait pourtant les bras.

Pendant ce temps-là le Vestiaire est de retour ou peut-être pas.

Wenger, Monaco-Brême 1992 : le Werder originel

Et non le Werder Brême n’était pas champion d’Allemagne.

Pour comprendre le mal, il faut toujours revenir aux origines. Pour Arsène Wenger tout a commencé au fameux Estadio de la Luz à Lisbonne. On ne pourra pas dire qu’il ne nous avait pas prévenus.

Mai 1992, le football français vit ses années fastes. Fournet-Fayard préside, Platini sélectionne et Tapie vert gagne pas mal de matchs. Au milieu de tout ce beau monde qui se rétamera la gueule dans les 18 mois qui suivront, un homme tente d’exister. Il est entraîneur et sent bien qu’un jour la chance va tourner en sa faveur.

La chance c’est comme cela qu’il appelle ces vieux bouts de papiers froissés tout marrons qu’il aime tant. A l’époque le reste de l’Hexagone appelle ça des francs. Pour l’instant il ne fait que donner des consignes à des types beaucoup plus mal coiffés que lui et un peu plus mal fringués aussi. En rouge et blanc. Marcel Dib et Luc Sonor sont les leaders de cette génération exceptionnelle qui joue déjà devant des tribunes vides et un Prince qui les a bien pleines. Cette génération exceptionnelle s’appelle George Weah, l’un des plus grands attaquants de tous les temps sauf dans les Palmarès du Vestiaire mais le destin a voulu qu’il naisse au Liberia. Weah talonne Papin, mais talonne seulement, déjà que Papin n’y est pas. A ses côtés, tout le gratin du foot d’hier mais pas de demain, à part Emmanuel Petit qui allait sur ses 11 ans à l’époque, ceci expliquera cela, et Rui Barros, le Pauleta de l’époque. Les autres noms ne vous diront rien mais ils ont eu le mérite d’exister : Valery dont ce n’était pas le prénom, Gnako qui comme chacun à l’époque a eu droit à son maillot bleu, Gérald Passi qui portait le 10 on se demande bien pourquoi, à part pour la finale de la Coupe de France, Claude Puel un homonyme du futur patron de l’OL, et Youssouf Fofana que vous connaissez pour d’autres raisons que la Coupe d’Afrique des nations. Et Roger Mendy.

Klaus field

Tout ce beau monde se retrouve donc grâce à Weah et Pauleta en finale de Coupe des vainqueurs de Coupes, un trophée qui avait son importance à une époque où Gilardi vivait encore et évoluait sur Canal+. Inutile de s’attarder sur la demi-finale anthologique contre Feyenoord car anthologique ne veut plus dire grand chose. Cette finale est un événement pour le foot tricolore à deux mois du licenciement de Platini et de Fabrice Divert. Même les jeunes en week-end prolongé à l’étranger à Pampelune s’empressent de finir leurs chuletas pour s’installer devant un écran avec le consentement de papa qui pour une fois ne passera pas la fatigue du voyage sur leurs modestes tempes pas encore dégarnies.

Bref, un an après Bari, Lisbonne doit offrir à la France son premier trophée intéressant même si Monaco c’est pas vraiment la France, mais là tout le monde est d’accord pour faire une exception. Sauf que c’est Wenger au coaching mais à l’époque personne ne comprend ce que cela signifie. Aujourd’hui on sait que ça veut dire : qu’un coup franc joué dans le camp adverse par l’équipe adverse finira sur une tête allemande qui battra Manu Petit au duel, pour les pieds de Klaus Allofs qui seul au milieu de 3 Monégasques réussit quand même à tirer pour battre Ettori mais ça c’était pas le plus difficile. Ca veut aussi dire Petit qui perd la balle au milieu du terrain mais qui tente quand même en vain un tacle désespéré qui aurait dû lui valoir de voir la défaite de son équipe en tribune. Geste suivi d’une passe dans le dos de la défense toujours trop haute comme aime les voir jouer Arsène, et Rufer qui réussit le premier beau truc de sa carrière sur Ettori. Mais vous commencez à le savoir, quand c’est sur Ettori, ça compte pas.

La suite c’est Giroud qui vous la raconte depuis 2 ans déjà.

Ligue des Champions : Forçat Italia

Aurait-on, à l’époque, ne serait-ce que suggéré qu’une équipe de Ligue 1 alignant Pjanic, Gervinho et Yanga Mbiwa pourrait battre le Bayern ?

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Quand un match se termine à 7-1, il faut un coupable. Scolari ne peut pas toujours être celui-là. David Luiz plaide non coupable, ce coup-là il atomisait Nicosie 1-0 en compagnie de Bahebeck, Chantôme et Thiago Silva. La branlée s’est produite en Italie, au pays où on encaisse 7 buts à domicile. Le Scolari du jour a déclaré il y a une dizaine de jours que sa Roma terminerait devant la Juve parce qu’elle est meilleure. Le pire est-il d’avoir dit ça, ou que ce soit possible ? L’avenir le dira peut-être. Ce que le passé dit, comme le Vestiaire, c’est que le Calcio n’est plus tout à fait ce qu’on appelle le meilleur championnat du monde. Entre deux ou trois entraîneurs, Milan tente parfois d’atteindre les huitièmes de finale pour faire croire à tout le monde qu’il peut éliminer un club espagnol.

L’Inter s’y refuse depuis que Mourinho a senti qu’il était temps de foutre le camp de là, six mois avant deux taules contre Schalke en quarts. Après avoir sagement abandonné les recours à la Fiorentina ou la Lazio il y a quelques saisons déjà, le Calcio a tenté l’impossible : inscrire Naples, et même oser l’Udinese en barrage, ce qui n’a pas marché deux fois de suite. C’est pathétique, mais une vertu est au bout de ce douteux chemin : faire de la Juventus la superstar d’Italie. Il fait bon être multi-champion d’Italie ces soirs de décembre sur les bourbiers turcs qui promettent des printemps en Europa League, enfin jusqu’à la demi-finale contre le Benfica. Mais putain, Pogba-Vidal, ça envoi grave et ce Pirlo quel joueur.

Voilà donc qui épargne un peu Rudi Garcia. Mais ça ne veut pas dire non plus qu’il n’est responsable de rien. Sacré Rudi, lui a senti quelle était la bonne heure pour pénétrer les Alpes. Lécher le cul de Totti sans lui faire sentir qu’il faut s’arrêter à un moment, même lui, ce n’est pas plus dur que de maintenir Le Mans.

Pendant ce temps-là, Thiago Silva ne parle toujours pas un mot de français. Mais cette fois il a joué, sans prendre de but ni pleurer sur le terrain. Merci Cavani et merci ce grand PSG qui continue de mettre des branlées à tout le monde en phase de poule. Impressionnant.

Thierry Henry : Il fenormono

Le Vestiaire avait déjà réservé un sort au cousin éloigné de Darcheville.

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Ils étaient une trentaine à postuler au panthéon du Vestiaire. Tous avaient une particularité que Fred ne possède pas. Et Wiltord n’y est cette fois pour rien. Après un débat houleux sur la véritable place de Titi Camara, il en reste une poignée. Voici les cinq meilleurs buteurs de ces vingt dernières années.

5. Davor Suker

Le Croate représentait le cas le plus épineux pour notre spécialiste. Il est le seul des cinq à ne faire fondre aucune prostituée sur son passage et à ne s’étendre que sur sa femme, à deux ou trois étudiantes près. Pour autant, il réussit le petit exploit de virer Papin, Van Basten et Trezeguet du club. La carrière internationale de JPP s’est arrêtée en 1986 alors que dix ans plus tard, il écumait encore les tavernes bavaroises, girondines et bretonnes. Il était pourtant en période de top, comme Marco le Hollandais, l’avant-centre le plus efficace au monde. Si Van Basten a souvent mis les buts qu’il fallait, jusqu’à gagner un Euro à cinq buts, il bénéficiait d’un collectif sans égal. C’est Gullit qui bat l’URSS, alors que c’est Suker qui finit troisième de la Coupe du Monde 1998. C’est Suker qui est le seul à transpercer dans le jeu la meilleure défense toutes époques confondues. Il avait de bons partenaires, mais sans lui, ils n’auraient connu, à l’instar de Bafe Gomis, que le premier tour. Enfin, Suker, c’est la Ligue des Champions 1998 assortie de quatre buts en sept matches. Trezeguet a gagné l’Euro, mais jamais la C1.

4. Hristo Stoichkov

C’est l’incontournable des cinq. Avec une équipe encore plus faible que celle de Suker, il va lui aussi en demi-finale d’une Coupe du monde dont il finit également meilleur buteur, à égalité avec l’accidenté Salenko. Comme Suker, il remporte une Coupe des champions comme titulaire indiscutable de l’onirique attaque barcelonaise, la même qui va encore en finale deux ans plus tard lors de la taule milanaise. Son caractère dégueulasse ne suffit pas à faire oublier son insondable talent.

3. Romario

Est-ce parce qu’il est le meilleur marqueur de l’Histoire derrière Pelé, juste devant Ostrowski ? Est-ce parce qu’il a offert au Brésil une Coupe du monde que ni Zico, ni Socrates, ni Dirceu, ni Falcao, ni Careca, ni Valdeir n’avaient su aller chercher ? Ou est-ce parce que Barcelone en a fait un Dieu vivant en une seule saison ?

2. Thierry Henry

Encore un Français sur le podium, mais il est le seul dans cette catégorie. A 20 ans, il plante sept buts en neuf matches de C1, jusqu’à la branlée turinoise en demie. Une précocité que seul Benzema a connu, au détail près qu’il n’est qu’ailier des champions de France 1997. La suite, c’est un repositionnement dans l’axe pour faire oublier Ian Wright. D’ailleurs, c’était qui ? Et des buts et des buts à ne plus savoir qu’en faire. Décisif partout, tout le temps, de l’Italie au Brésil, en passant par l’Irlande. Même Platini s’est fait dégager, mais Henry, personne n’ose. Logique, c’est le meilleur. Son boulard et ses infidélités n’y feront rien. Sur le côté à Barcelone, il marque encore et fait marquer et devient avec Iniesta l’élément essentiel de la plus grande équipe de clubs de tous les temps.  On aurait voulu mieux, notamment qu’il ne se contente pas d’emmener Arsenal en finale de Champion’s League, ou qu’on ne lui pique pas chaque année ses Ballons d’or. Il devrait en avoir au moins trois. On aurait voulu la première place, mais devant c’est presque plus beau qu’un contrôle de Govou.

1. Ronaldo

Il devait être le nouveau Pelé, comme D’alessandro, Ortega, Saviola, Riquelme, Aimar, Tevez ou Messi le nouveau Maradona. Lui l’a été, il est même devenu Ronaldo. Quand Van Basten et Papin cherchent encore sur eBay à compléter leurs jambes respectives, Ronaldo est revenu aussi fort après avoir perdu ses rotules. Son explosivité a été compensée par son sens du but visiblement inné. Seul joueur de l’Histoire à n’avoir jamais connu de mauvaise saison sur le terrain, il s’est imposé partout où il a mis les pieds. Comme Ronaldinho, son ratio ne descend jamais en-dessous de 0,50, mais on ne parle pas de grammes par litre. Du plus grand au plus petit club. Il n’a disputé comme Zidane, Maradona ou Henry que trois finales de Coupe du monde pour deux succès seulement, ses quinze buts lui pardonnent. Il est le plus rapide, le plus agile, le plus sûr de lui, le plus complet. En un mot, le meilleur.

Ont également été cités : Bergkamp,comme Cristiano, même pas champion d’europe ;  Inzaghi, si c’est une blague, c’est moins drôle que de mettre Vieri ; Eto’o, la Coupe du monde, la Coupe du monde ; Drogba, viré par Anelka ; Shearer, l’équipe d’Angleterre, ça comptait à une époque, mais c’était déjà pas la sienne ; Bebeto, victime des numéro 1 et 3 du classement ; Weah, victime collatérale ; Oman Biyik, Eto’o est meilleur ; Chevtchenko, Suker et Stoichkov y sont bien arrivés, trop tard ; Owen, il a gagné quoi ? Le Ballon d’or, tiens tiens ; Gullit, le faire valoir de Van Basten ;  Klinsmann, Milan, Juve, Barça, Madrid, Bayern, Manchester, non ? Tant pis ; Voller, la moustache c’est un peu trop glamour pour notre classement ; Riedle, et dire que le Danemark n’aurait même pas dû participer ; Ibrahimovic, ? ; Batistuta, la fidélité ça paye ni sur le compte en banque, ni sur le palmarès et ça ne fait même pas gagner la Coupe du monde ; Brolin, une Coupe du monde, ça ne suffit pas toujours ; Raul, l’Espagne a enfin gagné, mais il n’était pas là ; Kluivert, une carrière de deux ans et ce n’est même pas un Dieu au Camp Nou ; Sukur, à une lettre près, il était dedans ; Zamorano, Kombouaré m’a tuer.

L’enquête Cavani (1 et 2/2) : Edinson avanie

En juillet 2013, le Vestiaire avait enquêté sur la plus grande star du football depuis Ibrahimovic, Lavezzi, Pastore et Dely Valdes. Pourquoi tout le monde se pose aujourd’hui les questions auxquelles on avait répondu il y a presque un an et demi. A force on va finir par revenir. Mais il faudra qu’il y ait un truc qu’on a pas déjà écrit. Par exemple que Gignac sait marquer tous les 3 ans mais jamais à un niveau convenable on l’a écrit.

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Sa biographie wikipedia passe brusquement de son recrutement en 2007 à Palerme à son arrivée à Naples en 2010. Pourquoi un tel vide ? Faut-il y voir un rapport avec les 64 millions prévus par le PSG pour s’attacher non pas Zidane, Figo ou Ronaldo mais Cavani. Qu’a-t-il fait de si mal pour avoir droit un traitement aussi infâme ?

C’est le meilleur buteur du Calcio 2013 et pourtant la concurrence était féroce face à Cristiano Ronaldo, Messi et Falcao. Heureusement pour lui, ils jouaient en Espagne pour l’occasion. Et comme Ibrahimovic avait préféré marquer en France, Cavani a enfin pu triompher. Cavani a d’ailleurs un autre point commun avec Ibra, son staff aimerait qu’il fasse remporter une Ligue des champions. Et ça tombe bien, contrairement à Ibra, Van Persie ou Higuain, il coute cher, très cher. Normal, ce qui est rare est cher. Il serait difficile d’imaginer qu’en payant autant les recruteurs parisiens, dont Laurent Blanc à qui on n’a pas du tout imposé un mec dont il ne voulait pas, ne se soient pas renseignés sur le parcours d’un joueur de 26 ans qui n’a joué qu’à Naples et un peu à Palerme. Un cumul de Lavezzi et Pastore en somme. Le problème quand on cumule le talent de deux joueurs pas très bons c’est qu’on finit par leur ressembler. Vous nous voyez venir et vous avez raison : Cavani a joué deux matchs qui comptent dans sa carrière et il les a foirés tous les deux. Et si personne n’en a voulu avant ou n’a pas souhaité comme Abramovitch aligner autant de biftons c’est peut-être parce que le 14 mars 2012 le grand Edinson a joué contre Chelsea un retour de huitièmes de finale de C1.

