Cyril Despres : « Rien d’un Sainct »

C’était il y a un an et quelques semaines. Le Vestiaire ne savait déjà pas sur quoi écrire

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Trois semaines après avoir dompté le Sahara chilien, Cyril Despres nous reçoit, la barbichette frissonnante, dans la case au toit de chaume qu’il partage avec Céline Géraud à la périphérie de Buenos Aires.

QUESTION : Cyril, que retiendrez-vous de ce troisième succès sur le Dakar ?
CYRIL DESPRES : J’ai pris conscience cette année de l’impact du réchauffement de l’effet de serre. Le paysage change à une vitesse folle. Prenez Dakar (ndlr : il pointe son doigt vers l’extérieur). Il y a encore deux ans, on pouvait voir le Lac Rose là-bas. Il n’y a plus rien maintenant. Parti. Evaporé. Pschitt !

Q. : Le rallye-raid n’est pas un modèle de vertu écologique…
C. D. : Ma KTM est aussi gourmande que Céline à la cantine du bivouac, c’est vrai, mais il ne faut pas oublier qu’on donne un vrai coup de pouce à l’économie locale. Tenez, par exemple, j’avais l’habitude d’acheter des casquettes en cuir et du manioc entre deux étapes. Maintenant ils vendent des ponchos et des CD de Ricky Martin sur les marchés. Ca montre quand même bien que la région s’est développée.

(Ndlr : Céline Géraud, couchée à même le sol dans un coin de la case, a ouvert un oeil à l’énoncé de son nom.)

C. D. : Tiens, ma p’tite Korok, pendant que t’es debout, apporte donc au monsieur une assiette de tapas. (Ndlr : il se retourne vers moi.) Ils bouffent que de ça ici. Remarque, ça m’arrange, je me méfie des kebabs depuis Roswell-Jacob.

Q. Regrettez-vous que la course ait fait par le passé l’objet de menaces terroristes ?
C. D. : C’est le revers de la médaille d’or. Sans Gérard Holtz, le monde se moquerait complètement des millions de petits albinos sénégalais qui meurent de faim chaque jour sous mes yeux. Vous avez vu à quel point ils sont pâles ? Bébert (ndlr : Auriol) dit souvent qu’on est là pour leur donner une tribune. C’est pas con, ils verront mieux la ligne d’arrivée.

Q. : Revenons-en à la course. Comment avez-vous vécu votre lutte contre Coma ?
C. D. : C’est une question délicate. (Ndlr : il marque une pause, l’air grave.) Je crois que si jamais je venais à tomber dedans, j’aimerais qu’on me débranche, comme Luc Alphand.

Q. : Vous n’avez désormais plus rien à prouver sur deux roues. Est-ce qu’une reconversion en auto est envisageable ?
C. D. : Je pense plutôt mettre à profit la fin de ma carrière pour m’engager dans des causes humanistes. Il y a encore beaucoup à faire en matière de santé et d’éducation, même si vous seriez surpris de voir à quelle vitesse les gamins apprennent l’Espagnol ici.

Propos (presque) recueillis par Roger Secrétain

Rallye, Moto, Formule 1 : Le bon, la brute et le truand

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Le Vestiaire poursuit cette semaine son printemps du cinéma. Le buffle mayennais, du pop corn plein la barbe, rigole encore de Ben Stiffler.

Le bon. Le monde, dit-on, se divise en deux catégories : il y a ceux qui tiennent à leur volant et ceux qui creusent. Lui, il creuse. Il n’y avait pas besoin d’être inscrit sur un forum de tuning pour voir au soir du premier rallye de la saison qu’une fois encore Sébastien Loeb aurait pour seule concurrence Dimitri Karbanenko et la gendarmerie monégasque. A part en Turquie, où les Ford s’étaient garées pour le laisser balayer, l’Alsacien a gagné toutes les courses qu’il a terminées. Ca fait déjà neuf : plus que Bernard Darniche en vingt ans de carrière. Latvala n’a pas fait illusion bien longtemps, les copains de Sordo le renient et les consignes d’équipe ne suffiront pas à Hirvonen pour faire la couverture de Men’s Health. Loeb va bientôt pouvoir se casser un bras en VTT.

