Coupe Davis : Virer sa Kulti



Arnaud Boetsch a 27 ans lorsque, ce 1er décembre 1996, il entre sur le court de Malmo. Il n’avait rien demandé.

17 heures. Jusqu’ici, son nom évoque vaguement le camarade de régiment de Chesterfield dans les Tuniques bleues, ou le finaliste de Lyon, double vainqueur à Toulouse, mais pas davantage. Personne n’imagine qu’il pourrait aussi être le partenaire de Robert Redford dans le rôle de Boetsch Cassidy : Paul Newman n’était pas puceau. Agassi non plus lorqu’il accepta d’echanger quelques balles avec Nono au troisième tour de Roland-Garros en 1990. Des balles peut-être trop grosses, une raquette peut-être trop lourde, peut-être pas la même catégorie d’âge : 20 ans tous les deux.

Starsky et Boetsch

Mais en ce jour de 1996, la chance semble avoir tourné, à défaut du talent. Après la volée classique prise face à Enqvist, Arnaud devait offrir sa dernière heure de jeu à Edberg et un saladier bien assaisonné en prime. Même quasi grabataire, Stefan le volleyeur n’aurait pas renié un dernier titre, il l’avait bien fait comprendre à Pioline le vendredi précédent, mais Cedric avait vu son psy juste avant le match. Avec l’âge, on devient pudique, et humilier Nono ne lui dit rien de bon. Edberg a toujours agi ainsi avec les nuls. En 1989, il avait donné Roland-Garros à Chang, cette fois c’est la Coupe Davis qu’il offre. Jamais avare.

Fabrice cent euros

Se présente donc Kulti. Niklas, on le connait à peu près autant que son adversaire imberbe. C’est l’homme qui permit à Leconte en 1992 de faire croire qu’il n’était pas fini, avant qu’Henri ne découvre l’effet Korda. Le drogué, pas le photographe. Le Che devint une icone, pas Riton. La France va donc remporter cette Coupe Davis, c’est certain.  Mais c’est encore surestimer Arnaud Boetsch que de l’affirmer. A l’époque, il est considéré comme le second de Pioline. Loin derrière, certes, mais loin devant les autres. Et la concurrence est forte : de Raoux à Delaître, de Fleurian à Golmard.

Il y a surtout un jeune qui n’est déjà pas très bon et que chacun aimerait déjà voir à la retraite : Fabrice Santoro. Son rêve, s’en mettre plein les poches avec son éternel niveau de junior surclassé. Il le fera. Boetsch gagne le premier tie-break puis perd les deux sets suivants, même les trois. Mais le tennis aime respecter la hiérarchie et Kulti aussi. Le Suédois, dans un grand jour, loupe toutes ses balles de match. Davydenko n’y est pour rien.

Cinquième set, 7-8, 0-40, service Boetsch. Les transistors s’éteignent. Quand ils se rallument vingt minutes plus tard, Boetsch est consultant sur France télévisions.

Wimbledon, Mahut : Dancing Queen’s 2

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Il rêvait d’être Stefan Edberg, il a hérité du faciès de Kevin Bacon. Rien de tel pour briller à Londres et nulle part ailleurs.

Il y a connu ses plus belles heures, pas plus d’une trentaine, en cumulé, quand même, parce que tout avait commencé par Todd Reid en 2003 et Antony Dupuis en 2004. Inconnu, sauf aux interclubs d’Angers TC et à Surbiton, Mahut sort de nulle part en 2007 pour battre Bjorkman, Ljubicic, Nadal, mais aussi Clément pour réussir le gros coup de son jeune début de carrière. Le gros coup inclus évidemment une balle de match en finale contre Roddick. Roddick qui, fair-play, apparaîtra souriant sur les photos quelques minutes plus tard avec un gros trophée dans les mains.