Mais commençons par le commencement, le 21 février 2012, Naples qui est sorti juste derrière le Bayern du groupe de la mort débarque en huitièmes comme favori face à un Chelsea qui n’est alors qu’un club vieillissant. A la pointe de son attaque, Cavani bien sûr, révélation italienne depuis 5 saisons. 25 ans au compteur il est dans la fleur de l’âge et s’il n’a jamais rien prouvé ce n’est qu’un accident. Le stadio San Paolo se souvient qu’avant Cavani il a aimé un nain argentin, il se souvient aussi que Cavani a planté 4 buts durant les 3 premiers matchs. Stratosphérique. Le cinquième sera pour la 45ème minute. C’est le troisième napolitain, les deux premiers sont l’oeuvre de Lavezzi, les canonniers ont frappé, Juan Mata n’a pas tué*, Chelsea est mort. Du moins le croyait-on avec un duo d’attaquants aussi affuté. Le site de l’UEFA le croyait aussi. Sauf que dans un match aller- retour c’est surtout le retour qui compte. Le 14 mars 2012, quand Ivanovic marque le quatrième but anglais à la 105ème minute tout le monde se demande pourquoi Naples est éliminé. Cavani jouait-il ? Si oui quelle loi lui a interdit de marquer hormis celle du haut niveau ? A-t-il vraiment eu 8 occasions franches ? Peut-on légitimement affirmer que Cavani a éliminé Naples à lui tout seul ? Le fameux site de l’UEFA donne quelques éléments de réponse.

A la 12ème minute, Cavani (Napoli) manque le cadre, à la 13ème minute Cavani (Napoli) manque le cadre. Edinson Cavani tire dans le petit filet sur un excellent service au second poteau de Christian Maggio !  A la 25ème minute Cavani (Napoli) manque le cadre : frappe lointaine de Edinson Cavani suite à un ballon récupéré dans les pieds de Michael Essien. Sa tentative est largement hors cadre. 30ème minute, l’arbitre signale une position de hors-jeu de Cavani (Napoli). 32ème minute Cavani (Napoli) manque le cadre : Edinson Cavani croise trop sa frappe et manque de conclure une contre-attaque éclair du Napoli, qui se présentait à 3 contre 2.

34ème minute, Faute de Cavani (Napoli) sur A. Cole (Chelsea). 44ème minute Faute de Cavani (Napoli) sur Lampard (Chelsea). 94 Prol.  Cavani (Napoli) se trouve en position de hors-jeu : Edinson Cavani est signalé hors-jeu alors qu’il filait droit au but. Naples n’a pas dit son dernier mot ! 108 Prol L’arbitre signale une position de hors-jeu de Cavani (Napoli). 120+1 Prol.L’arbitre signale une position de hors-jeu de Cavani (Napoli).
Cavani a sans doute joué de malchance pour sa première apparition dans un match décisif de ce niveau même si ça a coûté à Naples un premier quart de finale de C1 historique, largement à sa portée. Sauf que ce n’était pas sa première apparition dans un match décisif de ce niveau. Aurait-il déjà coûté à un pays entier une finale de Coupe de monde ? Pas impossible.
*Jeu de mot basé sur la traduction du mot matar qui signifie tuer.

Amputé du PIB de la Libye, le PSG va donc pouvoir découvrir son Maradona uruguayen. Pour savoir si Ibra lui laissera ou non sa place de parking, voici la 2e et dernière partie de notre enquête.

caca
Cavani a sans doute joué de malchance pour sa première apparition à ce niveau même si ça a coûté à Naples un premier quart de finale de C1 historique et largement à sa portée. Sauf que ce n’était pas sa première apparition à ce niveau. Croyez-le ou non, si sa valeur a augmenté lors de cette légendaire prestation en 2012, tout avait commencé en 2010. Il disputait alors la Coupe du monde avec l’Uruguay. Et cette année-là l’Uruguay était en demie. Cavani avait joué parfois à gauche et parfois à droite car Suarez et Forlan ça paraissait plus costaud. Ils avaient peut-être tort puisque Cavani vaut 63 millions, mais ils étaient en demie.
En demie justement Suarez est pas là. Alors Edinson jouera devant. A ce moment-là vous imaginez sans doute que si on a fait un article en entier sur lui c’est qu’il va encore rien branler. Ça serait con que ça soit encore par sa faute que son équipe se fasse virer. Par chance, lequipe.fr avait commenté le match en direct et à la 83ème minute Thomas Rudeau notait un énigmatique  : « A noter la disparition totale de Cavani du terrain dans cette seconde période. L’attaquant de Palerme, pourtant très en jambes en début de rencontre, n’a plus rien montré par la suite ». Que voulait dire Thomas Rudeau en évoquant le début de rencontre du très en jambe Cavani ? A-t-il marqué le premier but de l’Uruguay qui avait permis d’égaliser à la 41ème minute ?
Edinson caravaning
Si c’est le cas il évolue dans un monde parallèle où un don lui permet de s’emparer de l’identité et du corps de ses coéquipiers car le buteur s’appelle encore Forlan. A moins que la réalité soit plus simple et qu’il ait été nul à chier. Difficile de trancher, les seuls indices sont cette 35ème minute où « Cavani est rapidement lancé sur son côté droit et a A. Pereira et Forlan dans l’axe. L’attaquant peine à trouver ses coéquipiers, se met finalement sur son pied droit, mais le centre du joueur de Palerme est dévié du torse par Heitinga ». Sinon Thomas Rudeau a été un peu dur avec Cavani car « à la 51ème sur une sortie anodine, Stekelenburg tacle le ballon dans les pieds de Cavani, qui le voulait lui aussi. L’attaquant récupère aux 20 mètres la sphère et s’essaye à une frappe lobée que Van Bronckhorst intercepte finalement juste devant son but.
On aurait pu remonter sur les tours précédents comme dans ce quart de finale où 20 Minutes évoque deux fois l’homme qui valait 63 millions : 47e: Cavani s’écroule dans la surface. L’arbitre ne bronche. Si faute il y a, c’est en dehors de la surface. 62e: Au milieu des Forlan et Suarez, Cavani fait un peu tache techniquement. On va dire qu’il est vaillant.
Bravo au PSG, qui rappelons-le pourra compter sur lui aussi en Coupe d’Europe. Et c’était encore Chelsea et encore

Ligue des Champions, Ajax-PSG : Majax d’Amsterdam

Monaco a gagné mais c’est pas un club français. On va donc parler du PSG, mais est-ce un club français ?

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Il n’est pas le plus grand, mais il a gravi les échelons un à un. Il était dans la boutique depuis déjà quelque temps quand les stars sont arrivées avant de repartir. Et un jour, tout le monde s’est rendu compte que c’était lui le meilleur. Ca se voit bien sûr quand tout tourne bien, mais ça se voit surtout quand il est au cœur d’un spectacle très moche. Il n’est pas responsable de tout mais quand il n’est pas vraiment lui-même, ça ne peut pas fonctionner.

On ne parle bien sûr pas de Laurent Blanc, qui est très grand et qui n’est jamais dans la boutique avant que les stars arrivent. On pourrait parler de Blaise Matuidi parce qu’il est cramé depuis son retour du Mondial et que quand il joue, le PSG est cramé en fin de match. On peut encore répéter une énième fois que c’est lui qui a fait le PSG de l’an dernier, car il est le seul à presser haut et à perforer, donc à étouffer l’adversaire et à le surprendre. Mais on ne va pas la répéter, parce que c’est toujours assez sympa d’entendre encore que Lucas a raté la balle de break alors qu’il la rate à chaque fois et qu’il continuera. C’est aussi sympa de ne pas entendre qu’Ibra a raté quatre fois plus de balles de break, mais peut-être que les coups francs à 20m et les duels face au gardien ne sont pas des balles de break. Peut-être en effet qu’Ibra ne rate jamais, peut-être aussi que Motta ne vieillit pas, que Verratti ne stagne pas, que Cavani réussit des choses et que le jeu de possession de l’équipe n’est pas un leurre depuis leur défaite à Chelsea. L’Ajax est certainement de retour à son meilleur niveau avec, comment s’appelle-t-il, Serero. Le cheikh maintient toute sa confiance à Laurent Blanc.

Non, on parle de Thomas tout rouge seul au milieu d’un plateau avec un peu de public, qui essaie désespérément de jouer avec le public alors qu’il jouait très bien avec celui qui n’existait pas à l’Equipe du dimanche. Est-ce vraiment l’idée du siècle de lui faire commenter un résumé chronométré de la soirée avec l’arrivée des joueurs au stade, l’échauffement et le match dont on vient d’arriver péniblement à bout ? Il va falloir s’y habituer : le jeu du PSG est chiant depuis le début de saison et les résumés de la Ligue 1 dans Jour de foot aussi. Malédiction.

Pendant ce temps-là, le Barça a battu Nicosie 1-0 avec deux des meilleurs joueurs du Mondial. Il y avait aussi Xavi mais juste une heure.

Lyon : La dernière décote du Rhône (3/3)

Six ans après le dernier titre lyonnais, le Vestiaire republie le certificat de décès du grand Lyon qu’il avait rédigé avant tout le monde. Lyon ne sera donc jamais un club populaire, et l’Europe a déjà oublié la grande génération. Troisième partie : la culture club, inexistante.

La phrase date d’il y a à peine six ans. Avant de recevoir Caen pour un glorieux nul (2-2) à Gerland, Grégory Coupet, qui n’était pas encore doublure, rameutait les troupes, en bon gardien du temple protestant. Dans une absconse référence à rien, il avait lancé un vibrant appel aux valeurs lyonnaises. De quoi parlait-il ?

Les versions ont divergé. Benarfa pensait aux Twingo sport offertes à chaque joueur de l’effectif. Coupet a songé à sa coupe de cheveux reproduite sur les têtes de jeunes gardiens dans les OL coiffure, avant que Cris ne l’en dissuade d’une vanne bien sentie. Juninho, à part ses coups francs, ne voyait pas. A raison : faute de titres majeurs, faute d’exploit, faute de moments d’anthologie qui fondent l’histoire d’un club, faute d’un style de jeu unique, le football à la lyonnaise reste, comme nous l’avons démontré, avant tout un modèle économique. « Et le premier titre, acquis contre Lens ? » pourrait rétorquer Olivier Blanc, directeur de la Pravda OL. Quand Jean-Guy Wallemme joue en face, on finit par oublier.

Se faire tirer les grandes oreilles

Les éliminations en coupe d’Europe sont particulièrement révélatrices. Passons les deuxièmes vies européennes en UEFA après un premier tour raté en Champion’s League, où les ténors Denizlispor et Slovan Liberec étaient vraiment trop forts. Dans la grande C1, Lyon étrille notamment le Bayern, un exploit en guise de marche pied vers la gloire d’une élimination à Moscou le match suivant (2000-2001). Rebelote deux ans plus tard : après une victoire à l’extérieur contre l’Inter, Lyon peste contre l’arbitrage face à l’Ajax pour masquer le désastre de ne pas se qualifier dans un groupe facile (2002-2003). De progression, il n’y eut pas malgré les apparences en 2003-2004, où le quart de finale contre Porto fut aussi laborieux que la finale de Monaco. Lyon n’avait alors pas de quoi rivaliser, et certainement pas l’état d’esprit. L’année suivante, ils avaient de quoi rivaliser, mais toujours pas l’état d’esprit. Sauf si celui-ci consiste à déclarer après coup que le PSV n’était pas plus fort, que Nilmar aurait dû obtenir un penalty. A omettre de préciser qu’un vrai attaquant buteur n’aurait pas été de trop et que le 1-1 de l’aller à Gerland avait sanctionné une prestation aussi rythmée qu’un 100 m de Pascal Delhommeau. Milan l’année d’après, à San Siro, Rome à l’aller en 2007 et Manchester cette année ont été d’une constance toute lyonnaise : l’équipe se fait éliminer sans avoir su saisir sa chance. En France, contre les tocards, Lyon gagne sans forcer et encore, Toulalan ne va plus à Valenciennes avec la certitude que les penaltys n’arrivent qu’aux autres.

Quand il faut tout lâcher, pousser parce qu’on est dos au mur, Lyon calcule, gère, et regrette systématiquement le match aller. Ca a presque changé avec le Real en 2010 mais le Bayern a fini par révéler l’insoupçonnable. La seule année où le niveau européen était assez faible pour gagner, Lyon s’est trouvé une nouvelle mission impossible : refaire un handicap. Benfica, Schalke, le bicentenaire de la fin de Cris : les choses étaient plus claires cette saison, bien avant le Real.

Bouton pression

Si les onze lyonnais avaient un maillot de Liverpool sur le dos, le public ne chanterait peut-être pas aussi longtemps « Who doesn’t jump is not lyonnais, hey ». L’OL a beau se targuer de son public, il est aussi enthousiaste que Valeri Lobanovski un jour de grêle. Le seul facteur qui a pu changer le cours d’un match, du grand OL, auront été les coup-francs de Juninho avant qu’il n’atteigne la quarantaine. Suffisant pour éliminer le Celtic Glasgow en jouant avec Berthod, mais jamais pour un vrai exploit. Le public lyonnais aurait dû se révolter dès le départ de Tiago. Aulas a beau rappeler que le public est gâté et qu’il ne faut pas être trop exigent, c’est tout simplement la condition d’un grand club. La pression médiatique et populaire autour de Lyon est encore à des années lumières de celle de Marseille. Des supporters virulents, c’est une force et une faiblesse. Aulas préfère tout aseptiser. Résultat, Govou ne sait pas plus ce qu’est la pression et une bonne pression.

Aulas, qui idolâtre certainement Mourinho, joue aussi le rôle de bouclier médiatique. Sauf que la situation n’a jamais profité au club jusque-là. Les joueurs ont tellement faim de titres qu’ils auraient fêté un 0-0 à Manchester au balcon de l’hôtel de ville place Bellecour. Il manie l’art de la provocation, il donne des leçons à la Ligue et titille la moustache du VRP Thiriez. Juste pour détourner l’attention ou écraser les autres. L’image qu’il renvoie de son club est aussi attrayante que Zidane questionné par Ianneta. Le président lyonnais est depuis longtemps démasqué. Il n’effraie plus quand il menace de ne pas jouer une demi-finale de Coupe, ne convainc plus quand il traite Abidal de Grosso merdo. Quant à sa réputation de négociateur dur : il a vendu cher mais gardé personne, et surtout pas Essien qui boudait. Avec Gourcuff, il saura se montrer intraitable.

Ca fait désormais six ans que le système Aulas ne fonctionne plus. Soit il part, soit il laisse la main sportive à un manager. Pas Gérard Houiller, cette fois un vrai, un compétent, un qui tient son groupe et qui ne se fait pas licencier par les joueurs. Lyon avait une génération exceptionnelle et une puissance financière confirmée par les comptables de Fred. Reste à trouver un entraîneur, enfin. Et un successeur à Juninho, toujours. A part ça, Essien, Tiago, Diarra, Cris et Benzema ne s’appellent même plus Pjanic, Kallström, Toulalan, Cris et Gomis.

Lyon : La dernière décote du Rhône (2/3)

Six ans après le dernier titre lyonnais, le Vestiaire republie le certificat de décès du grand Lyon qu’il avait rédigé avant tout le monde. Lyon ne sera donc jamais un club populaire, et l’Europe a déjà oublié la grande génération.  Deuxième partie : le recrutement, pathétique.

« Qui ne saute pas est Lyonnais. » C’est ce que l’on pourrait constater au regard des années d’errements, qui n’ont pourtant pas modifié le système de recrutement à la lyonnaise. Jean-Michel  Aux as a revendu très chers quelques stars amassées dans la Ligue 1 (Essien, Malouda, Benzema). Il a même breveté une utilisation révolutionnaire des centres de formation : sortir des jeunes estampillés « OL », les faire passer pour des espoirs (ce qu’il n’avait pu faire avec Bardon) et les survendre à des clubs gogo. Bergougnoux, Berthod, Clément, Rémy, Tafer ont ainsi signé des contrats pros que leurs parents n’auraient pu imaginer à l’époque de l’équipe C en pupilles à 7. François Clerc, lui, a poussé l’escroquerie jusqu’à l’équipe de France. Florian Maurice, déguisé en Papin par Aulas, c’était il y a onze ans déjà. Tout ce système OL est économiquement génial, mais pour le palmarès, c’est une catastrophe industrielle. Car Lyon n’a jamais élargi son ambition. Ca lui a coûté la Coupe d’Europe dans un cycle hyper favorable. Une simple preuve : la plus grande star qui ait signé à Lyon est Sonny Anderson. Et il n’était une star que pour les Français, après avoir laissé le même souvenir de lui à Barcelone que Dugarry au Milan AC. Le niveau mondial l’affublerait simplement du doux surnom de tocard. Est-ce la peine d’évoquer Lisandro qui aurait bien récupéré le maillot de Benzema mercredi dernier car il y a encore dans la place à côté de ses 7 maillots ramenés de sélection.