La brute. Il porte des blousons de cuir et sa casquette de travers. Mike Di Meglio, c’est la terreur du plateau 125. Il se rase déjà, à 20 ans, et sa mobylette rouge force le respect des plus grands. Pierre-Henri Potherat lui-même se couche à chaque passage de ce monstre de puissance, un monocylindre de 80kg qui propulse le Toulousain à des vitesses folles les jours de grand vent. Arnaud Vincent a demandé hier aux Editions Sodis de brûler leur stock d'invendus : Di Meglio a battu de 8 ans son record de précocité.

Le truand. Il a réussi à faire croire au monde et aux modérateurs de son forum qu’il avait sa place en Formule 1. C’est fort. Sébastien Bourdais a offert à Claire, d’Istanbul à Singapour, la lune de miel dont elle rêvait. Il peut partir tranquille, elle verra encore le Japon, la Chine et le Brésil. Toro Rosso a déjà mis à l’essai la moitié de la GP2. Il n’y avait bien que Paul Newman pour croire qu’on ne cherchait qu'à remplacer Vettel. Bruno Senna, Sébastien Buemi, Salvator Duran, Takuma Sato : parmi ces noms se cache le successeur de Bourdais. Que fait Romain Grosjean ?

Pendant ce temps-là, Yvan Muller a le droit à une brève dans le JT de Pernault. Mieux vaut faire du tourisme que du ski de fond.

Rallye, Formule 1, Moto : Orage mécanique

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Le week-end a sonné la résurrection du sport mécanique français. Quand la course de côte fera-t-elle son entrée au programme olympique ?

Bernie Ecclestone et Franck Montagny avaient presque réussi à nous faire oublier que le sport mécanique français ne se résumait pas aux sorties de piste de Sébastien Bourdais. De Jean Brucy à Stéphane Chambon, la moto lui a même noirci ses lignes les plus prestigieuses et la littérature le lui rend bien.

« Rien n’est jamais écrit », aurait lancé le biographe d’Arnaud Vincent en traversant Lawrence d’Arabie. Il ne pensait alors pas que le plus beau bouc du plateau trouverait si vite chèvre à sa hauteur : 1,68 m, 55 kg et déjà cinq ans de BSR, Mike Di Meglio est bien l’héritier de l’héritier. Régis Laconi (photo) peut nager tranquille.

Le nouveau leader du championnat 125cc maîtrise les éléments comme le choix de ses pots Ninja. Il pleut tous les week-ends, mais il s’en fout : sa mobylette est waterproof. Ces cons de la FIM ont programmé les dernières courses en Australie, en Malaisie et en Espagne. Avec un peu de chance, ça sera la saison de la mousson.

Loeb frontal

L’effet Tsonga avait déjà frappé les nageurs français, il entraîne désormais tout le sport mécanique dans sa vague. De Puniet a revu le Top10, Seb Pourcel s’est rappelé aux bons souvenirs de Mickaël Pichon et Patrick Henry a gagné avec Magali Lombard la 24e édition du rallye des Vosges devant deux équipages 100% français.

Sébastien Loeb a aussi compris ce week-end en Sardaigne qu’il était peut-être temps d’arrêter les amabilités. Le plus grand pilote de l’Histoire du rallye a gagné toutes les courses qu’il a terminées cette saison. C’est quand même plus facile quand on ne lui rentre pas dedans pendant les liaisons.

De corvée de balayage, Loeb aura résisté jusqu’au bout au retour de Gigi Galli. Dani Sordo ferait presque regretter Philippe Bugalski et Hirvonen n’a de Grönholm que la nationalité et la voiture. Qu'en pense le Tunning club d'Arras ?