Un record qu’Isner à rien

C’est le déclic : huitième de finale en 2008 et 2009, trois victoires en qualif’ avant de voir le Lu au premier tour en 2010, puis Verdasco au deuxième en 2011. Perdre face à un spécialiste de terre battue en méforme : le Queen’s est décidément le gazon de tous ses possibles. Et puis en 2006 Nico eut le droit de s’inscrire à Wimbledon. Un troisième tour, la promesse est belle. Il la tiendra en 2007 avec un deuxième tour. Puis les trois années suivantes avec un premier. Que ce soit Gasquet, Tursunov ou Vliegen qui le sortent, tout le monde s’en fout. Alors, en 2010, il change de cible : quitte à ne pas aller au troisième tour, autant faire parler de soi avant. Au besoin, on peut entrer dans l’histoire avec trois balles de break en 11 heures de jeu. Entrer dans l’histoire, ça veut dire succéder à Clément, Santoro ou aux deux ? 

Et cette année, un premier tour avec un break en deux occasions. Ca fait deux en 13h de jeu. Pourquoi changer une équipe qui gagne ?

Gouverner, c’est fait d’erreurs

 

« Il est injouable. » Arnaud Boetsch a de la mémoire : d’après ses calculs, jamais il n’aurait poussé la balle assez fort pour prendre un point à Nadal. Il ne doit pas être si mauvais ce Federer.

Faut-il être toujours le patron du circuit pour décider, à deux jours d’intervalle, de jouer son meilleur match et son pire à Roland-Garros ? Sauver deux balles de set dans la première manche, remporter la seconde au tie break, perdre la troisième et finir en quatre sets, c’est le choix du maître. Djokovic l’a subi le vendredi, Nadal l’a infligé le dimanche.

Le point commun est comme toujours Federer. Federer est le plus grand, Federer est fini, Le Vestiaire a déjà tout expliqué. Ceux qui avaient prévu un match de rêve dimanche ont toujours pu se repasser la cassette de la demie. La finale était pourtant instructive : une balle de set ratée puis un set perdu, 56 fautes directes, des sautes de concentration, Nadal mené 0-40 qui gagne 6-1. Les grands champions sont ceux qui jouent leur meilleur tennis aux moments importants. Du grand Federer, donc : on ne se remet pas si facilement d’un Roland-Garros gagné contre Soderling. S’il ne tombait pas toujours sur Monfils, Roger quitterait volontiers Paris précipitamment.

Taillé à la serbe

La seule possibilité de revoir Federer sur un terrain, après un an à perdre contre Berdych, Soderling et à gagner le Masters, était de lui trouver un truc qu’il n’avait pas encore fait. Il a battu tout le monde, il a fait pleurer Murray devant maman, il a gagné le double aux JO avec Wawrinka. Après ça, battre Nadal n’est plus assez vibrant. Mais il a entendu Pioline lui dire en début de tournoi qu’il n’était pas favori derrière Nadal et l’imbattable Djokovic. Il va donc humilier Pioline, puis l’imbattable Djokovic.

Djokovic frappe la balle dès le rebond ? Il ne fera que des volées. Djokovic s’est mis à gagner les points importants ? Il gagnera tous les autres et décidera qu’ils sont plus importants. Djokovic l’avait battu après avoir sauvé une balle de match à l’US Open quand le Serbe n’était personne ? Il le battra en sauvant une balle de set quand il est devenu quelqu’un. Djokovic dit « come on » en serbe ? Il dira « come on » dans un anglais parfait. Djokovic a été invité à Cannes par Denisot ? Il fera 5,3 millions avec Chamou un dimanche après-midi. Djokovic doit gagner la finale ? Il la perdra à sa place.

T’as pas sans Bâle ?

Etre le plus riche de l’histoire du tennis, même si Santoro a fréquenté Borotra, oblige aussi à savoir compter. Le record de McEnroe c’était aussi pour ce vendredi. Pioline, qui n’a décidément pas compris, le félicite chaudement et salue son grand retour, avec les yeux de celui qui le voit déjà favori pour dimanche. « Non, McEnroe n’a pas besoin de me payer une bouteille de champagne. J’ai dit à Novak au filet que c’était déjà spécial ce qu’il venait de faire. Rafa doit être content, lui qui venait de perdre quatre fois de suite contre Novak. » Il y en a pour tout le monde, le public et Chamoulaud sont en transe sans bien comprendre pourquoi l’humilité est plus belle avec un sigle RF calligraphié sur chaque habit.