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A l’origine, Aulas veut dominer la France. Timidement d’abord, alors qu’aucun club n’est le numéro 1 incontournable. Caveglia, Grassi, Cocard, Dhorasoo arrivent à la fin des années 90. Le gros coup, qui change l’image de Lyon, c’est l’arrivée d’Anderson depuis le Barça en 1999, en même temps que Laigle et Vairelles. Ce dernier illustre le début d’une nouvelle ère : Lyon recrute pour affaiblir ses rivaux. En attirant Papin pour le mettre au placard, le Milan AC aussi le faisait. Mais à l’échelle européenne. Riche et attractif comme Wiltord, rien ne lui résiste désormais dans l’Hexa-gone : Carrière (joueur clé du Nantes champion de France en titre), Luyindula et Née en 2001, Dhorasoo qui redevenait bon en 2002, Malouda et Essien alors convoités par toutes les grosses écuries en 2003 – même si Drogba snobe la surenchère de l’OL visant à humilier Marseille -, Abidal et Frau en 2004, avant le criant exemple de Pedretti en 2005, qui n’était d’aucune utilité pour l’OL, Kallström, Alou Diarra et Toulalan en 2006 puis Bodmer, Keita et Belhadj. Avant Bastos, Pjanic, Gomis et Briand. Au passage, quelques fins de carrières sont accélérées au nom de la gloire : Caveglia, qui vola la Coupe de France à Calais, Née, qui connut le syndrôme Ouedec de retour à Bastia, Luyindula l' »escroc » ultime de Ligue 1 puisqu’il a arnaqué Marseille et Paris. Et Pedretti, mais que pouvait-on faire pour lui ?

Les joueurs de L1 constituent encore le fonds de commerce lyonnais. Jean-Michel Aulas a beau déclarer, quand il recrute des Lillois, qu’il promeut le championnat français en gardant ses meilleurs éléments, ceux-ci ne sont pas plus forts que ce que l’OL a déjà. Donc Lyon ne progresse pas. L’autre partie du recrutement est étranger, et notamment la filière brésilienne que Saint-Etienne a tant falsifié. Soyons clairs : Cris, Juninho, voire Edmilson et Cacapa, c’est fort. Mais ça l’est devenu à Lyon, ils ne sont pas arrivés comme des valeurs confirmées. Voilà ce qui empêche Lyon d’avancer : depuis l’opportunité Anderson, qui ne jouait de toute façon plus à Barcelone, jamais JMA n’a cassé sa tirelire pour faire venir une star. Il a bien tenté de nous le faire croire, mais Elber n’avait plus que le bouc de sa grande époque bavaroise (qui sont deux termes antinomiques), Baros n’a jamais été bon, à y regarder de plus près, et John Carew n’a jamais remplacé Tore Andre Flo dans les coeurs norvégiens. Certes, Lyon a approché Trezeguet, Mancini ou Joaquin, mais sans jamais dépasser le contact par Foot Transferts interposés.

 

Ce manque d’ambition a été criminel à l’époque où Lyon avait réussi l’essentiel : en 2005-2006, Lyon attaque la saison avec un vrai groupe. Essien est parti, Tiago est arrivé et Lyon sait très vite qu’il n’a pas perdu au change sur ce poste-là. L’instant du crime se produit à l’été 2005. Le précédent John Carew n’est pas assez vieux pour prendre conscience de la plus grosse erreur de l’histoire du recrutement lyonnais. A part sa tronche d’acteur français sur le retour, Fred a tout pour donner le change : il est Brésilien, il a une feuille de stats à faire pâlir Christophe Sanchez (mais pas Anderson), il est costaud, contrairement à Nilmar, et Wiltord s’invite souvent chez lui, preuve d’une bonne entente dans le vestiaire. La terreur va frapper, la nuit du 4 avril 2006. Gérard Houiller n’utilise plus le terme de criminel, pourtant la performance de Fred est ginolesque : il donne le ballon à un Milan inexistant pour l’ouverture du score d’Inzaghi. Lyon revient à 1-1, et Fred vendange une occasion sur un centre de Juninho. Au final, Milan marquera deux fois entre la 88e et la 93e, avec la complicité de Clerc et d’Abidal. Pour honorer la mémoire d’avoir été le plus mauvais, il fait encore pire onze mois plus tard, jour pour jour, contre la Roma à Gerland. Une performance héroïque, faite de fautes, de contrôles ratés, de non occasions cette fois et pour finir il pète le nez de Chivu. Contre Manchester, il dépasse avec maestria son époque milanaise. Rentré à la place de Benzema pour défendre le 1-0, il offre de multiples coup-francs à un Manchester au plus mal. Et sur un ultime centre de Nani, notre sosie de Francis Perrin surgit au deuxième poteau pour remettre le ballon à Tevez qui égalise. L’illusion Fred n’a que trop duré mais il est toujours à Lyon, l’éclosion de Benzema n’ayant rien précipité. Il a largement participé à l’ambiance pourrie du vestiaire, et a montré toute l’étendue de son art cet hiver, en demandant un salaire astronomique aux clubs de seconde zone légèrement intéressés. Lyon n’a jamais voulu s’en débarrasser. Aulas serait-il foutu de le prolonger ? Lacombe serait-il un conseiller de merde ?

Si Fred est un gros mauvais, il n’est pas non plus la seule erreur de gestion lyonnaise. On passera sur le départ en catimini de Kanouté ou Malbranque en Angleterre. Après tout, face à Anderson, Vairelles et Caveglia, ils n’étaient que des daubes, leurs carrières l’ont prouvé. Ensuite, Jean-Michel Aulas a voulu faire croire qu’il ne pouvait pas garder Essien, Dhorasoo puis Diarra contre leur volonté. Comme nous le répétons depuis des mois, un vrai recrutement digne de ce nom aurait tout changé : faites venir Trezeguet en pointe, assumez les ambitions de victoire en Ligue des champions et Diarra, Essien et compagnie restent. Seulement pour cela, il faut faire de gros chèques, aligner de très gros salaires, ce que Lyon peut faire, mais ne veut pas. Et puis, il y a tous ces nuls recrutés pour faire le nombre. Dans les écoles de management de football, apprendrait-on aux grands clubs à prendre Chanelet ou Grosso pour remplacer le titulaire, ou à signer un joueur plus fort que ce que l’on a en stock ? Cleber Anderson, Milan Baros, Patrick Müller voire Belhadj ont ainsi pu découvrir le saucisson lyonnais à moindre frais.

 

Gouverner, c’est prévoir et Aulas ne prévoit que les montants des salaires. Le diagnostic est pourtant simple à voir : s’il ne le voit pas, il est aussi bon président que Govou capitaine. S’il le voit, alors c’est de la mauvaise volonté et Perrin a un bon maître. Dans les deux cas, ça sent le départ de Benzema dans les deux ans. Sauf si, comme il le réclame à mots ouverts, le portefeuille s’ouvre en grand. Et encore, pas sûr que ça suffise. Car c’est toute la génération Juninho encore au club qu’il aurait fallu remplacer après 2006. Tous n’ont pas connu, comme Govou, les heures lancinantes à attendre en vain une offre d’un club étranger autre que Middlesbrough. Le sort du barbu Juninho devrait déjà être scellé vu qu’il termine chaque match avec une bouteille d’oxygène dans le dos, et ce depuis deux saisons. Mais la vie sans Juni n’est même pas en préparation. Ederson croyait qu’il suffisait d’être d’organiser la prochaine Coupe du monde.  Cissokho, Lovren, Diakhaté, Pjanic, Briand et  Gomis avaient peut-être le profil qui sait ? A quoi bon les siffler, pouvaient-ils décider eux-mêmes se recruter pour moins cher que Essien, Tiago, Diarra et Juninho à l’époque ?  Quand les plus gros actifs, ceux qui pèsent 25 millions d’euros, sont aussi passifs, c’est une bonne raison de faire son pire championnat depuis 2002-2003. Le nouveau Juninho c’était donc lui, un bilan s’impose : les coups francs non, la décision dans les matches importants non, un montant de transfert démentiel oui. Le recrutement était économique, Lyon n’a pas tant changé.

Et puis, comment passer sous silence la caste des entraîneurs lyonnais ? Domenech, Tigana, Stéphan, Lacombe, Santini, Le Guen, Houiller, Perrin et enfin Puel. Garde et Fournier s’occupant de la réserve. Ne cherchez pas de progression, il n’y en a pas. Le lien entre tous ces entraîneurs n’est pas la capacité à faire gagner des titres à l’équipe, comme un Capello. Ceux qui ont gagné avec Lyon portaient les ballons et découvraient le nom des recrues d’Aulas puis de Lacombe – une fois qu’il ne fut plus entraîneur – dans Le Progrès. Comme Canal+, Lyon a recruté des générations de potiches pour les mettre devant les caméras. Des entraîneurs qui font tourner la boutique et mettent bien en place les ateliers dans la semaine. Puis mettent sur la feuille de match ceux qui doivent jouer le week-end, ne gueulent pas contre le recrutement. Bref, des coaches dociles. L’adjoint Le Guen a laissé Juninho choisir son système, le triangle du milieu. Houiller s’est évertué à maintenir une bonne ambiance dans le vestiaire en prenant chaque joueur par la taille pour se raconter des souvenirs d’enfance. De toute façon, les joueurs savaient déjà jouer ensemble avant lui. Il n’a pas réussi jusqu’au bout et s’est barré. Puis, Perrin est arrivé avec sa seule ambition, sans rien comprendre au fonctionnement lyonnais. Il veut tout décider dans le domaine sportif, et donc évincer Aulas du terrain. C’est ce qu’il faut à l’OL pour franchir un palier, sauf que c’est une brêle. Après deux matches en 4-4-2, Juninho lui a poliment rappelé qu’un petit nouveau n’allait quand même pas lui apprendre à entraîner.  Et puis Puel arriva, Lille monta en puissance et les photos du titre monégasque de 2000 devinrent chaque jour aussi sepia que le crâne de Cris. Pas de titre, c’est entendu, mais une demi-finale de C1 la seule année où c’était possible, tout n’est pas à jeter. Dans les grands rendez-vous, son OL est défensif, efficace et signe son premier exploit contre le Real, peu importe si ce n’est pas un exploit le public le croit.

A son époque, Tapie osait davantage dans le recrutement. Il n’avait pas peur de mettre des valises pleines, du champagne et des filles pour renouveler la garde robe de l’OM ou prendre un entraîneur de renom. Financièrement, c’est risqué mais pour Lyon, la Ligue des Champions aurait été à ce prix. Aulas a pris Gourcuff.

Lyon : La dernière decote du Rhône (1/3)

Six ans après le dernier titre lyonnais, le Vestiaire republie le certificat de décès du grand Lyon qu’il avait rédigé avant tout le monde. Lyon ne sera donc jamais un club populaire, et l’Europe a déjà oublié la grande génération. Première partie ; le bilan sportif, insuffisant.

 

Sept titres d’affilée, des larges victoires contre des équipes moins fortes, un pillage systématique des meilleurs joueurs des autres clubs français : l’hégémonie lyonnaise était incontestable. Son impopularité aussi, mais qui n’a rien à voir avec la jalousie théorisée en d’autres circonstances par « Sigmund » Fred. Le développement lyonnais est aussi rapide à résumer que le passage de Perrin : Lyon est un club qui calcule tout et qui finit par décevoir, inlassablement. Le grand calcul a débuté dans les années 90, après une remonté en D1 en 1989. Aulas a une stratégie simple et logique : se renforcer économiquement pour dominer la France. Après plusieurs saisons aussi vilaines qu’un passement de jambe de Bruno N’Gotty, entrecoupées d’une qualification européenne liquidée par le grand Trabzonspor, les résultats arrivent (2e en 1995) et le club se stabilise dans la première partie de tableau. Le centre de formation porte aussi ses fruits (Maurice, Giuly, N’Gotty, Laville), malgré Maxence Flachez. Toutes les composantes du club progressent, Lyon devient un modèle de stabilité. A l’approche des années 2000, le club devient incontournable. Depuis 1998, Lyon termine sur le podium de L1 chaque saison. Premier titre en 2002, retour fabuleux sur Monaco en 2004, 15 points d’avance en 2006 : les supporters lyonnais n’ont plus à avoir honte. L’OL est un épouvantail, a le meilleur effectif en France et pour cause (à lire dans la deuxième partie).

 

Problème, à partir du 5e titre, ça coince. Lyon ne sort plus que du D’Artigny abricot pour fêter le titre. La faute au syndrôme Wiltord : pour de nouvelles sensations, il a besoin d’aller voir ailleurs. Et là, Lyon déçoit. En restant toujours à la porte quand il y a la place de passer, en faisant de grandes erreurs de gestion. Ce que la Juve, Manchester, le Bayern, le Barça ne font pas deux fois de suite. Dominer la France du foot, faire le doublé, c’est très bien. Mais quand on a l’équipe pour rentrer dans la légende sans y parvenir, ça ne suffit plus. Aulas le sait bien : avec l’effectif qu’il a eu, Lyon aurait dû atteindre une, voire deux, finales de Ligue des Champions du temps de sa splendeur. Ne jamais avoir dépassé les demi-finales est un scandale, digne du palmarès de Domenech avec toutes les équipes qu’il a entrainées.

 

En 2005, Lyon se fait éliminer par un PSV Eindhoven de Cocu, malgré une équipe bien meilleure. La fin de cycle, c’est 2006, l’année référence de l’OL, avec le milieu de terrain le plus fort d’Europe donc du monde (Diarra, Juninho, Tiago). Se faire éliminer par le Milan AC a été aussi regrettable que la venue de Fred (nous y reviendrons). Le Vestiaire pensait déjà à l’époque que la seule équipe capable de battre le grand Barça de cette saison-là était Lyon. Pour rentrer dans la légende, Lyon doit faire un exploit. C’est-à-dire éliminer un club de plus grand statut que lui, et non pas battre le Real ou faire marquer Govou contre le Bayern. Il ne l’a toujours pas fait, donc il reste au rang qu’occupent La Corogne, Schalke 04 ou la Roma : des clubs régulièrement en C1, toujours placés, jamais gagnants. Et puis il y eut le Real. Mais c’était celui de Pellegrini. Le plus nul de ces 10 dernières années puisque Benzema n’y est pas titulaire. Pourtant le Real va écraser la première mi-temps mais ce Real est aussi celui d’Higuain. Madrid est éliminé ce n’est pas un exploit, Bordeaux aussi derrière et c’est la demi-finale. Battre le Bayern aurait pu être exploit on ne le saura jamais. C’est l’humiliation, la même que face au Real de Mourinho et Benzema, le meilleur depuis Zidane.