Auto-Moto : Alonso – Rossi, même combat ?

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On a souvent comparé Valentino Rossi à Michael Schumacher, tant les deux pilotes ont écrasé simultanément leurs disciplines respectives. La trajectoire d’Il Dottore ressemble pourtant davantage à celle d’un autre champion du monde de F1 : Fernando Alonso.

Les deux hommes ne s’apprécient guère, c’est le moins que l’on puisse dire. L’Espagnol n’avait pas vu d’un bon œil, l’an dernier, que le motard, mis à l’essai par Ferrari, vienne marcher sur ses plates-bandes : « On connaîtra le potentiel de Rossi lorsqu’il sera à l’arrivée d’une course. Il terminera peut-être cinquième ou sur le podium, mais tout ce qu’il fait avec une F1, je peux le faire avec une moto si on me donne autant de temps que lui pour me préparer. »

« Je pense que nous devrions disputer des courses de F1, de rallye, de MotoGP et additionner tous ces temps afin de savoir qui est le plus rapide », avait riposté l’Italien avec autant de modestie. Le projet est mort-né – « cela m’est interdit par contrat, c’est trop dangereux », s’est défilé Alonso – mais les antagonismes restent, quand bien même les deux rivaux rament cette saison dans la même galère.

Les rois précoces. Plus jeune poleman de l’histoire, plus jeune vainqueur d’un GP, plus jeune champion du monde, Fernando Alonso a longtemps collectionné les records de précocité ; comme le surdoué italien, titré sur mobylette (125 cm3) pour ses 18 ans.

Enfants gâtés. Champion du monde 125 cm3 et 250 cm3 sur Aprilia, Valentino Rossi a bénéficié dès sa première saison dans la catégorie supérieure de ce qu’il se faisait alors de mieux sur le plateau : la Honda NSR deux-temps. Après une année de purgatoire chez Minardi, le protégé de Flavio Briatore a eu très vite sa chance au volant d’une Renault.

Prise de risque. Intouchable avec la marque au losange malgré la concurrence du grand Schumi, l’Espagnol a choisi de relever le défi McLaren, terriblement attrayant financièrement. Au-dessus du lot, et du manchot Max Biaggi, avec Honda, Rossi a lui aussi viré de bord, chez Yamaha.

Plus dure est la chute

Phénomènes, prodiges, virtuoses… Les deux pilotes n’ont presque jamais connu la défaite. Alors, que Nick Hayden souffle à Rossi le titre mondial 2006 après cinq années de domination, passe encore. Mais, englué dans ses démêlés avec le fisc italien, l’égocentrique n°46 ne supporte plus de voir Casey Stoner, plus jeune que lui (21 ans), lui damner le pion au point de compter 85 points d’avance à cinq courses de la fin. « Si les choses doivent continuer comme cela, le mieux est d’arrêter. C’est dur à dire, mais, pour moi, le championnat est fini », a diagnostiqué le docteur après son nouveau fiasco de Misano, le week-end dernier.

Comme lui, le rat Alonso devrait quitter le navire McLaren alors que sa concurrence avec Hamilton tourne à l’humiliation. Son égo surdimensionné ne supporte pas que son débutant de coéquipier fasse la course en tête, au point de le retarder volontairement dans les stands pendant les qualifications du GP de Hongrie. Sanctionné par la FIA, Alonso est en net retrait depuis, résigné, impatient de poser son cul de prétentieux dans un autre baquet depuis que Ron Dennis a déclaré que McLaren ne s’y opposerait pas, malgré le contrat de cinq ans qui lie les deux parties. Si les pistes Renault et BMW se refroidissent, peut-être pourra-t-il rebondir en MotoGP. « Avec un peu de préparation », il ne peut, après tout, pas être plus mauvais que Sylvain Guintoli.