Pendant ce temps-là, Federer a déclaré forfait à Halle. Le gazon, ça ne l’intéresse plus.

Roland-Garros, Bartoli : Poids et Walter

 

Qui oserait passer un quart d’heure seul dans un ascenseur avec Marion ? Et pourtant, si c’est son père qui vous l’ordonnait, vous préféreriez épargner vos enfants.

Toute l’histoire de la famille Bartoli est résumée  dans cette savoureuse anecdote. Une petite centaine de gifles et un bon millier de poignées de cheveux plus tard, Marion était devenue une grande joueuse. Ne vous risquez pas à critiquer la méthode ou à imaginer que ces charmants boutons d’acnée ont un lien avec, car avouez-le, au fond, vous aimez votre famille. Et oui, les mots peuvent parfois dépasser la pensée, les gestes aussi disait toujours Walter. Après tout, ça peut même rapporter du pognon, à croire que messieurs Pierce, Rezai, Graf ou Gasquet n’aimaient pas que le tennis. Pas de quoi devenir dingue quand même, quoique.

Walter égo

Marion a donc 26 ans et porte à merveille ses 63 kg de vie qui lui donnent un charme fou. Celui du monstre hybride capable de sourire et l’instant d’après d’envoyer son oeil droit à l’arbitre pendant que le gauche compte les points. Réduire Marion à une insupportable fillette sympa qui fout les jetons serait réducteur, car elle sait avant tout jouer au tennis. Fabrice Santoro sait désormais qu’avec un peu de volonté, il aurait pu percer chez les filles. La preuve, non seulement Marion joue des deux mains de chaque côté, mais en plus elle réside à Genève. Une riche idée.

Mais il faut le savoir, Marion pèse beaucoup plus lourd que ce que l’on croit : une finale à Wimbledon quand même et une défaite contre Emilie Loit à Auckland. Difficile d’expliquer si grand écart, surtout qu’elle n’est pas vraiment gymnaste. Mais Marion c’est aussi ça : un mental à toute épreuve, deux coups droit les bons jours et deux revers les mauvais. Dans le doute, elle répète toujours les deux coups face aux bâches entre les points. Quand on s’investit, c’est à fond, donc elle y joint le jeu de jambes et la traversée de balle. Tant pis si ça fait autiste, même mort de peur le spectateur a payé sa place, il restera.

Bloody sundae

Le tennis est une école de tolérance, on peut bien rebondir les jambes écartées avant de servir, faire le crabe qui se balance à droite et à gauche au retour ou attendre le service adverse le nez collé dans le filet. Elle aurait aussi pu se coiffer ou ne pas suer au bout de trois jeux, de toute façon personne ne se moquera jamais d’une 11e mondiale. C’est donc en pleine confiance désormais que Marion joue à Roland, portée par le public et fière de ses coups gagnants.

Quand elle en fait un, elle ne manque jamais de chercher le regard approbateur de papa derrière elle. Elle doit en avoir un dans chaque tribune, puisqu’au tennis on change de demi-terrain tous les deux jeux, sans parler de ceux qu’elles fixent sur les côtés ou au ciel. Quoiqu’il en soit, mieux vaut plusieurs papas, même s’il y a en a un plus violent que les autres qui ressemble à Francis Heaulme, que pas de papa du tout. Quoique.

Tsonga : Salut le terrien !

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« Je suis né dessus et j’ai pris mes premiers cours de tennis sur terre battue et, en plus, je trouve que le tennis sur terre battue, c’est beau. » Tsonga ne l’a jamais caché : il a grandi sur terre battue. C’est certainement pour ça qu’il a explosé à 23 ans sur dur. Voilà pourquoi 2011 sera encore son Roland-Garros.