Comparé à l’histoire européenne des clubs français, le paradoxe lyonnais jaillit avec plus de force que la femme de Fred n’en a jamais rêvé. Lyon a peut-être été l’équipe française la plus forte de l’Histoire, dominatrice en Ligue 1 comme Marseille ou Saint-Etienne des grandes époques. Pourtant, l’OL n’a jamais fait mieux que demi-finaliste. Une performance à des années lumières de l’OM ou de l’ASSE. Même d’autres clubs se sont aussi davantage transcendés que les Gones. A une époque où chaque coupe était relevée, valorisée, et où tout le monde attendait le jeudi avec autant de passion pour matter la C3, qu’on en a pour la C1 aujourd’hui ou que la défunte C2 hier. Le PSG d’avant, brillant en UEFA (1/2 finale), brillant en Coupe des Coupes (1/2 finale, finale et victoire) et même en Ligue des Champions, n’avait pas autant de talents, même si c’était un PSG sans N’Gog, sans Bernard Mendy et surtout sans Rothen. Monaco, finaliste glorieux de la Coupe des Coupes, 1/2 finaliste de la Ligue des Champions. Auxerre, 1/2 finaliste vraiment héroïque et malheureux de l’UEFA (avec un tir au but de Mahé qui lui valut d’être fusillé), avant un quart de finale de Ligue des Champions toujours contre Dortmund et toujours aussi héroïque et malheureux. Même Bordeaux, avec sa finale UEFA, ou le Nantes 96 emmené par Franck Renou, entrent dans ce gotha. Face au Bayern 2010 personne n’a vibré car personne n’y croyait, Cris avait déjà 50 ans, Benzema s’appelait Lisandro.

Cette période s’arrêta en 96 par trois performances ahurissantes, l’année même où Jacquet découvrit la meilleure sélection de l’histoire. En 97, Auxerre bloqua en quart et le PSG en finale. Densité et constance que l’on ne retrouva plus par la suite avec des exploits le plus souvent isolés avec Monaco – comme Metz, Toulouse ou Bastia en leur temps – ou couplée (Monaco et Marseille en 2004). Ou encore inexistants, avec Lyon. Pourtant, concernant l’OL, la faute n’est pas à mettre sur le niveau de la Ligue 1 qui aurait baissé, nous y reviendrons également. Pour l’OL, l’étoile filante est donc passée en 2006. Le Lyon des saisons suivantes a été moins fort. En 2007, Houiller a eu beau clamer que Toulalan était plus fort que Mahamadou Diarra, seul Barth d’OLTV a pu y croire. Avisé, il a eu un doute quand Aulas a triomphalement estimé Grosso meilleur qu’Abidal. Le déclin était amorcé. Le terrible hiver 54 fut moins contrariant que celui de 2006, quand Juninho et ses amis brésiliens s’en allèrent au Brésil sans penser à mal (contrairement à Wiltord bien des fois). Au retour, des engueulades, plusieurs belles défaites y compris à Troyes, un derby contre un mauvais Saint-Etienne en trompe-l’oeil avant d’affronter la Roma. Et patatra. Lyon affiche un complexe de supériorité aussi déplacé que les prétendus gestes d’un autre âge de son ancien entraîneur envers quelques femmes de ménage méridionales. La défaite est cruelle ,mais Lyon ne s’était menti que trop longtemps. Puis Puel arriva, puis Garde, puis Fournier puis la mort. En passant ils ont acheté Gourcuff. L’erreur de trop.

Cette défaite n’a pas tué Lyon, puisqu’il était déjà mort. Pour n’avoir pas changé complètement de cycle, l’OL 2008 était un zombie que Benzema, Toulalan et Benarfa ont abandonné dans le cimetière de la L1.

Ligue 1, OM : Pas triste Loco

 

Il va tout révolutionner, vous allez voir.

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Un génie se reconnaît facilement : il n’aime pas les conférences de presse, il adopte un comportement autiste, il reste prostré sur son banc pendant 5 minutes à chaque point égaré, ses zygomatiques bougent frénétiquement et ses lèvres ont des spasmes comme les claudos dans le métro, et il n’hésite pas à parler d’un débit lent, en regardant ses pieds, sans faire le moindre effort pour parler la langue du pays. Il concocte aussi des séances d’entraînement d’avant-saison terribles, à des horaires pas possibles, qui font dire qu’à l’OM ça bosse plus que jamais et qu’on n’a jamais vu ça. Et évidemment ça se voit à l’ouverture du championnat. En même temps, il compte sur Franck Passi pour traduire ça aux journalistes, ce qui est un faux problème, et sans doute aux joueurs, ce qui en est un vrai. Patience, Thauvin réussira peut-être quelque chose ce week-end.

Un vrai génie est aussi un ovni sur le plan tactique. Capable d’inventer de nouveaux schémas et de replacer des joueurs à des postes qui ne sont pas le leur. Tout le monde s’enthousiasme, l’adversaire aussi jusque-là, ses joueurs peut-être un peu moins. Mais en tout cas, terminé l’équipe de l’an dernier, moribonde, trop friable défensivement, qui ne court pas. Le public du Vélodrome va être ravi si ça continue.

La révolution, c’est faire ce que personne n’attend : par exemple, faire jouer ensemble Thauvin, Imbula, Payet et Mendy, ce que Baup et Anigo avaient fini par éviter. Et recruter Alessandrini pour avoir encore un joueur qui n’a pas envie de défendre. Como se dice « équipe équilibrée » ? Ca va venir, ce n’est qu’une question de temps, le temps justement de dégager André Ayew et Mandanda. Et que Romao et Lemina soient rétablis, toutes les équipes du monde sont dépendantes de leurs meilleurs joueurs, non ?

Pour un peu, on penserait qu’El Loco n’est pas calculateur, qu’il est vraiment comme ça, un peu barré, et qu’il ignore même pourquoi on a fait appel à lui mais ça avait l’air d’un défi sympa. On pourrait le penser mais il touchait 2,5 millions et demi par an à Bilbao.

Retraite Ribéry : Le grand joueur le plus raté

On s’est longtemps demandé comment écrire sur Ribery. Il suffisait de répondre à la question : que restera-t-il de lui dans 10 ans? Pas grand chose. Dans 10 minutes non plus d’ailleurs. Voici les cinq carrières internationales les plus pourries de ces 25 dernières années. Benzema a encore du temps pour y faire son entrée.

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5. Yoann Gourcuff

Au lendemain d’une dizaine de buts bordelais et de France Roumanie, un grand quotidien de sport a décrété qu’il fallait désormais l’appeler Zidane. Depuis, à force de devoir se défendre d’aimer les garçons, il en a oublié d’aimer le ballon. C’est vrai qu’une fois dans les fesses ça procure pas la même joie.  Finalement il est devenu un charmant panneau publicitaire rhodanien avec des bandages partout. Sauf autour des fesses, vous l’aurez compris.

4. Mickaël Landreau

On a rien à raconter sur lui en équipe de France à part les histoires d’hélico. C’est donc en club que se situe le malentendu. On se souviendra de son record de matchs, de sa précocité et surtout de son très faible nombre de sélections. Mais en même temps il avait pas le niveau. Il a juste brillé un jour en poule de c1 contre Manchester, mais il a pris un peno de Van Nistelrooy à la 90e à cause de Yepes. Les deux étaient en quart de finale au Brésil, enfin presque les deux. L’ironie du sort.

3.  Nicolas Anelka
Parfois c’est grâce à lui, parfois pas. Mais il a réussi l’exploit de ne jamais rien foutre de correct depuis 14 ans à l’exception de deux buts contre l’Angleterre. Tout n’est donc pas de la faute de Wenger. En tout cas pas son Euro 2000 plutôt réussi.

2. Jean-Pierre Papin

Quand on est aussi fort dans un vrai contexte de concurrence on aimerait tomber sur autre chose que Jean-Philippe Durand, Joël Bats, et l’ossature de France 98 quand elle contenait encore Alain Roche.

1. Franck Ribery

Il est né contre l’Espagne en 2006 on lui pardonnait d’être un peu crétin et originaire de Boulogne sur Mer. Depuis, il y a eu une pute, des matchs de merde, il a essayé de casser du pd, il a prouvé à tout le monde que l’alphabet pouvait contenir moins de 10 lettres. Il a une excuse, l’allemand était devenu sa langue maternelle. Le problème c’est que personne n’aime cette langue surtout quand c’est celle de l’Europe. C’est pour ça qu’il ne sait pas vraiment ce qu’il dit quand il prononce ce genre de phrases : « J’irai jusqu’à l’Euro 2016. Je croise les doigts pour aller jusque là. Je rêve de gagner un titre avec les Bleus. Je veux aussi dépasser les 100 sélections, entrer dans ce cercle très fermé. Là non plus, l’histoire n’est pas finie. » Il reste au moins l’espoir d’une finale de Coupe du monde avec le Bayern.

 

 

 

Aliadière : Le buteur pas tenté

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En le recrutant à 16 ans pour 15 millions de nouveaux francs, Wenger lui avait appris que l’argent n’avait pas d’importance.

Il aura fallu 14 ans, quelques buts en Premiership et le concours de Tiburce Darou pour qu’Aliadière fasse parler de lui. Après une si longue attente, sa première performance s’est traduite sous la forme d’une brève : Aliadière va au clash. Il est vrai qu’à Arsenal, Henry et Bergkamp ne lui en avaient pas laissé l’occasion, ils lui avaient d’ailleurs laissé assez peu d’occasions tout court. Les deux mois au Celtic non plus, pas plus que les cinq à West Ham ni les 14 matchs à Wolverhampton. A Middelsbrough ça aurait pu, après trois ans de bons et loyaux services notamment à l’infirmerie mais gueuler pour partir quand son contrat expire n’est pas toujours nécessaire ; il s’était retenu.

De manière relativement logique, aucun club ne fait donc confiance à Aliadière lors de cet été 2011, alors que Meghni part s’éclater à Umm Salal. Mais Lorient va pointer le bout de son nez. Gourcuff rêve de Wenger plus qu’il ne rêve d’Aliadière, mais Wenger n’est pas libre et le négoce de mineurs français n’est plus son truc, il en a plein l’arrière cuisine. Deux saisons plus tard, dont une à 15 buts, et le tour est joué pour Aliadière et son maillot orange. L’exploit n’est pas si rare, mais tout le monde se souvient d’Aliadière sous le maillot de l’équipe de France espoirs. Non c’est pour déconner, personne s’en souvient. Mais poliment Deschamps n’hésite pas à dire, comme de chaque meilleur buteur français de Ligue 1, qu’il songe à lui envoyer une présélection. Ce qu’il fait. Et comme pour tout meilleur buteur français de Ligue 1, la rumeur d’un intérêt de Lyon enfle. Tant que c’est pas son genou ni sa tête, tous les espoirs sont permis.

Merlu au vinaigre

Heureusement Aliadière est revenu sur son attitude et a démenti catégoriquement avoir fait grève : « Si je ne joue pas, c’est qu’il y a un détail financier à régler dans mon contrat actuel et cela traîne en longueur. Je ne veux pas prendre de risque. Mon expérience et mes blessures à répétition parlent pour moi. Je n’ai pas envie de me blesser et de ne pas pouvoir répondre à la proposition d’un autre club. » Rien à voir, donc, avec un joueur qui refuse de jouer parce qu’il veut partir de son club de merde, qui collectionne les tatouages et relève son col de polo. Il se trouve par ailleurs qu’il a des tatouages et qu’il relève son col, comme quoi les portrait de Vernon servent à quelque chose. C’est juste que Lorient avait prévu de le payer moins chaque année et manque de bol il vient de réussir les deux meilleure saison de sa carrière. C’est vraiment dégueulasse. En route pour le très haut-niveau financier.

Pendant ce temps-là, Arsenal ne s’intéresse toujours à aucun Gourcuff. Il faut faire quoi de plus pour se faire remarquer ?

La légende 1982 : Le barbier de Séville

Il ne restait déjà pas grand chose de Jean-Luc Ettori, Landreau s’est chargé  de nettoyer le reste. Et heureusement.

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 Toutes les générations qui ont grandi ou vécu avec les petits tacles coquins de Thierry Roland à l’égard des populations exogames telles que les Portugais, les Yougos, les Asiatiques, les méditerranéens, les orientaux ou les Corses connaissent Jean-Luc Ettori. Même si personne n’a jamais répondu à la principale question qu’on se posait à son propos : deux t ou deux r dans son nom ? Car le reste, il faut bien le reconnaître, on s’en foutait. Qu’il ait occupé 40 ans les cages d’un stade vide, qu’il n’ait jamais trouvé l’adresse d’un barbier ou qu’il n’ait pas été au courant du changement de look de Cabrel, peu importe. En revanche, certains ne sont pas loin de penser que s’il n’avait pas existé, la France aurait déjà deux Coupe du monde à son palmarès.

Pour la première fois, le Vestiaire va donc remettre en cause la théorie officielle sur Séville 82. Pierre-Louis Basse paiera-t-il une nouvelle fois la taxe d’habitation de son loft des Alpilles avec ? Peut-être. En tout cas, on pensait que tout avait été dit sur ce match : le plongeon sans casque de Battiston, le Kata de Schumacher, le bisou de Platini à son ballon, la défense française catastrophique mais pas plus que d’habitude, le Tresor de Giresse et Rummenigge. Tout le monde a évidemment une part de responsabilité dans cet échec.

1982

Mais Ettori possède peut-être une petite part du gâteau supplémentaire voire une grosse qu’il partage avec Hidalgo qui en a fait son titulaire. Jean-Luc Ettori a 9 selections en bleu, dont un bon paquet lors de cette fameuse Coupe du monde qu’il a débuté comme son équipe par une branlée contre l’Angleterre. Sa responsabilité n’est engagée que sur le deuxième but comme le rappelle Dominique Le Glou. Mais ça aurait dû être suffisant pour l’écarter. En demie, ce qu’on lui reproche ce n’est pas de ne pas bouger un poil de son cul sur l’ultime tir au but de Hrubesch : ce serait injuste, il ne l’a pas fait non plus sur ceux de Kaltz et de Rummenigge, en fait il n’a plongé qu’une fois sur six. Le reproche n’est pas non plus la 108ème minute où peut-être occupé à apprécier le reflet de sa moustache dans ses bouclettes il choisit de ne pas intervenir sur le centre de Littbarski afin de permettre à Hrubesch de bien ajuster sa tête, avant de choisir de ne pas sortir au devant de Fischer qui a donc pris le temps de se retourner dos au but, de basculer en arrière, de tendre sa jambe droite vers le ballon le tout sous le regard admiratif de Jean-Luc. Avant de l’exécuter à bout portant, à l’aide d’un simple ballon rappelons-le pour lever l’ambiguïté. Si Goering avait su.

C’était donc le troisième but allemand, sur lequel au final Ettori ne pouvait rien, au regard de son niveau. Mais après tout à quoi sert un gardien de but ? Jean-Luc avait déjà répondu de façon partielle sur le deuxième but. C’était la 103ème minute, Rummenigge amorce une action sur le coté gauche, la France mène 3-1 et c’est déjà un centre de Littbarski. Peut-être y avait-il un accord secret de non-agression avec le joueur germanique puisque c’est déjà lui qui avait planté le premier but en la glissant entre les guiboles de qui vous savez. Toujours est-il que sur son énième centre, le goal monégasque prend à nouveau la bonne décision, en tout cas une décision, celle de ne pas sortir. Dans un premier temps en tout cas. Car quelques fractions de secondes plus tard quand Rummenigge est à la réception, une fois de plus de dos avec le talon et un Français dessus, Jean-Luc est bien sorti. Enfin il est sorti quoi, suffisamment pour laisser le but vide et la place pour le ballon de rentrer.

Si on lui a pardonné son dilettantisme sans passer par la justice colombienne c’est parce que quelques semaines plus tard il contribuera largement à sa fin de carrière internationale et au succès polonais 4-0 au Parc des Princes. En réalisant son spécial sur le deuxième but, tranquillement figé sur sa ligne, avant de ne pas trembler ni même de bouger sur le penalty final. Pour l’occasion, comme un feu d’artifice gratuit à son jubilé, il sera lobé de 30m sur le troisième but. Celle-là, il l’avait gardé secrète pendant ses huit premières sélections. Le tact des grands.

