La Légende JO : Dufour aboie

A quelques mois du jubilé de Laure Manaudou, Le Vestiaire se replonge dans les plus grands exploits des nageurs français aux JO. Honneur à Simon Dufour, qui en a disputé trois sans jamais rien gagner.

Comme Manaudou, il aimait rester des heures sur le dos à se demander si la douche serait chaude une fois tout ça fini. Il aimait tellement le dos, Simon, qu’il en a chopé une hernie discale. C’était en 2004, quelques mois seulement après avoir confirmé à Athènes sa médaille de bronze mondiale de 2003 avec la 6e place du 200m dos.

Quatre ans plus tôt, à Sydney, ses débuts olympiques s’étaient arrêtés dès les séries et une 17e place pleine de promesses. C’était une époque où les Français non naturalisés ne gagnaient encore rien. Alors, Simon a voulu pousser jusqu’en 2008 pour voir. 34e des séries du 200m dos, à cinq secondes de son record, il a surtout vu la Chine aux frais de la Fédé. Et comme les 550 euros de ses stages d’été, c’est toujours ça de pris.

Paris-Bercy 2011 : La Jossinet empoisonnée 3

En 2008, Le Vestiaire avait célébré la fin de carrière de Frédérique Jossinet, avec les honneurs dus à son rang. Ses trois ans de tournée d’adieu vous offrent aujourd’hui un nouveau chapître additionnel.

Cécile Nowak disait à son propos qu’elle était la seule à pourvoir battre Ryoko Tamura, devenue Tani, la judokate la plus titrée de tous les temps. Tani lui colla une branlée en finale des JO d’Athènes. Elle, c’était Frédérique Jossinet et ce que Nowak ne disait pas, c’est qu’en finale à Barcelone la fille qui levait les bras à côté de Tamura s’appelait Cécile Nowak. Elle ne disait pas non plus que Jossinet n’avait jamais rien gagné sortie du continent européen, Tani oblige ou pas. Quatre ans après les mêmes étaient toujours là, à Pékin. Et comme d’habitude Jossinet et Tani étaient favorites. Cette fois, Nowak n’a rien dit, elle n’en a pas eu le temps. Jossinet, peut-être effrayée par la perspective de retrouver Tani en finale, préfèrera finir sa carrière en beauté : prendre un pion au premier tour en 25 secondes par une Kazakhe. Ça fait beaucoup. Si elle avait su que Tani perdrait en demie contre une Roumaine.

Ride de passage

Frédérique n’a donc pas tout à fait les 35 ans de Tani lorsqu’elle se propose gagner la seule victoire qui manque encore à son palmarès : une victoire. C’est à Tokyo, en 2010, que la judokate la plus douée de sa génération, mais pas la plus désinteressée, va faire mentir les études physiologiques les plus poussées. A 34 ans, on est trop vieux pour garder une vigilance intacte plus de 4 minutes et 53 secondes en quart de finale. A 34 ans on est trop vieux pour imaginer que votre adversaire, aussi lente soit-elle, va peut-être essayer de vous attaquer pour monter sur le podium en finale de repêchages. Même après quinze ans de carrière, le judo peut surprendre. La preuve en 2011, les -48 kg font dans l’inédit en inscrivant une certaine Frédérique Jossinet aux mondiaux. Le réservoir français est décidément d’une profondeur insondable. Au moins autant que la lenteur de l’uchi mata de Fred qui l’enverra une nouvelle bonne fois pour toutes à la retraite. Finir contre une Japonaise avec un mouvement japonais presque réussi, ça a de la gueule. En route pour Londres.

La Légende : Cazé la voit

La Premier League reprend ses droits, alors pourquoi pas un peu de pentathlon moderne.

Que deviennent les sports olympiques après les Jeux ?

La barbichette de Sébastien Deleigne avait eu la primeur de notre rubrique pentathlon moderne au plus fort de l’été pékinois. On pensait bien alors ne plus jamais avoir à parler de Joël Bouzou. C’était bien mal connaître Amélie Cazé. Il existe, en France, deux bonnes raisons de se mettre au pentathlon : avoir des parents profs d’EPS ou naître à Noyon, qui abrite le seul club du pays. C’est la seconde qui pousse la Picarde à revenir de la piscine à cheval chaque mercredi.