Parce que Jo est un attaquant

Ce n’est certainement pas parce que Nadal court vite, longtemps et qu’il ramène tout sans faire de faute qu’il est intouchable. Jo le sait, d’ailleurs il pris la même Babolat que Nadal. Lui qui joue d’habitude en avançant et en s’appuyant sur un gros service, un gros coup droit et une arme fatale en revers qui s’appelle coup droit de décalage, a adapté son jeu. Sur terre, il court vers l’avant et utilise son gros coup droit et son arme fatale de revers qui s’appelle coup droit de décalage, sans oublier un gros service. Bien sûr, attaquer, ça fait faire quelques fautes et ça abime les genoux, mais après tout, qu’y a-t-il de mieux qu’une surface qui freine les balles pour les attaquants ? Soderling plaide le malentendu, Sampras le concours de circonstances. Tsonga a viré Wino.

Parce qu’il a des options de rechange

En plus, tactiquement, Jo a le choix des armes face aux spécialistes : il peut soit s’accrocher à sa première balle, soit se ruer à la volée quand il n’y a plus rien d’autre à faire pour éviter de faire la faute à chaque fois parce que l’échange dure trop et qu’il n’a jamais l’initiative à cause de ses retours de service. Si vraiment le gars en face est un client, par exemple Montanes ou Gil au deuxième tour, voire Gonzalez, Ferrero ou Wawrinka en huitièmes, il sait exactement quoi faire : la terre battue requiert stratégie et patience, quelques slices de revers peuvent permettre d’attendre le cinquième coup de l’échange pour faire la faute. La deuxième a marché en Australie en 2008 et aussi en Australie en 2008, qui comme chacun sait se joue sur surface rapide. Depuis, Del Potro et la médecine se demandent encore à quoi ressemble la danse des pouces sur le Central.

Parce qu’il connaît enfin les spécialistes

En 2008, il avait zappé la terre sur blessure. En 2007, la frustration était encore plus grande : c’est un calendrier surchargé de tournois sur dur et sur herbe qui l’avait contraint à décliner les qualifs de Roland au profit de Surbiton. Mais grâce à une préparation spécifique, les terriens n’ont désormais plus aucun secret pour lui. En 2009, il apprend à se situer contre Gasquet, Ljubicic, Kohlschreiber et Del Potro. L’année dernière, c’est contre Ferrero, De Bakker et Ferrer qu’il s’est étalonné. Sinon, il a aussi battu Monaco, Almagro, Rochus, Brands, de Bakker et Ouanna et joué Nadal à Rotterdam, Bercy et Miami.

Parce que personne ne le connaît sur terre

C’est l’année ou jamais, rares sont les têtes de série qui débuttent la saison sur Terre avec la panoplie complète du Champion 2010 . A Monte-Carlo, Ferrero lui a pris un peu plus que les quatre jeux qu’il lui avait laissés à Miami. A Madrid, Ljubicic et Federer se souviennent lui avoir serré la main furtivement des mardis de 2008 et 2009. A Barcelone, quelques Espagnols jurent l’avoir vu jouer un quart il y a trois semaines, mais les mêmes jurent aussi que De Bakker était en demie le lendemain. A Rome, Jo aurait chialé comme un gosse en écoutant Mozart. A Casablanca en 2008, il aurait été aperçu battant Montanes, Ouahab et Ventura, mais personne ne peut confirmer qu’il s’agit bien de tennis, d’ailleurs le lauréat s’appellerait Gilles Simon. Youzhny, jamais à court d’idée pour humilier les Français, prétend qu’à Valence, Tsonga aurait abandonné après avoir encaissé neuf jeux d’affilée. A Hambourg, Tsonga est carrément l’ennemi public n°1, puisque une rumeur dégueulasse circule à son propos : il n’aurait battu que Mahut. C’est donc totalement anonyme que Tsonga débarqua à Roland-Garros pour y passer 3 tours. Cette fois, il y aura déjà joué 9 matches et même battu un Top 52 : Julien Benneteau. Mais la pression du public sera sur les autres Français, à commencer par Chardy, qui en a joué le double.