1992

On pensait ne jamais le revoir à pareille fête, mais il restait pourtant un autre jubilé, en club cette fois. Ni une ni deux, il se fait un gros plaisir et jette son dévolu sur la finale de Coupe des coupes contre le Werder. Des Allemands, encore. Sur le premier but, il innove, toujours, avec le plongeon à retardement légèrement trop court sur le tir de Allofs. Mais c’est sur le deuxième que toute sa science des sorties va s’exprimer. Comme une synthèse de toute sa carrière, il va s’appliquer à transformer le dénommé Wynton Rufer, un Néo-zélandais, en terreur des surfaces. Comme souvent aidé par le placement hasardeux de sa défense, il a l’occasion de briller lorsque Rufer est lancé dans le dos des arrières monégasques, sans doute bien conseillés par Wenger ou pas plus mal qu’à Arsenal en tout cas.

C’est alors la configuration classique du face à face qui s’installe. Jean-Luc revoit sans doute dans sa tête ses quelques milliers de sorties approximatives réalisées jusqu’ici. Il sait que ne pas avancer vers le ballon peut parfois coûter une Coupe du Monde. Et pourquoi pas une Coupe des coupes ? Cette fois, se dit-il, ce ne sera pas de sa faute. Il décide de courir à la rencontre de Rufer. Mais il ne l’a jamais fait et ça se voit. Doit-il sortir de sa surface ? Se coucher avant ? Après ? Ne pas se jeter ? Tout s’embrouille dans la tête de Jean-Luc qui prend un peu de chaque idée et décide d’abord de rester sur ses appuis, avant de prendre la décision de s’allonger mais hors de la surface de façon à ne pas pouvoir toucher le ballon avec les mains. Une fois cet excellent gardien sur les fesses, Rufer prend le temps d’imiter Pelé : un grand pont avant de faire mieux que le Roi, marquer.

2013

Ce n’est que le 1er décembre 2013 soit 31 ans après que Jean-Luc reviendra dans la lumière, pour échauffer Landreau son successeur. En nombre de match et en conneries surtout, car Ettori a toujours une Coupe du monde de plus que Corky à son compteur. En tant que titulaire, la précision est importante. Il est 16h15 c’est l’événement sur Bein sport qui ne tardera pas à rattraper Canal en terme de séquences qui servent à rien.

Un avant-match d’une heure, deux micros HF et un synthé sobrement intitulé « L’échauffement de Landreau par Ettori ». Dans la tribune, Génin et Cheyrou. Génin savoure le moment historique, surtout quand Cheyrou lui rappelle qu’il était là au premier match de Landreau en 1996. Mais le problème c’est que Génin et Cheyrou personne ne sait vraiment qui c’est. Alors retour plateau. Di Meco est là avec un mec qui présente. Et Landreau entre dans l’arène, sous l’ovation de la dizaine de Corses arrivés au stade 50 minutes avant le coup d’envoi d’un match face à Evian. Ca fait tellement de bruit que Landreau file directement s’échauffer. Ettori est là mais l’entraîneur des gardiens de Bastia aussi, avec le deuxième gardien. Il ne faut que deux minutes à Landreau pour expliquer à Ettori comment l’échauffer. L’humiliation qui se cachait derrière l’invitation super classe commence à se faire sentir. Derrière sa télé, Reginald Becque en a les larmes aux yeux.

Mais le pire est à venir. Jean-Luc ne peut plus s’échapper. Landreau s’approche, comme d’habitude il sait quoi dire avec un micro : il confie l’air de rien que se préparer pour un moment individuel c’est différent des grands matchs quand on obtient un titre ou un maintien. Et il retourne dans son but en espérant qu’Ettori a bien compris.

Il a très bien compris puisqu’il adresse quelques frappes à Landreau avant d’avouer à l’entraîneur des gardiens qu’à l’époque, il ne faisait pas comme ça. Comme l’autre ne répond pas vraiment, de peur de prononcer le mot ringard, le co-détenteur du record se met à faire quelques jongles, à défaut de pouvoir sortir son smartphone car son survêtement n’a pas de poche. Encore un coup de Landreau. En haut, Cheyrou et Génin ne savent plus quoi raconter depuis bien longtemps. Les images parlent d’elles-mêmes.

Van Persie : Autant en remporte le Van

Une Coupe de l’UEFA, un Charity shield, une FA Cup, on dit merci Arsène. Même si la C3 c’était pas lui.



Il y a deux ans, les adjectifs ne manquaient pas pour qualifier l’incroyable forme de Robin Van Persie : 26 matchs, 19 buts. Après 7 saisons où, plus ou moins titulaire, il n’avait rien branlé de très correct et une saison à 30 buts en 38 matchs où il a offert la troisième place à Arsenal à 19 points à peine des Manchester, le nouvel Hollandais volant, vole toujours mais l’ennemi cette fois. A 29 ans quasi 30, sa carrière est même devant lui s’il se sent de poursuivre jusqu’à 35 ans comme son illustre aîné Thierry Henry qui n’a pas été foutu dehors de Barcelone et de l’équipe de France à près de 33 ans. Contrairement à ce que pensait le Vestiaire depuis toutes ces années, Van Persie n’est pas nul, et à voir le courrier reçu sur equipe.vestiaire@yahoo.fr vous ne le pensez pas non plus. En effet, ce n’est pas à cause de la faiblesse de la Premier League que Robin parvient enfin à s’exprimer, la preuve, il a déjà disputé un Euro, 2 Coupes du Monde, plein de ligues des champions et même des matchs contre Manchester United et City cette saison. C’est d’ailleurs dans ces confrontations qu’il a donné une nouvelle acception au  mot décisif. Puisqu’à Old Trafford lors de la troisième journée, Robin montre les crocs à la 74ème minute, Walcott avait fait claquer les siens à la 45ème, encore 6 buts et Arsenal égalisait. Au retour, le 22 janvier dernier, c’est sur ses terres que Van Persie fera parler la poudre à la 71ème minute.  Sczeczny rentre avec 2 buts, Manchester avec 3 points. Entre ces deux rendez-vous, il y a eu ces matchs sans enjeu comme cette victoire 1-0 de City, ce but de Ramsey contre Marseille à la 90ème ou ce 0-0 contre les mêmes phocéens où Robin a su se faire plus discret que les années précédentes contre Barcelone.

Robin Van Persé

En 2011, il a le toupet d’accompagner Archavine dans l’humiliation infligée aux Blaugrana au match aller. Heureusement le retour ne compte pas sinon, Busquets n’aurait pas été le seul joueur à marquer pour les Londoniens. Robin brille quand même à sa façon, pas son ouïe, défaillante, pour laquelle il est dégagé du terrain à la 56ème minute.  En 2010, comme un grand joueur il est absent du match aller où Walcott et Fabregas offrent un suspense anthologique, au retour aussi, il est absent. Mais Van Persie n’a pas passé  toute sa vie à se plaindre à l’infirmerie, il a aussi joué de très grands matchs et pas que contre Manchester lors de la demi-finale de ligue des champions 2009 où Van Perso y va de son petit péno à la 76ème, Manchester ne gagnera donc pas 3-0.

Sa carrière internationale est promise à un destin aussi glorieux puisqu’en 2006, à presque 23 ans, le nouveau phénomène du foot mondial,  foule à Nuremberg une pelouse de huitièmes de finale de Coupe du monde. Il est aux environs de 23h quand Monsieur Ivanov décide de ne pas faire jouer de prolongation. La loi est la loi, comme le Portugal est le seul à avoir marqué, il poursuit sa route, pas Robin. Mais il a une nouvelle chance en 2008. Rayonnant contre la France de Domenech, Gomis et du futur prix Nobel de finance internationale Lilian Thuram, Van Persie rentre à la 46ème minute contre la Russie. Le coup de poker de son prédécesseur l’autre Van, Basten est osé, Robin va justifier sa confiance. Le 0-0 de la mi-temps se transforme très rapidement en 3-1 car Van Nistelrooy sauve l’honneur à la 86ème sur un service de Van Persie, mais Wesley. Au passage, Robin y gagne Archavine.  Wesley Van Persie va confirmer 2 ans plus tard sur les pelouses sud-africaines: il marque en huitième, en quart et en demi, parfois accompagné de l’autre Van Persie : Arjen. Heureusement qu’ils étaient là car le troisième des Van Persie, Robin, va marquer, le pas, à l’issue du premier tour où le grand Cameroun n’avait pas résisté à son coup de canon.  2 mois auparavant, ils étaient tous de la finale de ligue des champions. Tous ou presque.

Robin Van Perso

Et puis arriva l’été 2012, celui de la confirmation. Robin a changé de statut, il n’est plus cet attaquant moyen toujours blessé qui ne marque jamais, et surtout pas dans les matchs importants. Désormais Robin fait peur à toute l’Europe, il est devenu ce buteur qui marque tout le temps mais jamais décisifs dans les matchs qui comptent. Et ce statut, il compte bien l’honorer sous les yeux du monde entier. Dans quelques semaines il jouera sous les couleurs du grand Manchester, mais avant il va offrir à la nation hollandaise un titre qu’elle attend depuis 24 ans, et son prédécesseur à la pointe de l’attaque, l’autre Van : Marco Van Basten. Le joueur européen le plus efficace avec Cristiano va donc ourdir un plan machiavelique. Mais difficile de surprendre quand toute la presse n’attend que vous, tellement vous impressionnez. Mais Robin a plus d’un tour dans son sac. Il va d’abord perdre contre le Danemark en ouverture du tournoi. Il joue bien-sûr l’intégralité du match à la pointe de l’attaque, c’est sans doute ce qui explique les 0 buts marqués par les Oranje. A moins que ça ne soit les 20 tirs non cadrés, la coquetterie nous impose de ne pas dire combien Robin s’en est offert. La rencontre face à l’Allemagne lui permet de faire taire ses détracteurs : pour la première fois de toute sa carrière il est enfin décisif quand ça compte. L’Allemagne en fait les frais à la 73ème minute. Mais après vérification, l’UEFA ne considérera pas que la frappe puissante du droit de Robin comme plus importante que les deux buts de Gomez marqués en première mi-temps. Pour info Gomez est Allemand. Van Persie est Hollandais et ce n’est pas anodin pour comprendre pourquoi il lui sera interdit de disputer les quarts de finale. Accessoirement, il sauvera l’honneur à la façon d’Ibrahimovic contre la France. Ou presque, Ibra mettra un doublé, Van der Vaart ouvrira juste le score. Les grands joueurs sont quand même décisif puisque Ronaldo mettra lui aussi un doublé mais pour la qualif.

C’est donc tout auréolé de son titre de co-meilleur buteur de l’Euro pour les Pays-Bas que Roa bin débarqué chez Wayne Rooney. Pourquoi a-t-il fallu que son arrivée coincide avec la descente aux enfers du club ? Un hasard sans doute.

La légende Pays-Bas : Dennis de justice

Pays-Bas 96 c’était légèrement moins faible que Pays-Bas 2014. Mais c’est pas beau quand même


Rater un tir au but quand ça compte et qu’on a encore rien fait ça fait toujours des dégâts, surtout quand on élimine son équipe. C’est arrivé à Pedros cette année-là mais on s’en fout, car c’est aussi arrivé à Seedorf. Dans cette équipe des Pays-Bas, la plus faible jamais alignée, il n’est pas titulaire contrairement à son pote de Ligue des Champions 95, Kluivert. Mais comme lui, il est la star de demain, même si pour un milieu défensif, un peu offensif,  il est toujours difficile de faire la Une du Sun même en attrapant comme tout le monde la femme de Karembeu qui ne s’occupait pas de la fille de Suaudeau, ça c’était Makelele. Si vous suivez pas c’est pas grave, ils ont tous joué au Real sauf Suaudeau.

Clarence sterling

Clarence a 20 ans quand il rentre à la 60ème minute à la place de Bergkamp, c’est ce qu’on appelle du poste pour poste. Même s’il fait n’importe quoi, Guus Hiddink a bien senti le danger représenté par l’entrée en jeu de Dugarry une minute plus tard. Jacquet aussi qui le remplacera par Pedros à la 80ème. L’équipe de France développe son jeu habituel : ne rien faire et attendre les tirs aux buts, puisque Zidane a eu un accident de voiture et un début de calvitie. Et comme la défense s’appelle comme en 98, il n’y a rien à craindre des assauts de Jordi Cruyff. Ne vous moquez pas, il y a aussi beaucoup d’autres Barcelonais. Bref, quand Seedorf écrase mollement une occasion de but sur le catogan de Bernard Lama on se dit que rien ne peut nous arriver. Seedorf écrase ensuite son penalty au même endroit. Puis Blanc fera comme toujours le sale boulot et Guérin échangera son maillot avec un homme. Participer à la rencontre de haut niveau la plus chiante de l’histoire du football a permis quand même à Clarence de foutre en l’air sa carrière. Et pourtant il joue encore pas trop mal pour son âge. Mais Milan casse pas des briques non plus.

La légende Portugal : Rui barré

La Grèce nous a toujours fait chier et ça continue.


Détrompez-vous, le Portugal a déjà remporté une grande compétition. C’était en 2004 à domicile et c’est la Grèce qui a soulevé le trophée.

Le Portugal de 2004 domine de la moustache et des épaules un Euro organisé pour eux, chez eux. Un tournoi superbe qui n’aura pas vu que les magnifiques fins de carrières de Lizarazu pris de vitesse par Amonbofis ou Zagorakis, et Desailly pris de vitesse par Santini, pas le maire d’Issy les Moulineaux quand même. Imaginez aussi un Tchèque de Lyon meilleur buteur, l’année où la République Tchèque ne joue pas la finale. Et donc le Portugal qui confirme enfin toutes les taules collées à l’Argentine en -20ans et ce titre mondial de 1991 à la maison. 2004 moins 1991, ça fait 13 ans, Figo commence à avoir les dents qui baignent, Rui Costa aussi,  meilleur buteur de l’équipe avec pas moins de deux réalisations avant le chef d’œuvre final. En 1991 il était déjà l’architecte du but de la demi-finale contre l’Australie. En finale, il se mettra sur son 31 pour offrir le 0-0 victorieux à ses coéquipiers grâce au tir au but manqué d’Elber qui a donc bien été international un jour. Il ne faut jamais insulter le passé.

En 2004, Rui Costa se met cette fois sur son 32, c’est son âge, pour montrer qu’il n’a rien perdu de son efficacité dans les grands rendez-vous, fut-ce la Grèce en face. Mais les règlements sont formels, à 0-1 on n’a pas le droit de faire comme Platini en 1984 avec la Coupe. N’y voyez pour une fois aucune allusion salace, Platini au moins était titulaire. 5 tirs cadrés, 11 non cadrés, Cristiano et Pauleta étaient apparemment en forme, sacré Guivarc’h. La Grèce aussi, puisqu’elle a cadré une fois. Pas certain que Deco soit encore là quand Mourinho prendra l’équipe, par contre Ricardo Carvalho est content, il était dans l’équipe type. Ben oui, c’est quand même un peu grâce à lui si Charisteas peut mettre sa tête. Ca ne peut toujours être de la faute à Lizarazu.

Torres : You’ll never score alone

Si Sergi Rodriguez était vraiment socio du Barça, il se poserait une question : avoir battu l’invincible Barca de Ronaldinho en 2005 garde-t-il autant de valeur quand on découvre que Ronaldinho termine danseur de Flamengo ?

Quinze minutes d’éternité, même en prolongation. Sans prendre en considération la sensation d’être le cocu de Fernando Llorente, le quart d’heure de champion du monde de la carrière de Fernando Torres doit beaucoup à Villa. Amusant, un attaquant qui rate des occasions en finale de Mondial est finalement aligné d’entrée parce que lui au moins il s’en créé.