Comme les deux autres grands noms français de la discipline, elle est bien décidée à honorer la mémoire de Coubertin. Ca commence par une douzième place à Athènes, en 2004. Elle n’a à Pékin plus l’excuse de ses 19 ans, mais savoir faire ses lacets sans regarder ses doigts ne transforme pas toujours deux titres mondiaux (2007, 2008) en médaille olympique (9e). « Chez nous, la vérité d’un jour n’est pas celle du lendemain. » Surtout les étés des années bissextiles.

L’instant Yandzi : Darcel, deux saillies

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19 ans, tout est possible quand on est le meilleur. On peut être déjà champion du monde senior, comme Teddy Riner, ou champion d’Europe senior et médaillé de bronze mondial, comme Darcel Yandzi.

Leurs similitudes ne s’arrêtent pas là. Ce sont des garçons avec un nez, une bouche, des yeux et des oreilles. Nous sommes en 1993, l’objectif est clair pour Darcel Yandzi : devenir l’un des plus grands sportifs de l’histoire et pourquoi pas champion olympique à l’occasion. Sauf que Darcel fait du judo, il le comprendra beaucoup plus tard, en attendant il tente une impasse sur les trois années suivantes. Habile.

Atlanta, 1996.
Rarement l’équipe de France de judo ne s’est présentée avec autant d’arguments. Même si Larbi Benboudaoud semble encore trop timide pour espérer quelque chose cette année-là et si Franck Chambily semble encore trop timide pour espérer quelque chose durant toute sa carrière. Mais à part ça, Gagliano et Bouras peuvent aller loin, pourquoi pas jusqu’à Koh Lanta. Traineau et Douillet sont déjà arrivés. Darcel Yandzi aussi.

Yandzi gang

Sa démonstration au tournoi de Paris, quelques mois auparavant, est encore dans toutes les mémoires. 11 secondes pour écraser son adversaire d’un jour, l’insignifiant Djamel Bouras, soulevé puis balancé sur le sol, il n’y aurait pas eu de tapis c’était pareil. Sauf que c’est du judo. Te guruma ajoutera Djamel en soulevant la paupière qui lui restait. Un « T’es gourou man! » apprécié par Darcel. Sauf que, bien sûr, c’est du judo, Yandzi fut pris d’un doute en regardant le seul Djamel Bouras en or à Atlanta, car la septième place n’offre à l’époque aucune récompense. Franck Chambily connaîtra le même sort jusqu’à la fin des temps, les fées sont parfois rieuses. Elles le seront à peine moins avec le reste de la bande. Benboudaoud finira champion du monde et vice-champion olympique en 2000. Gagliano, troisième à Atlanta, ajoutera l’argent mondial. Traineau fera fortune dans le commerce du bronze, et Douillet en politique et dans le show-business.

La révolte de Canu

Pour autant, Darcel n’est pas inapte au haut niveau, loin de là. Il va s’atteler à le prouver. Peut-être pas à Sydney, qui arrive trop vite, peut-être pas à Athènes, qui est un peu trop loin. Yandzi demande cinq ans, car il commence à comprendre : c’est peut-être du judo. C’est donc en 2001 que Darcel retrouve le haut niveau. Pour fêter ça, il redevient champion de France et se paye le luxe d’une septième place aux Europe, car évidemment le judo reste du judo.

Les stages et les entraînements de Fabien Canu ne servent pas à grand-chose quand on est surdoué, le mental et le physique non plus.  A 27 ans, la question d’Athènes se pose une nouvelle fois, il y répondra dans deux ans, à quoi bon faire ses preuves à l’avance, quand on est surdoué. Mais c’est du judo, Yandzi le comprend enfin en 2003 quand il perd la finale des championnats de France en se blessant. Un premier tour sur des béquilles en Grèce, ça aurait eu de la gueule non ? Sauf que c’est du judo.