US Open : Gilbert beau dard

A l’occasion du triomphe français à New York, Le Vestiaire rend hommage au plus grand expert de L’Equipe.fr.

Régulièrement, Rodolphe Gilbert éclaire de son œil avisé la vie tennistique sur L’Equipe.fr. A ceux qui se demanderaient de quel droit un ancien 61e mondial coaché par Tulasne débite des conneries pendant un Grand Chelem, Le Vestiaire démontre aujourd’hui qu’au contraire, il est incontournable. Et ce, même si le 5 juin, « qui peut contenir Nadal ? » et le 6 juin « Nadal est en danger ».

Nous sommes au début des années 1990. Rodolphe Gilbert est à l’orée d’une brillante carrière, du moins le croit-on. Ce n’est pas une vanne, d’ailleurs, Julien Jeanpierre ne rigole pas. Il ne faut pas longtemps à Rodolphe Gilbert pour trouver sa voie sur le circuit pro. Dès Brest en 1990, puis Miami en 1991, il donne la leçon à Thierry Champion, donc un peu à Monfils. Pour Forget, le capitanat de Coupe Davis est encore loin, mais le voir gagner contre Sampras achève de le convaincre.

Il embrasse le Guy à Bordeaux. Lionel Roux y passera à son tour à Marseille en 1993, le staff est au complet. Escudé, terrassé à Contrexeville en fin de carrière, lui offre les droits de la Fed Cup. Un dernier baroud d’honneur qui aurait pu se transformer en coup de maître au tour suivant, mais Olivier Malcor était le plus fort : il n’a donc pas d’avis sur Paulo. Winogradsky a aussi eu de la chance à Thessalonique en 1988, donc « Jo a répondu présent ».

On brade Gilbert

A ceux qui pensent aussi que Rodolphe Gilbert est un nul qui n’a récolté que deux titres en double et qui ne le reconnaissent pas quand il passe sur L’Equipe TV, il ne faut pas oublier qu’à Roland-Garros 1993, il fut le dernier Français en lice. Un troisième tour, en battant Becker, ce n’est pas donné au premier venu. Mais Dosedel était le plus fort.

L’édito : Tel est Sébastien

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Israël et la Croatie sont en demi-finale de Coupe Davis, Sochaux marque trois buts en match amical, Voeckler et Fédrigo gagnent des étapes. Ca devait arriver, Alain Casanova a basculé dans le paranormal.

Ca fait deux ou trois fois que Loeb se plante à la campagne, l’autre c’est sur du bitume et c’est fréquent, ces temps-ci. Comme l’autre, il s’appelle Sébastien et ça donne des idées. Loeb a vraiment envie de faire de la F1, même s’il doute d’en avoir vraiment le niveau. L’autre aussi. Il serait temps de choisir. Toro Rosso n’est pas contre, Mark Webber qui chante sur un podium, ça force à réfléchir, et vite. Bourdais, lui, profite à fond de ses derniers instants. Pas question de se refuser quoi que ce soit.

Le doute, c’est aussi le meilleur ami de Loïc Rémy. Le Niçois n’est plus très sûr de vouloir retourner à Lyon, sans doute le climat. Sa ressemblance avec Thierry Henry l’a toujours fait rire, celle avec Sydney Govou l’inquiète un peu plus. Au cas où, Bryan Bergougnoux, les offres de Kazan, Kayserispor, Athènes, Lens et Boulogne sur les genoux, est toujours là pour remonter le moral des anciens espoirs lyonnais.

Tourne le dos Rémy

Le doute profite toujours à l’accusé, même aux magiciens. Condamné à l’avance, Fabulous Fab a encore profité de son sursis avec aplomb. Un drôle de tournoi ATP à 385.000 dollars, une tête de série n°2, Cipolla, Dent puis Mahut : Doha et Dubaï en juillet, c’est surfait. Pas tant que le parcours du Tour 2009 dessiné par Christian Prudhomme. Partir de Monaco, tronquer les contre-la-montre, mieux répartir la montagne, garder du suspense, toute la presse et surtout Thierry Adam jamais assez éveillé, l’a crié à tort et surtout à travers : « Quel beau parcours, grâce lui sera rendue en temps et en heure. »