Par le passé, Torres aussi avait éprouvé cette toute puissance. C’était à l’Atletico, à une époque où le football européen existait encore, quand Giggs, déjà trentenaire, n’imaginait pas survoler la Ligue des Champions et faire trois passes décisives en quarts après avoir été mangé par Fanni en huitièmes. Ainsi Torres marquait des buts pour une noble cause : se qualifier en Europa League, même quand la Real Sociedad de Denoueix allait en C1.

RonaldNino

Mais pour grandir, il faut viser haut, ou en tout cas un peu plus haut. Le transfert à Liverpool sonne comme une évidence, un an après un Mondial 2006 moins raté que le suivant. Gerrard, qui ne digère toujours pas d’avoir gagné la Ligue des Champions avec Cissé, veut un grand attaquant pour gagner la Premier League. 4e, 2e puis 7e, l’avenir donnera raison à tout le monde. Même à Drogba, qui non content d’inscrire onze buts de plus que Torres la saison dernière, lui cèdera sa place six mois plus tard.

Sens du but, jeu en pivot, appels : un attaquant paraissait plus vieux que les autres hier à Old Trafford et Owen ne peut pas toujours jouer ce rôle-là. Torres reste quand même vice-meilleur buteur de Premier League 2008 en titre, en compagnie d’Adebayor. Il lui est même arrivé de flamber à Old Trafford et d’y gagner 4-1, ça a permis de ne finir qu’à quatre points du champion. Liverpool n’oubliera pas à qui il doit son seul titre depuis 2007, la Liverpool Senior Cup 2009. L’Atletico se console plutôt bien avec Aguëro.

La légende Angleterre : Nottingham Forest Gump

L’Angleterre a enterré Steven Gerrard alors qu’il arrivait encore à pisser tout seul. Rooney c’est pas sûr. Le Vestiaire se souvient de la dernière fois où une génération est morte. Ils n’avaient pas tous les oreilles écartées.



Un Euro ou une Coupe du monde sans l’Angleterre, c’est presque comme un Euro ou une Coupe du monde sans la France ou Gourcuff dans un bateau avec une fille. Ca n’a pas de sens. Et pourtant c’est arrivé, pas très souvent ces dernières années on vous l’accorde, mais c’est arrivé. C’est arrivé à l’Angleterre à l’issue d’une période magique où elle avait possédé pendant 10 ans une génération sans égal au niveau gonzesses tarifées comme dans le jeu ou le nombre de rouquins. Ferdinand, Campbell, les Neville, Terry, Gerrard, Lampard, Beckham, Shearer, Rooney et même Owen ou  Mc Manaman. Le prénom Paul qui était encore toléré à l’époque permettait aussi à Ince, Gascoigne et Scholes d’en faire partie.

On peut même ajouter Southgate pour les nostalgiques d’Hartley. Avec ça difficile de comprendre qu’après 1996 il n’y ait même pas eu la moindre demi à défaut du moindre demi car Sheringham a aussi le droit de vivre. Tout ça pour finir face à la Croatie sans Suker, coaché par un type nommé comme une voiture de course qui n’a même pas tué Senna. Ils peuvent toujours dire que c’est la faute à Torres et Malouda, ils ont quand même eu leur chance. Après ça rien de tel qu’une bonne taule contre la France.

Brésil 2014, Espagne : Poubelle Xavi

Tous les trophées espagnols viennent de signer un pré-contrat au Qatar. C’est un peu décevant qu’ils aiment tant le pognon, mais tout est dit.

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Une génération qui a régné, c’est comme une mauvaise feijoada, ça finit aux chiottes sans laisser de trace propre. La France avait connu ça en 2002, l’Espagne vient de bâcler la fin de carrière de plusieurs de ses génies immémoriaux. Qui appartiennent désormais au passé. Comment l’Espagne a-t-elle pu emmener Xavi si c’est pour le laisser sur le banc dès le deuxième match ?

Il faut toujours que les champions ne sachent pas partir à temps. Et que personne ne sache leur dire que dégager serait mieux pour tout le monde. Au lieu de ça, il reste des photos humiliantes en une de Marca. Xavi sous sa serviette en train de regarder Cazorla essayer de marquer deux buts au Chili. Iniesta en train d’appeler Xavi à l’aide. Ramos qui se demande où est passé Casillas depuis deux ans. L’Espagne a été frappée du même syndrôme que tous les autres avant elle : elle a fait confiance à ses héros jusqu’au bout, et le bout c’est le mur. En 2002 et en 2008 aussi, on croyait au sursaut d’orgueil, et puis on s’est mis à prendre des buts alors qu’on n’en prenait pas, sans en marquer alors qu’on en marquait. Avec évidemment comme dernier match, une défaite annoncée et la certitude qu’on ne va ni gagner, ni marquer, même si on a des occasions.

Inutile de le rappeler, c’est un triomphe de plus pour le Vestiaire. Car entre la fin de l’Espagne, annoncée à travers la fin du Barça, et l’absence de relève, annoncée à travers les papiers sur le baby Barça, tout a été minutieusement décrit. De ses quatre mi-temps du Mondial, l’Espagne n’en aura joué qu’une à sa façon, en gardant la balle, ce qui était devenu sa façon de défendre. A une minute près, cela lui permettait de mener 1-0 à la mi-temps contre les Pays-Bas et d’espérer ne se faire humilier qu’en 8e. Mais quand le bourreau s’appelle Van Persie, qu’ensuite Robben fait passer Ramos pour Christophe Cheval et qu’à la fin il y a 5-1, c’est que le bourreau n’était pas vraiment Van Persie, ni même un quelconque Chilien. Les Espagnols ont compris trop de choses au pied de l’échafaud : il ne servait à rien de naturaliser Diego Costa, il eut été utile de naturaliser Torres, et Xavi méritait une bonne demi-douzaine de Ballons d’or. Dans l’urgence, l’Espagne a cherché à faire ce qu’elle ne sait plus faire : accélérer le jeu. Elle a au moins réussi à accélérer les jeux néerlandais et chiliens en leur rendant la balle.

Pendant ce temps-là, l’Allemagne a réinventé Gerd Müller.

Thierry Roland : Thierry pimpon

Thierry Roland nous manque. Comment remplacer un commentateur franchouillard un poil méfiant envers l’étranger mais grand amoureux de son sport et avant tout bon vivant, surtout mort désormais.

Oui, c’est une légende. Ses 270 Coupes de monde ont fait de lui la voix du football et il est parvenu à devenir l’un des Français les plus populaires sans pourtant être l’un des plus aimés, le tout en prônant le retour à l’Algérie française avec ses potos de l’OAS. Il aurait sans doute préféré débuter à 20 ans dans les Aurès en hésitant entre le derrière d’une chèvre ou d’un mouton avant d’aller torturer le petit Saïd, mais on ne le saura jamais, il a emporté son secret dans la tombe avec Vincent Hardy. Si ça se trouve, c’est là-bas, la gégène à la main, qu’il aurait connu la famille Zidane avant qu’elle lui rende l’appareil un soir de juillet 1998.

A bas Mako

Personne n’oubliera jamais non plus ce rire si communicatif qui venait ponctuer les généreuses saillies de Vincent Perrot sur les superhéros méditerranéens ou une blagounette sur le tailleur de Marianne Mako dont certains auraient aimé prendre la température avec leur instrument. Mais il serait injuste pour rendre hommage à l’un des plus grands journalistes français, de sans cesse rappeler qu’il a douté du potentiel des deux femmes qui se sont risquées à parler foot à ses côtés, qu’il était pour le rétablissement de la peine de mort ou que tous ses collègues le détestaient à part le lendemain de sa disparition. Sauf peut-être Hervé Mathoux qui a réussi à s’enfuir sur Canal avant qu’il ne l’oblige à lui prêter sa femme. Car, quand on le connaissait un peu, c’était un type bien, comme Jean-Michel Larqué a pu le vérifier un beau jour de 2002.

Mais de Thierry Roland, c’est Thierry Roland qui en parle le mieux au bout d’1 min 14 de l’infâme clip de Laurent Luyat.  Apparemment hôtel, cigare et canapé ça suffit pas toujours quand on est vieux.

Allemagne : Low et caetera

Ca faisait plus d’un siècle que se farcir une confrontation avec l’Allemagne pouvait rapidement devenir embêtant. Parfois ça finissait à Nuremberg, parfois à Séville. Mais c’était jamais vraiment sympa.


Depuis l’été 2010, on ne zappe plus lorsque Canal + sport diffuse un match de la Mannschaft même quand Frédéric Lopez vient nous inonder de bonheur. Car depuis 2010, l’Allemagne qui gagne ce n’est plus seulement, Beckenbauer, Goebbels, Brehme ou Sammer. A la défense en barbelés, même rouillée par quelques joueurs de Bundesliga, a succédé une autre vieille méthode : une guerre éclair, sauf que cette fois ils ne resteront pas plus d’une nuit et ne ramèneront personne à part peut-être le titre de champion du monde. Mais doit-on leur en vouloir pour ça ? On ne va quand même pas se plaindre, en plus cette fois les meilleurs éléments de notre nation ne seront pas obligés de se mettre à leur service pour qu’ils gagnent. Tant pis pour la défense, et tant pis si Mertesacker est parti à Arsenal. En temps de conquête, la meilleure défense c’est l’attaque. On voit déjà le tableau : des adversaires tétanisés qui restent bien sagement dans leur camp.
Brême catalane
Muller non plus ne se plaindra pas, s’il ramasse un jour un ballon d’Or en ne jouant même pas contre Getafe et Bilbao tous les week-end. Et dire qu’il doit se cogner la tronche de la moitié de l’équipe de l’Allemagne tous les jours à l’entraînement, plus celle de Tymoschuk, en faisant bien attention : le soviet ça résiste bien à l’hiver.
Pour Müller, être né un 13 septembre n’a donc pas que des bons côtés. Ca oblige parfois à faire reposer le sort d’un match sur Robben, heureusement en sélection il passe à l’orange. Du coup dans la Mannschaft c’est Götze qui joue les Robben. Enfin, jouera : pour l’instant, le petit génie du Borussia est blessé, encore un coup des maquisards. Ils ont aussi eu Schweini. L’aîné Mesut, comme Khedira, a beaucoup progressé depuis qu’il joue avec Benzema, pas celui de l’équipe de France. On pourrait presque croire qu’il sera capable de supporter la pression des grands matchs contrairement au pipi de la demi-finale sud-africaine.
On peut traduire leur nom en Xavi et Iniesta mais ça pourrait leur porter malheur pour les récompenses. Ajoutez n’importe quel attaquant plus ou moins mobile et un tant soit peu capable de s’imposer au Bayern et vous obtiendrez la plus puissante armada depuis mai 1940. Même privée de Ballack, Effenberg et Stauffenberg.
Et si leur entraîneur se laissait pousser la moustache, par superstition ?

La Légende Brésil : Fred is dead

Allez savoir pourquoi, le 2 septembre 2008, le Vestiaire avait consacré Fred comme escroquerie du siècle de la ligue 1, Piquionne n’était que 2e. Une escroquerie du siècle, c’est du sabotage, du melon, le tout dans un grand club qui le présente comme une star. Six ans après en découvrant la composition de l’équipe du Brésil contre la Croatie on a eu comme un doute. Puis on a vu le match, c’était bien le même Fred, toujours nul à chier et capable d’escroquer cette fois un pays entier qui le prend pour une star. Souvenez-vous.

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 La Ligue 1 a souvent eu le chic d’attirer des noms glorieux, souvent survendus. Padovano avait l’excuse de l’âge, Adailton celle d’une réputation chez les espoirs. Pour Fred, l’histoire commence à l’été 2005, d’abord par un prix : 15 millions d’euros. Aulas ne le sait pas encore, c’est à peu près ce qu’il lui coûtera en Ligue des Champions les trois saisons suivantes. Pendant que sa femme fait son trou à Lyon, lui s’investit dans la médecine, entre blessures et nez cassés, mais jamais le sien. Dès que le niveau s’élève, qu’il n’a plus Sammy Traoré au marquage, l’avant lyonnais – comme l’appelle encore Aimé Jacquet – démontre son savoir-faire : plus une remise potable, des pertes de balle dans ses 30 mètres, un travail défensif qui rappelle la bande annonce de Fight Club et des choix judicieux. A côté de lui, même Djibrill Cissé passerait pour un apôtre du collectif.

Mais le benêt chevelu est malin, il sait se rendre indispensable aux yeux de son président, qui n’a peut-être pas compris que son départ l’est. Il a réussi sa première saison en championnat, avec 14 buts marqués. De quoi soigner sa réputation de buteur. Il s’y tient jusqu’à ce quart de finale à Milan, son premier chef d’oeuvre : priver le club d’un titre européen largement à portée, parce qu’on est un buteur qui ne marque pas. Premier doute, mais pas suffisant : Aulas veut le revendre cher et le croit encore bon.

Seconde saison, Fred se blesse mais garde son ratio avec 11 buts en 20 matches de L1. Il participe activement à l’hiver meurtrier 2006-2007 avant son second chef d’oeuvre, plus poétique que le premier, Lyon-Roma.  Il devient remplaçant de Benzema et se blesse. Le coup de génie arrive à son retour de blessure : il marque en Coupe de France puis en championnat, devient ami avec Benzema en lui faisant quelques passes et convainc Perrin que le petiot n’est pas si mauvais à gauche.

Le retour sur investissement tombe contre Manchester. Même s’il n’est pas titulaire, il offre l’égalisation à l’aller et plombe les chances lyonnaises au retour. Au passage, il arrive à passer de rumeurs qui l’envoient en Russie voire à Paris qu’il traitera de prolétaire, à une demande de prolongation de contrat, qu’il obtient. La suite on la connaît, des buts au Brésil dans un championnat tout pourri, puis des buts avec l’équipe du Brésil quand ça compte pas, puis la Coupe du monde. Du grand art. Et s’il se présentait à la présenter à la présidence des Etats-Unis ?

Lyon aurait pourtant dû s’en méfier. Quelques semaines avant son arrivée, le joueur avait failli signer au grand FC Nantes de Le Dizet et Roussillon.

Espagne : A Xavi à la mort

C’était le meilleur joueur de tous les temps.


Il est petit, pas très rapide, pas charismatique et quand il a commencé à jouer au foot c’était avec des Hollandais. Ça n’aide pas à avoir du charisme, d’ailleurs il n’en a pas, ce qui fait pourtant de lui un modèle de sex appeal pour Iniesta. Mais là n’est pas l’important : à une époque où son club formateur lui mettait des Hollandais partout pour lui apprendre à jouer au foot, il a quand même appris à jouer au foot.

Son premier match pro, il ne l’a joué qu’à 18 ans. Tous les prodiges du baby Barça qui jouent les matches amicaux de poules de Ligue des Champions pourraient le prendre de haut, pourtant aucun n’y pense. C’est peut-être pour ça que Guardiola ne l’a pas fait lui non plus, ou alors c’est parce que Xavi l’a foutu dehors en 2001. Mais là n’est toujours pas l’important.

Xavi consultatif

Xavi a gagné avec tous les entraîneurs. Sans insulte en catalan, il a joué avec Ronaldinho comme avec Rivaldo. Il n’a que rarement marqué les buts, il a fini par laisser Iniesta être le sauveur. Il a fait les mêmes passes à Ibrahimovic que celles qu’il faisait à Eto’o. Il n’a jamais changé de coupe de cheveux, il ne parle pas moins à la presse depuis que la fondation du Qatar sponsorise son club si différent. Il n’a sans doute jamais perdu un ballon, et sans être entraîneur, sans même un mot, il a vivement indiqué à Fabregas qu’il serait sans doute meilleur avant-centre, en tout cas qu’il ne serait pas meilleur que lui à son poste. Ce qui revient à conseiller à Wenger de changer de métier, la BNP et ses marketeurs recrutent n’importe qui.

