Tour de France, Pinot : Un Thibaut, deux Thibaut, trois Thibaut

« Maintenant, on me tape sur la gueule. » Au moins Voeckler, lui, ne s’en plaint jamais et préfère parler de sa popularité. L’expérience sans doute.

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Un Tour de France démarre toujours avec un numéro de Vélo magazine. Quand ce n’était pas Jalabert le nouveau Hinault, c’était Leblanc ou Virenque. Quand Hinault n’a plus eu de successeur, sont venus les Moreau, Chavanel et Moncoutié, parfois même Casar valait mieux que Jacky Durand. Et puis l’âge d’or a sonné sans prévenir. Voeckler 4e, Rolland 10e, c’était tellement beau que Jean-Christophe Péraud (9e) est resté un simple médaillé olympique. Le troisième larron sera un jeune, et ce sera un FDJ n’en déplaise à Madiot. Il vaut parfois mieux fermer sa gueule et rester assis sur sa selle plutôt que d’attaquer en montagne, surtout quand on peut gagner. C’était en 2012, Thibaut Pinot était né avec la même 10e place que Rolland l’année précédente. Ça valait bien un site Internet avec une belle police d’écriture pour recenser les articles du Parisien, de l’Est Républicain, de l’Alsace. La rubrique actualité est moins fournie depuis deux semaines.

Quand on fait ça à 22 ans, la suite paraît évidente. Pas la 52e place au général à plus d’une heure et l’abandon avant la 16e étape, mais ce qui vient avant. D’abord Intérieur sport qui l’accompagne sur le Tour de Romandie début mai. Il grimpe comme un Dieu, il est content d’attaquer Froome qui ne lui prend qu’une minute à la fin, il aimerait confirmer son top 10 sur le Tour. Il est bien la future star, à un ou deux petits détails près : il a du mal à donner des ordres et il chie son dernier contre-la-montre qui l’éjecte du top 10. Mais ce n’est pas grave, le Tour de Suisse viendra bien vite confirmer tout ça : dans la montagne il est là, et lors de la dernière étape il foire un peu son contre la montre et le podium lui échappe.

Aller à la selle

C’est alors que Tout le sport débarque pour filmer Thibaut avec des chèvres puis avec un vélo dans le Ventoux en reconnaissance. A ce moment-là tout va bien, le Ventoux est génial, il aimerait y gagner et confirmer son top 10. Comment passe-t-on du Ventoux seul au printemps, sans Madiot qui gueule derrière, au Ventoux l’été avec une angine, des Pyrénées de merde sur le porte-bagage et une heure de retard au général ? L’explication est simple comme pour un enfant turbulent qui menace de se jeter dans le lac communal un soir de rupture amoureuse : « Dans la tête j’y suis plus, je sais pas quoi dire. Là je suis plus dans la course. L’an dernier tout le monde était là à me soutenir, maintenant tout le monde me tape sur la gueule. Ca fait un an qu’on me parle du Tour, y a pas une journée où on m’en parle pas, je suis arrivé bien cramé mentalement. Le Tour de France ça se bâche pas même si on a envie de partir. » Deux jours après il avait retrouvé le sourire, cinq jours plus tard c’était son lit.

Partir n’a pas tellement trotté dans la tête de Voeckler et Rolland. Le premier passait des coups de fil sur le vélo pour aider Jean-René à convaincre Europcar. Le second visait un podium en juin, le maillot à pois après la première semaine et d’éviter de trop faire parler de sa cortisolémie. Du coup Astana était intéressé, mais il va rester avec Jean-René.