Pour être original, il l’est, comme nous le soufflait Thierry Bisounours. Un faux prologue, faux contre-la-montre qui ne permet rien si ce n’est de ne laisser qu’un seul autre chrono. Un CLM par équipes qui ne permet rien si n’est à Astana de s’assurer la victoire finale dès la troisième étape. Et trois étapes pyrénéennes qui se sont résumées aux trois derniers kilomètres d’Arcalis et c’est bien parce qu’il a fallu trouver quelque chose d’intéressant. Quelle merveilleuse idée que d’escamoter le Tourmalet. Il n’y avait que 77 coureurs devant à Tarbes, Sastre et compagnie auraient été bien inspirés de se suicider dès l’Aspin. Fignon a failli se couper la pomme d’Adam.

Pendant ce temps-là, Lance Armstrong doute. De lui, de Contador, de Bruyneel ou de rien ?

Roland Garros : Rochus pocus

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Le Vestiaire a assisté au dernier match d’une légende du circuit ATP, peut-être le plus mauvais joueur de l’Histoire. Bien sûr, c’était sur le court Suzanne-Lenglen, le Chatrier était déjà complet.

De notre envoyé spécial. 17 victoires, 20 défaites, Paul-Loup Santoro ne pouvait pas quitter Roland Garros comme ça. Il a tenu parole. 21h30, Christophe Rochus sert pour le match, Battling Fab fait le break, 5-3. Le poing serré, il se précipite sur le banc pour ranger ses raquettes et se barre. Le public finira par comprendre que la pause pipi n’en est pas une. Le match est suspendu, les huées tombent, Santoro est le plus heureux. Il reviendra le lendemain, chevelure impeccable, pour une exhibition de 8 minutes. Un jeu blanc, deux aces, une page de pub : la nuit a bien fait de tomber. Le dernier jeu de Rochus juste derrière est anecdotique. L’essentiel n’était pas là : au micro de Lauclair, le discours avec sourire argenté c’est mieux quand il y a du public. 8 minutes de jeu, plus 5 minutes d’échauffement, Brabant qui raconte son avant-match, ça permet de faire des photos. Et les photos, c’est combien ? Passe-droit, peut-être, mais Rochus n’était vraiment pas obligé de perdre le 3e set.

Fab, je vous aime

Santoro ne reverra plus sa chère petite balle « or » porte d’Auteuil. Pas sur le terrain, mais les loges VIP c’est aussi confortable. Pour sa dernière, Fabulous a rejoint la légende des grands joueurs. Chang en sait quelque chose, les adieux sont beaux quand ils sont chargés de symboles. Santoro peut partir la tête haute. 6-3, 6-1, les magiciens sont pas toujours ceux qu’on croit, ils ont parfois un accent prononcé et un zest de Malisse. Depuis Vliegen contre Gasquet, on n’avait pas vu un tel joueur, ça tombe toujours sur les Français. Le Gandalf du tennis avait pourtant sorti toute son artillerie, dont les balles cotoneuses, comme les vante L’Equipe, en plein milieu du court. Ca n’a pas son pareil. Federer ne le répétera jamais assez, quel plaisir de jouer Santoro.

Et puis, évidemment, l’exploit de Battling Fab dont on n’en attendait pas moins. Un break, puis deux, des montées à la volée et Rochus qui arrose, et Fabulous empoche la quatrième match sous les vivas d’un Suzanne Lenglen plein à 1/4. Naïfs, les plus jeunes ne comprennent pas pourquoi le public encourage son chouchou en scandant le nom de l’adversaire. Ils n’ont pas dû entendre le groupe du Crédit Agricole venu avec un drapeau français et quelques brochures. La magie Fab a encore parlé. Tout est repassé dans sa tête, les records de participation, la carrière de 21 ans, les exhibitions à 10 000 dollars suisses, le record du match le plus long. Si l’Histoire était farceuse, elle mentionnerait aussi que c’était contre Arnaud Clément.