Voilà le plus important : le Barça et l’Espagne n’ont pas gagné grâce à un style de jeu, ils ont gagné grâce à un joueur qui à lui seul est un style. L’équation est sous nos yeux : le Barça a une défense de merde, l’Espagne a une défense de merde, et pourtant les deux ont les meilleures défenses. Faut-il disserter jusqu’au Brésil 2014 pour y voir l’œuvre du plus grand cerveau de l’histoire du foot ? Sa science du déplacement, ses contrôles orientés, sa prise d’information, son jeu de passes courtes et longues, ses dribbles pivotants pour échapper au pressing, personne ne fait ça aussi bien. S’il se trouve que l’Espagne entière n’est pas nourrie aux steaks de clenbutérol, ça en devient même prodigieux.

Avec Xavi, tout est plus facile, surtout quand il fait des petits comme Iniesta ou Busquets. Busquets est-il aussi fort pour autant ? Rien ne permet de l’affirmer. On saura ça bientôt, Xavi a 32 ans. Comme tous les grands joueurs, il enterrera sa carrière et le succès de ses équipes le même jour. Ca n’empêchera pas les observateurs de continuer à affirmer que si le Barça gagne, c’est grâce à Messi : on a encore vu la Messi-dépendance avec le Barça en maillot rouge. Le jury du Ballon d’or est souverain.

Et puis, il y eut la Coupe du monde de trop.

Brésil 2014, Equipe de France : Zinedine aux aurores

Devant l’optimisme ambiant, et avant que Ribéry ne provoque un clash, il est plus que temps de mesurer le pedigree des nos onze futurs champions du monde. 

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Lloris : Il convient de rester juste : la 6e place de Tottenham et les 51 buts encaissés en 38 matchs ne sont pas entièrement de sa faute. Maintenant c’est vrai qu’à bien y repenser, qui se souvient d’un de ses arrêts en 2010 et en 2012 ?

Debuchy : Sur son flanc droit, il a trois manières de s’en sortir indemne contre les grandes nations : ne pas révéler qu’il joue à Newcastle, jouer comme un ailier parce qu’on dit qu’il est meilleur contre-attaquant que défenseur, ou laisser Sagna se démerder.

Varane : Dans toute l’histoire, la Coupe du Monde a-t-elle déjà tenu à un genou ? Elle lui a déjà coûté sa saison, hormis la finale de Ligue des Champions et France-Ukraine, ce qui est déjà mieux que Koscielny qui n’a qu’une Cup.

Sakho : Il est à peine plus titulaire à Liverpool qu’à Paris. Ca suffit pour jouer en bleu. Ca suffit pour gagner le Mondial ?

Evra : Il s’en sort toujours par une flou juridique. Il est pas bon mais il est capitaine à Manchester. Il était capitaine à Knysna mais Deschamps l’a eu à Monaco et les autres l’aiment bien. La faille des Français ce sont les latéraux mais Debuchy est à droite. Donc en fait on sait jamais rien sur lui à l’avance. A part qu’il est cramé.

Cabaye : Xavi lui enviera sans doute son statut de remplaçant en club : il sera frais.

Pogba : La pépite. Le phénomène. S’il réussit son Mondial, il découvrira peut-être les quarts de finale de C1 la saison prochaine, et des matchs contre des grandes équipes.

Matuidi : Il présente au moins l’avantage de ne pas jouer à la Juve. Et grâce à Cavani, il a pu se reposer depuis fin avril. S’il pouvait marquer des buts et couvrir Sakho, Evra et Debuchy, il serait l’homme parfait.

Valbuena : Le meilleur, et de loin. Il a déjà réussi son Mondial en empêchant Nasri de venir. Le reste, ce sera du bonus.

Benzema : Toute nation prétendant au titre a besoin d’un buteur de classe mondial à 0 but en 2 phases finales.

Ribéry : Si personne ne lui dit qu’il ne pourra pas gagner le Ballon d’or même en cas de victoire finale, ça peut passer. D’ailleurs il a déjà rempli une part de son contrat en déclarant forfait. La suite c’est le petit Griezmann qui s’en chargera et quoi qu’il advienne il ne méritera pas ça.

Pendant ce temps-là, juste au cas où, s’ils la gagnent, Ruffier aura droit de la toucher ?

La légende Brésil : Le petit prince du Raï

Les plus jeunes ne s’en souviendront pas, les plus vieux ont des problèmes rénaux mais en ce 12 décembre 1992, l’actualité n’est pas uniquement dominée par les colis de Sarajevo de Patrick de Carolis ou les anniversaires de Flaubert, Ozu, Sinatra ou Jennifer Connelly. C’est qui ce Ozu ?


60 000 Japonais qui ne connaissent absolument rien au foot assistent à la naissance du plus grand joueur de l’histoire. Et comme tous ceux de cette catégorie il est brésilien et comme tous ceux désignés comme tels par les recruteurs du PSG il a du souci à se faire. Mais pour l’instant tout va bien ou presque car il a déjà 27 ans et avant ce jour personne ne le connaît à part les recruteurs du PSG bien sûr. Parfois il faudrait faire fusiller Gérard Houiller mais là il y est pour rien.

Pourtant Raï est petit frère d’alcoolique et accessoirement meneur de jeu des Auriverde et du grand Sao Paulo où Cafu est attaquant. Ca lui fait une belle jambe. Ce 12 décembre il joue la finale de la Coupe intercontinentale et fait passer Stoichkov et Laudrup pour des chorégraphes de la nouvelle Star Academy. De la merde donc.

A la Moura la mort

Rarement un joueur n’atteindra ce niveau sur un match, on aurait peut-être dû lui dire qu’il restait des rencontres à disputer, le PSG peut se réjouir. Raï un tout petit peu moins. Il débarque au Parc des Princes 6 mois plus tard, pour une jolie saison d’adaptation. Suffisant pour que Valdo et Ginola lui ajoutent une ligne de champion de France sur son CV. Il fallait bien ça, parce que les 6 saisons suivantes le palmarès de Pouget n’aura rien à lui envier. A part peut-être une victoire contre le Rapid de Vienne et les 3 premiers matchs de la Coupe du monde 1994. Il est capitaine. En finale, 2 semaines plus tard capitaine Dunga soulève le trophée. De son banc, Raï est content pour ses coéquipiers sauf qu’il est pas entraîneur. En 6 ans il glanera pas moins d’une sélection supplémentaire. On dit merci qui ?

Raï s’en fout, il a été élu meilleur joueur de l’Histoire du PSG, tout le monde le détestait, il a fondé Gol de letra et depuis, la Coupe intercontinentale s’appelle Coupe du monde des clubs. Et Cafu a fini défenseur.

Blanc : Paris coule dans Cévennes

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Timide, modeste, maladroit parfois, c’est un entraîneur touchant qui vient encore de se planter mais cette fois PSG. Portrait d’un Cévenol presque authentique, tout simplement. On ne vous aurait pas prévenu par hasard ?

On l’avait quitté moniteur de colonie de vacances ridiculisé par la bande de racailles qu’il avait invitée pour l’occasion. Après sa formation de Buddha Blanc à Bordeaux puis son bref passage dans la téléréalité de Clairefontaine : « Le Grand Requin Blanc » à Clairefontaine il est de retour comme 19ème choix pour succéder à Ancelotti. Voici pourquoi il est toujours l’homme de la situation, mais pas encore de celle-là. Et Sophia Aram ?

Un palmarès d’entraîneur. Il faut d’abord avoir fait ses preuves, mais pas trop. Ainsi, Domenech avait un titre en D2, Blanc en a toujours un en Ligue 1.

Un découvreur de talent. Yoann Gourcuff, c’est lui. Debuchy milieu droit contre l’Espagne en quart de l’Euro, devant Réveillère et à côté de Malouda, c’est lui aussi. Nasri et Ménez sur le banc mais qui rentrent quand même, c’est toujours lui.

Un sens tactique. Debuchy, Réveillère et Malouda c’était une vanne. Blanc qui les associe à deux jours du quarts alors qu’il avait deux ans pour travailler l’Espagne, juste parce que le vestiaire a explosé après France-Suède, c’est pas une vanne.

Une image. Ray aimait se faire affubler du doux surnom de boucher sur le terrain. Lolo est au contraire le roi du fair-play, incapable du moindre geste déplacé, déplacée comme aurait pu l’être une mâchoire croate un soir de 1998.

Un caractère apaisant et réfléchi. Laurent Blanc, c’est le calme incarné, la lucidité habitée. Un homme toujours capable de prendre la bonne décision au bon moment. Pragmatique, il a su arrêter les Bleus à temps en l’an 2000. Jamais il n’aurait été ridiculisé par Crespo un soir de 1999. Lucide et désintéressé, il l’a été suffisamment pour faire le choix de l’ambition, lorsque Naples a requis ses services. Maradona, la coke et les titres étaient bien sûr partis, mais pas le tiroir-caisse.

Le don de soi. Des choix, il a toujours su en faire, sans pour autant ne penser qu’à sa gueule. Car avec lui, la hiérarchie ne sera jamais réduite au rôle de pantin désarticulé. Le stoppeur international n’était pas du genre à dézoner en pleine prolongation de huitième de finale de Coupe du monde. Aucune chance, donc, d’être débordé par son ego, quitte à rejoindre Manchester United à 36 ans. Une saison à Barcelone, ça ne fait jamais assez sur un CV.

Le talent. Blanc, numéro 5 dans le dos, n’avait aucune chance non plus d’être débordé par Kostadinov un soir de 1993. De toute façon il était surtout réputé pour défendre sans tacler, les deux mètres de retard, ça ne pouvait pas être lui, il jouait à Saint-Etienne quand même. Mais ce n’est pas grave, Blanc était reconnu pour ses qualités de buteur. La défense, ça attendra 1996 et son premier vrai club. Il n’a que 31 ans. Sa carrière commence, la retraite n’est plus très loin, Bernès non plus, les interviews pour se remettre dans le circuit encore moins. Les petites vacheries médiatiques ? Un Président est au-dessus de ça.

La communication. Le dernier élément qui a fait pencher la décision, c’est sa maîtrise de la psychologie, facilitée par son humanité. Quand il indique la direction de la porte à Micoud, il n’y a qu’une seule issue. Quand il prépare mentalement son équipe, elle perd rarement six places de championnat, une Coupe de la Ligue et une Ligue des champions en trois mois. Et si jamais ça devait arriver, tout ne serait pas forcément de la faute des joueurs. Gasset, il peut quand même pas y échapper à chaque fois.

Puis il y eut le chef d’oeuvre du match retour contre Chelsea, une équipe de quadragénaire impotents entraînée par un génie devenu fou furieux. Mais en face c’était Blanc et les grands moments c’est pas son truc.

Coupe de France, Rennes : Attention Danzé

Peut-on devenir un grand club quand le parking du stade est celui du Flunch qui jouxte un Leclerc ?

C’était il y a 25 ans à peine, la saison 90-91 aurait dû être la dernière du Stade Rennais. Pas seulement à cause de leur entraîneur dont le nom Kéruzoré faisait faire des cauchemars aux aux débutants de district, mais surtout à cause de leur 20ème et dernière place qui signifiait alors descente en division 2. Mais le foot était ainsi fait que les dirigeants faisaient parfois de regrettables erreurs de jugement et se retrouvaient à confondre leur dernière bagnole avec le compte courant associé du club. La moitié du championnat pouvait se retrouver en D2 juste à cause d’un manque d’éducation financière. Courbis y ajoutait parfois quelques décharges de chevrotines dans son derrière. Rennes attendra donc un an de plus pour enfin descendre après un joli 4-1 encaissé contre Strasbourg en barrages. L’équipe était horrible, pour ne parler que de Baltazar et Delamontagne. La moustache de Didier Notheaux n’a rien pu faire. C’est sur ce champ de ruine que va se bâtir le nouveau Stade Rennais espérant éloigner à tout jamais cette malédiction qui vous oblige à voir Pandurovic plonger chaque week-end de la même façon.

T’as le look Ekoko

Lorsque le beau-père de Salma Hayek décide de prendre sa retraite route de Lorient, il sait que ses vieux jours passeront par un peu de déchets. Ils leur donnera de jolis noms : Frei, Lucas, Turdo, Luis Fabiano qui aurait finalement pu rapporter un peu de pognon et même Gourcuff qui bénéficiera du gentil piston de papa pour intégrer la maison Pinault. Ca se reproduit ces bêtes-là. 10 ans après, en novembre 2008, c’est l’aboutissement d’une génération : Paris se déplace à Rennes et perd le choc. Rennes est deuxième, aux portes de l’histoire. Deux nuls plus tard la Bretagne est rassurée. 6 mois plus tard la France l’est à son tour.  Rennes arrache la 7e place finale en encaissant 4 buts de plus que l’OM au Vélodrome. L’ambition est née, elle ne s’arrêtera pas en si bon chemin. Boulogne va le comprendre en août 2009. 3-0, le Stade est 2e, encore. Cette fois, les Rennais ont retenu la leçon : il faut être régulier.

Ils vont l’être : le 28 août 2010, ils retrouvent cette deuxième place qui leur appartient presque. Pour la première fois Rennes pense clairement au titre de champion de France. Si le championnat s’était arrêté en octobre cette année là, il l’aurait même été. Montano est inarrêtable, Brahimi le nouveau Zidane, Marveaux le Malouda du riche. Le premier s’arrêtera finalement, le second se blessera, le troisième aussi avant de signer à Newcastle. Alors en mars, pour ceux qui n’auraient pas encore compris la différence entre une grande équipe et une moyenne, L’Equipe se demande si la Ligue des Champions est déjà venue en Bretagne. Une superbe série de neuf matches sans victoire débute alors. Le dixième est le bon et assure la 5e place ou presque. Il restait deux défaites à jouer : 6ème. La saison reste belle et le monde ne s’arrête pas de tourner. A quoi bon déclencher une crise ou s’en prendre déjà à Antonetti ? Jérôme Leroy est toujours un esthète, Kembo ressemble encore à Will I am et Féret menace de signer quatre ans. Effectivement certains esprits mal tournés pourraient voir une corrélation entre les résultats et le nom des joueurs.

Le Guen a dû

Car ce n’est pas que Rennes n’aime pas le haut niveau, c’est qu’il ne le connaît pas. Même plongé en Europa League, Rennes hésite. Marquer deux buts à l’Udinese ? Un seul suffit pour perdre 2-1. Dans Atletico Madrid il y a Madrid ? Juanfran égalise à la 86e. Le Celtic Glasgow c’est différent, ils ont dominé l’aller. Mais au retour non. Deux Rennais n’étaient donc pas de trop pour suivre le centreur écossais, sinon comment le buteur aurait été seul dans l’axe ? Peu importe le score était déjà de 2-1. M’Vila n’a pas eu à regretter son expulsion.

Pendant ce temps-là, qui a oublié la mémorable finale de Coupe de France 2009 ? La Bretagne monte à Paris, Bocanegra offre la Coupe à Rennes. Mais pour une fois l’arbitre a laissé jouer au delà de la 70ème minute. Eduardo s’est chargé du reste. La Coupe passera bien par Rennes, mais dans la voiture de Le Graët qui la ramène à Guingamp. Finalement rien n’a changé.

Bayern-Real : Pep enlève sa Jupp

Le Vestiaire avait tout dit le 27 août, après une Supercoupe d’Allemagne, et c’est à lire ici. Un bémol : on émettait des doutes sur Thiago Alcantara, mais on ne saura jamais son vrai niveau, il était blessé le jour J. Zut alors.

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C’est l’histoire d’un Allemand qui a tout pour annexer l’Autriche et beaucoup plus, pour un bon paquet d’années. Il est puissant, ambitieux, fédérateur, et personne ne trouve la solution pour l’empêcher de s’en prendre à la veuve et l’orphelin quand ça lui chante. C’est magnifiquement terrifiant. On croirait à une histoire vraie. Mais si l’histoire était vraie, cet Allemand se serait-il choisi un mentor catalan le lendemain de l’annexion de la Catalogne ?

Pour reformuler, Heynckes avait trouvé la solution ultime pour annihiler définitivement le Barça, et après le titre européen le Bayern a décidé d’appeler à la rescousse le concepteur du Barça. Trop de jeu vertical à une touche de balle risquait d’écoeurer tous les adversaires, il fallait de toute urgence redonner une bonne centaine de passes avant de frapper pour laisser sa chance à tout le monde, sauf en Bundesliga évidemment. Putain de socialisme.

Sorti de ces considérations tactiques, à quoi reconnaît-on un grand manager ? Comme les grands joueurs, il est là dans les grands rendez-vous. Guardiola n’en avait qu’un cette saison, les demies, puisque Dortmund n’était pas vraiment un concurrent et qu’ils n’ont joué que des Anglais en C1 avant les demies. Sa saison se résume donc à ces deux demi-finales, ça fait 5-0 pour le Real, ce qui ne lui était jamais arrivé avec le Barça. Pep est donc un entraîneur comme un autre, et son équipe une équipe comme une autre. Quand elle prend trois buts un match sur deux pendant deux mois, contre des nuls, elle continue d’en prendre contre les grandes équipes. Et lécher un kaiser, même s’il s’appelle Franck, ne le rend pas meilleur au retour qu’à l’aller. Müller et Javi Martinez auraient bien aimé être aussi nuls si ça leur avait permis de jouer tous les matchs à eux aussi.

Pendant ce temps-là, Ancelotti n’aurait jamais dû quitter le PSG. Il doit bien regretter Ibra aujourd’hui, bien fait.

Real-Bayern : Bale et le clochard

Si vous n’étiez pas encore abonné à Canal+ hier soir, qu’allez vous retenir de ce match visionné en saccadé sur streaming qui ne vous permettait même pas de voir que Pierre Menes occupait trois sièges de Santiago Bernabeu.

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Vous retiendrez simplement ce qu’un copain qui s’y connaît vaguement en foot vous a raconté. Ou alors les conneries que vous lirez sur Marca ou sur lequipe.fr. En gros que Madrid a su être costaud, ou que le Bayern a raté pas mal d’occases malgré un pressing et une maîtrise impressionnante comme un contournement de la ligne Maginot. Et le pire c’est que pour une fois ces analyses ne sont pas complètement fausses. Mais qui vous dira que Guardiola a tué le Bayern en le faisant jouer à la passe à 10 et qu’avant, des occas, à coups de contres et d’attaques rapides, ils en auraient eu beaucoup plus, Rafinha n’aurait pas joué 12 minutes et Mazinho ne serait resté qu’un sourire crétin à côté de Bebeto.

Et surprise, le Real a été tout pourri sans être Arsenal quand même. Jouer plus bas aurait été difficile, ressortir impossible. Di Maria est redevenu Di Maria, CR n’est pas redevenu CR et Benzema a une pastèque grosse comme la nullité de Pepe mais en même temps il a des stats que Ibrahimovic n’aura jamais que sur PES. Isco y est pour rien il est beau mais le haut-niveau c’est pas son truc. Avec tout ça le compte de vannes n’y est pas. Alors voici un extrait de l’article lèche sur Giroud qui permet à lequipe.fr d’héberger de la pub moyennant le PIB du Nigeria. De toutes façons ils en auront pas besoin.

Le titre c’est « J’ai la faiblesse de penser que je suis élégant« .  Et qu’il est nul à chier ?  : «  Belle gueule, gabarit de star avec ses 192 cm, Olivier Giroud est taillé pour les podiums. Le visage du parfum Boss Bottled est beau et il le sait. Il en joue même peut-être un peu, mais avec assez de retenue pour ne pas laisser croire qu’il se la raconte. Confidences. » Voilà, de là à penser qu’en plus il est idiot serait probablement aller vite en besogne. On avait aussi en stock le truc sur Jeremy Menez  où soi-disant, il serait moins con qu’il en a l’air.
Pendant ce temps-là tout le monde se demande si Muller a couché avec les Allemands pour que Guardiola le respecte aussi peu. En tout cas il  ressemble sans doute un peu trop aux artistes de Guernica au goût d’un républicain aussi catalan soit-il.

 

Atletico-Chelsea : José aux moines

Mourinho avait décidé qu’il y aurait 0-0, Simeone n’a rien trouvé à redire.

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Il est vraiment le Special One. Avec lui, on ne sait jamais si c’est pour faire chier les diffuseurs, les adversaires, les spectateurs, ses propres dirigeants ou le duo Anderson-Pires qui prépare ses infâmes compliments avec Ruiz, mais il choisit toujours la manière la plus dégueulasse d’arriver à ses fins. Depuis une décennie, la mode est aux joueurs techniques : d’abord la possession barcelonaise, puis les attaques éclairs allemandes qui soixante-dix ans plus tard ont refait leur preuve. Mourinho n’aime pas faire comme les autres, alors il s’est fixé un double objectif : faire l’inverse, et détruire le jeu adverse.

Cela a permis de révéler de nombreuses facettes inconnues des adversaires du Mou. Les failles du Barça de Guardiola étaient son recrutement. Le PSG de Blanc, c’était Blanc. Pour l’Atletico, qui n’avait de bon qu’une très récente réputation, il était temps qu’il s’en charge. 90 minutes ont suffi. Leur laisser la balle était la clé évidemment. Le Barça ne pouvait pas le faire, c’était pourtant la solution. Mourinho a dû tellement insister que ses joueurs ont dégagé à tout-va pour leur rendre un maximum de ballons et attendre dans leurs 20m, histoire d’être le moins en danger possible. On se rend compte de choses dans ces cas-là : Diego Costa, par exemple, il est pas bon.

Alors évidemment, on peut toujours regretter que Torres n’ait pas eu de munitions, que Willian ait été trop seul à jouer vers l’avant, et que Terry, Lampard et Cech aient l’âge qu’ils ont. Mais Mourinho a toujours fait avec ça, et trouvé des solutions qui sont rarement belles mais qui marchent. L’an dernier c’était Pépé devant la défense, cette année c’est David Luiz. Ca défend, ça balance en touche, personne n’a de scrupule. Ses joueurs ne prennent aucun plaisir, n’en donnent aucun mais au moins ils n’auront pas à se réjouir d’une Coupe de la Ligue arrachée à Lyon. Et ils savent qu’au retour, faire pareil et balancer des ballons sur les attaquants dans les dix dernières minutes ça marchera mieux que 70% de possession. Di Matteo l’avait fait, Mourinho ne se privera pas.

Pendant ce temps-là, le PSG avait gagné l’aller 3-1. Il fallait quand même le faire pour pas passer, et c’est dommage parce que depuis hier on a compris : c’était la finale assurée.

Atletico-Barça : Tata martinet

 Madrid, Madrid, Pep et Mourinho. Et le PSG ne devrait pas avoir de regret ?

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Quel âge a donc Lionel Messi ? A la lueur des 10 occasions madrilènes – l’Atletico, pas le Real – la question peut sembler superficielle, d’ailleurs elle risque de le devenir. Ce n’est là encore pas faute d’avoir prévenu : un ou deux Ballons d’or de trop n’y changeront rien, Messi est enterré depuis un soir où il n’a pas réussi à qualifier le Barça contre Chelsea. C’était une demi-finale, c’était le genre de matchs qu’il ne ratait pas avant, et qu’il rate toujours depuis. L’an dernier c’était la blessure et le Bayern, cette année c’est l’Atletico.

Le Barça, donc Xavi, comme Messi, ne supporte donc plus l’intensité des derniers tours de Ligue des Champions. Cela n’interdit pas les 7-0 en Liga, ni de posséder le ballon 65% du temps. Le Bayern lui a montré l’an dernier que ça ne change plus rien d’avoir la balle, ça ne sert même plus à se protéger. Il suffit juste de se mettre dans la peau de Xavi : il n’a plus le ballon, il doit courir alors qu’il ne peut décemment plus le faire depuis un an et demi, et en se retournant il se rend compte que Mascherano a été positionné en défense. Depuis quand ? Avant qu’il ne découvre que c’est Pep qui a eu cette idée-là aussi, le ballon est déjà dans les filets ou sur un poteau.

Si Pep pouvait jeter un œil aux matchs d’Heynckes de l’an dernier, lui aussi pourrait comprendre qu’il faut éviter de faire la même chose, même dans un autre pays. Il faut surtout éviter de demander à des Allemands de dire tiki-taca ; au bout d’un moment, ça les énerve autant que prendre un but d’Evra. Et là ils se remettent à penser en allemand : au bout d’une offensive, il faut frapper pour annexer. C’est vraiment dommage d’en arriver là, d’obliger ce Pauvre Evra a fêter son sublime but par une erreur de marquage sur le coup d’envoi, une pression molle sur Robben sur le deuxième et un duel perdu sur le troisième. Il y avait pourtant mille et une autres manières d’humilier Manchester comme cette génération le mérite chaque semaine en championnat.

Il faut y voir deux leçons. Un, le Bayern de Jupp, lui, trouvait la réponse à un pressing haut sur un 6m, à vrai dire personne n’osait ne serait-ce qu’envisager de s’y risquer. Le jeu en une touche a laissé la place au jeu en 10 passes, ça fait moitié plus de possession et moitié moins d’occasions. Bravo Pep. Et deux, l’Allemagne sera débarrassée de Pep au Mondial et ça risque de faire mal, parce que Müller est toujours là quand il faut être là : il met le but pas beau, hurle sa joie avec sa mâchoire pas belle et pourrit la sale gueule de Robben autant qu’il peut. Il a raison : le Ballon d’or se jouera entre les deux. Neymar tentera aussi sa chance, mais à chaque fois qu’il l’a fait hier, c’est passé à côté.

Et trois : le Barça est définitivement mort, comme le Vestiaire vous le dit depuis déjà longtemps. Il n’y a plus de profondeur, il n’y a plus de vitesse, il n’y a plus de Messi, il n’y a plus de Xavi, il n’y a jamais eu de baby Barça. Et, rajoute Longuèvre pour justifier la prime nocturne que lui verse BeIN, la foulée de Dani Alves est moins dynamique. Il y a juste des humiliations sans que l’on sache laquelle fait le plus mal : faire du kick and rush à dans les dernières minutes, aligner Bartra et Pinto ou souffrir des percées de Villa. Au milieu du marasme, il y a Iniesta, mais il est obligé de rester, saloperie de culture club.

Chelsea-PSG : Laurent vlan

Ibra devra encore patienter pour la gagner. Un coup c’est le mauvais club, un coup c’est une blessure en mars : que de malchance.

edi

Est-ce le plus gros échec de foot français depuis OM-Etoile Rouge ? Non, c’est le plus gros échec tout court parce que l’Etoile rouge c’était hyper costaud. Le PSG n’a pas seulement été éliminé par Chelsea, il l’a été par Demba Ba. Et peut-être un peu par Laurent Blanc aussi, qui n’a pas été faire la bise à Mourinho quand Chelsea a pris deux buts d’avance, sans doute trop occupé à chercher les mots. Pas pour expliquer à Menez combien font 3 fois 4, mais pour justifier à son président que ce n’est pas la peine d’aller à l’UEFA pour le tirage des demies vendredi. Il a eu raison de ne pas aller féliciter Mou : c’est moins la victoire du Special One que sa défaite à laquelle il venait d’assister. Finir sa saison là-dessus est quand même assez crade.

L’échec est total parce qu’il n’aurait jamais dû arriver. Paris était plus fort, sauf qu’il l’a oublié, et qu’il a oublié pourquoi. Blanc a programmé son équipe pour jouer d’une seule manière, sauf en quart de finale retour de Ligue des Champions visiblement. Choisir ce soir-là pour jouer plus bas, passer sa première mi-temps à gérer et sa seconde à dégager jusqu’à craquer à la 86e minute, c’était d’habitude réservé aux équipes françaises qui ont gagné le match aller sans trop savoir comment. Sauf que là, Paris aurait dû avoir quatre buts d’avance, il n’en avait que deux et pensait que ça suffisait à être qualifié. Et il y avait de quoi : Chelsea n’a rien réussi de la première demi-heure. Jusqu’au moment où on a compris l’importance d’Ibrahimovic : quand il est titulaire, Lucas ne l’est pas, il n’est donc pas là pour oublier son adversaire au marquage sur une touche. Il paraît que les grands matchs sont réservés aux grands joueurs.

Chelsea, appelons-les Mourinho, ne pouvait s’y prendre que d’une manière, parce qu’il n’a qu’une méthode et que Paris était plus fort : empêcher le PSG de jouer, espérer marquer en premier et allonger le jeu en comptant sur la fébrilité parisienne. Blanc a mâché tellement de touillettes à café en bois qu’on pensait le PSG à l’abri de tomber dans le piège, mais il faut croire que Paris est le genre d’équipe à être fébrile si Ibra n’est pas là. Que les Parisiens le soient parce que Cavani joue à sa place et qu’il va tout rater dans un match décisif peut se plaider : c’est démontrable. Mais l’absence d’Ibrahimovic n’aurait rien dû changer : le milieu de terrain devait jouer pareil, les ailiers aussi. Ca veut dire conservation, changements de rythme et minimum cinq occasions, comme à l’aller. Ca voulait donc dire demi-finale tranquille, comme prévu. Au lieu de ça, Lucas mouru. Ou, avec l’accent, Loucasse les couilles.

Pendant ce temps-là, le Real sans Ronaldo a failli y passer. Et Chelsea sans Hazard ?

PSG-Chelsea : Les bouses de Chelsea

Quand il a été dit que Chelsea ne prenait pas de but, il fallait comprendre : en Premier League.

mou

Combien de fois faudra-t-il regarder les matchs pourris de Premier League le week-end pour ne plus croire Stéphane Guy quand il s’extasie ? C’est sans doute terminé depuis ce soir, il faudra donc nous croire à l’avenir. Il faut aussi nous croire quand on écrit que Paris n’a pas été bon en première mi-temps, qu’il aurait pourtant dû mener à la mi-temps, et qu’à la fin cela aurait dû faire 5 ou 6-1. Le PSG a donc raté sa soirée, et évidemment cela donne instantanément envie de dire qu’il faut nous croire quand on dit qu’Ibrahimovic n’a pas eu plus le niveau en quart de finale de C1 à 32 ans qu’à 25, 26, 27, 38, 29, 30 ou 31. Mais il reste un match retour, sauf s’il fait désormais partie de ces grands champions qui se blessent au mauvais moment.

Alors il reste une question : qu’est-ce qui s’est passé en première mi-temps ? On aimerait dire que c’est Mourinho, ou Blanc qui exhumait son jeu bordelais au plus mauvais moment, ou simplement une équipe qui se fait dessus, de son meilleur défenseur central du monde à son meilleur attaquant chevelu du monde. Il y a peut-être un peu de tout ça, mais au final c’est surtout la leçon qu’il convient parfois de prendre : quand on ne joue pas à son niveau, quand on ne presse pas, qu’on ne redouble pas les passes, qu’on joue 20m plus bas et qu’on laisse Ibra distribuer le jeu, on offre beaucoup de 6m au gardien adverse qui pourtant était dans un mauvais soir. C’est dans ce genre de soirées que Jallet est le meilleur et qu’en face on ne voit que David Luiz. Quand on comprend ça, on garde la balle et tout devient plus simple, si simple que Pastore rentre et fait regretter à Mourinho que Terry ne soit pas à la retraite, pour la deuxième fois de la soirée.

Pendant ce temps-là, c’est facile contre Chelsea mais Chelsea ça vaut rien. Il faudra encore attendre. Comme ces dernières années, la Ligue des Champions se jouera sur une double qualité : la récupération et la technique. Chelsea s’est créé combien d’occasions déjà ?