« Je me suis régalé, épanoui dans ce monde-là ».

Le JaGuy show : En voiture Simon

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Une victoire et deux finales en 10 ans : le parcours serait presque honorable si on n’attendait pas une performance depuis 7 ans. Domenech aurait-il trouvé son maître ? « C’est en tout cas très positif. » Voici l’histoire d’un tennisman moyen devenu un capitaine moyen, consultant moyen, fouteur de gueule professionnel, qui ne démissionne jamais, qui n’est jamais viré pour manque de résultats. Le JaGuy Show, premier épisode : Forget signe un tchèque en blanc à la Fédération.

C’était il y a moins d’un an, en quart-de-finale, à Winston Salem. L’équipe de France la plus prometteuse de l’histoire accrochait les Etats-Unis, sans son nouveau Noah. Une défaite honorable, et pour une fois, ce n’était pas la Russie. Guy était aux anges. « On peut tous faire des progrès. C’est ce qui nous poussera l’année prochaine à être encore plus forts. »

Mars 2009, le capitaine peut souffler, sa meilleure équipe de France de tous les temps a évité l’écueil tchèque. Elle courait le risque de se planter, de passer à côté de son premier rendez-vous commun entre Mousquetaires dans un vulgaire premier tour. Il n’en est rien, comme prévu par le cap’tain, Tsonga a joué et gagné le cinquième match. L’aventure continue, place aux barrages. Une équipe est en train de naître. « C’est très positif. »

Capitaine femmes

Septembre 2004, la France atteint pour la dernière fois de l’ère Forget une demi-finale. Une édition boudée des Dieux, Escudé et Clément jouent en simple. Depuis, Guy le friqué s’est vu offrir Richard Gasquet, qui malgré ses 22 ans, compte déjà presque 25 ans de carrière. Dont quatre ans de Coupe Davis, des matches au couteau sur le circuit. C’est sans doute un peu juste pour être aligné en simple face à deux joueurs aussi insignifiants que Berdie et Stepa. Simon est numéro un, il en touche pas une depuis le début de saison, n’a jamais joué en équipe. Au cas où, il prévient quand même son capitaine. Guitou n’a plus le choix. Simon jouera et avec un peu de chance, il aura même droit au match décisif. De toute façon, on lui reprocherait de ne pas le faire jouer.

C’est là qu’intervient la grande nouveauté de ce show 2009. Que faire du jeune Richard ? L’écarter ? Non, Guy n’aime pas Gaël Monfils. Après tout cette saison, l’ex-nouveau Noah n’est pas bien. Une finale, deux demies (dont celle de la semaine dernière) en cinq tournois, il manque encore un peu de confiance. Il sera remplaçant. « C’est très positif. »

Génération endort

L’idée fait son chemin dans l’esprit du capitaine : et si Gasquet faisait le double ? C’est pas si con, Gasquet n’est pas un joueur de double (60 matches depuis 6 ans), pas un seul match cette année, il ne joue jamais avec Llodra. « Ca peut faire des étincelles ». D’autant que la meilleure paire du monde n’est pas Française. Santoro a pris sa retraite depuis plusieurs années. Dommage, Guy se serait bien vu serrer la pogne pleine de blé de Fabrice, mais il aura d’autres occasions. Forget n’est-il pas son voisin en Suisse ?

Peu à peu, les rôles de chacun Safin. Tsonga est incontournable, Simon est numéro un, Llodra est bien là. Il ne manque qu’une seule clé, propre à la Coupe Davis : un capitaine décisif. Curieusement, jamais Forget n’a pu inverser par ses conseils la tendance d’un match, ou permis à une demi-portion de se sortir les doigts du cul. Mais bon, tant pis, cette fois l’équipe peut s’en sortir toute seule, elle est si forte. Ne les appelle-t-on pas les Mousquetaires en référence à leurs glorieux aînés ? Mais pourquoi Lacoste, Borotra, Cochet, Brugnon étaient-ils affublés d’un tel sobriquet ?  Quoi, six victoires en Coupe Davis ?  « C’est très positif. »

Ostrava grand

Les esprits chagrins souligneront que Gilles Simon s’est fait torcher par Berdych. Guy a de l’expérience, il savait que le stress pouvait jouer pour une première. Mais il est malin, donc il a compensé en s’appuyant sur sa toute nouvelle équipe de double : Gasquet-Llodra. Il n’a pas été déçu, l’avenir s’annonce radieux : « Cela conforte ce que je pensais de cette composition. Richard et Mika peuvent jouer à un très haut niveau ensemble. » Il a pourtant vu le même match que tout le monde : « Sur tout le match, c’est bon, le potentiel est là, mais deux ou trois petits points par çi par là nous coûtent le match. » Deux ou trois petits points qui en font à ce moment-là deux pour les Tchèques et un pour la France. Tout repose sur Gilles Simon, ce qu’il fallait éviter pour que Monfils ne le surnomme pas Paulo dimanche soir.

Mais Guy, c’est un grand fan du travail de Loïc Courteau. Alors, il tente le coup de poker : appliquer la recette dite de Roland Garros. « Gilles, il faut qu’il se sorte de l’esprit l’enjeu, le monde, le public hostile pour jouer son meilleur tennis. » En Coupe Davis, ça veut dire s’échauffer contre un mur ou Clément. Mais pour Nathan Lesermann comme pour tous les Mousquetaires, le temps est un allié. Lancer un gamin qui ne sait pas nager dans le grand bain, il peut s’en sortir, foutez lui des loups, il vous rendra le saladier. Surtout quand il vous prévient qu’il le sent pas, mais alors pas du tout. JaGuy n’avait vraiment plus le choix, il devait l’aligner.

Guy Forget se souvient, il avait lui aussi perdu ses premiers matches de Coupe Davis contre la Tchécoslovaquie. Il  gagnera un autre saladier, il en est persuadé. A l’ancienneté, ça peut passer ? Ou peut-être bénéficiera-t-il d’une wild-card, on ne sait jamais.

Fabrice Santoro peut-il ne pas gagner l’Open d’Australie ?

magicien

<i>Le Vestiaire</i> avait tout faux depuis le début. Le Magicien vient de sortir deux des meilleurs joueurs du monde. Pour son 750e tournoi du Grand Chelem, son heure est-elle venue ?

Ferrero et Servan-Schreiber peuvent en témoigner. Fabrice Santoro est sur une autre planète en ce début d’Australian Open. Les mauvaises langues diront chez le kiné, parce que des crampes dès le deuxième jeu, ça ne part pas comme ça. A 36 ans, le Français a appris à gérer ses efforts. Il ne joue plus que quelques tournois et entretient son record de participations en Grand Chelem. Les mauvaises langues diront qu’il s’en fout surtout plein les poches dans des tournois lucratifs où les meilleurs joueurs ne viennent pas.

Guerlain l’enchanteur

Aujourd’hui, Santoro n’a plus rien à apprendre. Les mauvaises langues diront que ça tombe bien, il n’en a rien à foutre. Il est le meilleur français. Il a plus de coups de magicien que Gasquet, qui est aussi admiratif de lui que de Noah. Il a plus de mental que l’arrogant Simon. Il ne vendange pas deux sets d’avance comme Mathieu parce que des supporters bourrés imaginent que son adversaire est bosniaque comme eux. Il a fini par appeler tout le monde Youzhny, et ça, ça n’arriverait jamais à Santoro.

Surtout, il volleye bien mieux que Tsonga en double et a déjà servi aussi fort que Monfils en deuxième balle. Il est un peu leur père à tous. Même Federer s’est prosterné devant son immense carrière, probablement jaloux de ses amortis. Les mauvaises langues diront que c’était avant de lui mettre 6/0, 6/1 comme Nadal, qui se damnerait pour jouer des deux mains comme l’enchanteur. A part un retour de Ronald Agenor, qui pourrait arrêter Fabulous Fab ?

Pendant ce temps-là, l’effet Noah retard serait en train de faire effet. Et l’effet Pierce ?