Ligue 1, Bordeaux : Le triomphe Modeste

Trois jours après qu’une ancienne équipe de Lorient ait décroché un bon 2-2 à Lorient, Bordeaux va décider s’il est européen ou relégable. Le niveau du championnat importe peu, celui de ses ex-futurs champions d’Europe aussi.

Ciani : Mars 2010, c’était France-Espagne, il était le buteur de Bordeaux. Février 2011, il retrouve Lorient et en prend 5. Ca lui était déjà arrivé mais à l’époque il jouait pour Lorient. Qui faut-il remercier, Blanc, Domenech, Sané ou les trois ?

Planus : Mort pour la patrie un soir d’été 2010. 8 matches et quelques autres à regarder Savic repasser en boucle du banc : ça vaut bien une Pierre commémorative. Juste pour ne pas oublier qu’un jour de quart de finale européen contre Lyon, il était le héros de Chaban et que même Ciani applaudissait.

Chalmé : Il n’a jamais menti sur la marchandise : le Parisien a beau l’avoir traité de « patron du vestiaire » en 2009, lui n’a jamais promis qu’Issiar Dia ne le prendrait pas de vitesse en avril 2010. Ni qu’un des frères de Lormont ne lui emprunterait pas sa place. De toute façon, c’est la faute de Tigana . Patron du vestiaire quand même.

Trémoulinas : A force de faire des passes décisives à Chamakh, qui prêta attention à celle qu’il fit au Manceau Dossevi il y a un an ? 3 passes, zéro sélection : Tremoulinas retrouve ses jambes de 20 ans.

Diarra : On peut tout lui reprocher, mais il est capitaine de l’équipe de France aujourd’hui. Pas question, donc, de lui reprocher sa suspension de six matches, l’expulsion contre Lens, ou d’avoir été le capitaine lors des défaites à Angers, Lorient, Sochaux, Caen et Monaco. Ce serait suspecter qu’il n’en a plus rien à foutre. Alors qu’au fond, il est toujours prêt à aller sur le plateau de Mathoux dire que son entraîneur, qui n’est ni Tigana, ni Bedouet, n’est pas raciste.

Fernando : Lui a eu un complice, qui l’a replacé en défense centrale, et un alibi, une blessure qui l’a privé de la fin de saison 2009-2010. En fait, si, il était revenu perdre 3-2 à Lens.

Wendel : Demander à se faire naturaliser ne fera revenir ni Blanc ni son pied gauche.

Carrasso : Couvrir les conneries de Ciani, ça va un moment, alors quand Ciani met alternativement les maillots de Sané et Savic, il n’y a plus rien à faire.

Plasil : Osasuna était une belle expérience, il y a appris qu’il vaut parfois mieux compter sur soi-même que sur Ludovic Delporte pour marquer 4 buts et faire 10 passes.

Gourcuff : Une passe décisive pour Ciani et une victoire 2-1 au Parc des Princes. Il a déjà confirmé 2009-2010, Bordeaux ne pourra pas le retenir longtemps.

La morale de l’histoire, racontée par Modeste et Ben Khalfallah, c’est que Gouffran a beaucoup manqué et que Cavenaghi n’avait pas les cheveux si sales finalement. Qui aurait pu prédire ça ?

Bordeaux-Lyon : Le Puel à Maazou

En trois années à Bordeaux, Gourcuff s’est rarement rendu aussi utile qu’hier soir.

Liquido, Gourcuff, les coups de pied arrêtés, il flottait dans l’air girondin comme un parfum d’automne 2009, hier soir. L’héritage de Laurent Blanc a parfois du bon, encore fallait-il avoir été suffisament humilié. Nice a donc été la goutte d’eau qui a fait déborder le vase de suffisance dans lequel les Bordelais s’étaient noyés à la veille de la finale de Coupe de la Ligue. D’accord, ça n’était que Marseille, mais cette fois ce n’était que Lyon. Huit  joueurs présents hier faisaient partie de l’équipe type du grand Bordeaux de janvier, celui sans Planus. Et comme d’habitude, Gourcuff a su apporter le confort psychologique adéquat. Les Bordelais savaient que ce n’était désormais plus à eux de supporter ses contrôle poitrine de la main ou ses passes en profondeur au drapeau de corner. Et ça aide vraiment. Ciani peut tranquillement refaire ses merdes habituelles, il est parfois couvert pas Fernando, toujours par Carasso. Tigana, lui,  n’a eu qu’à contempler ce que les joueurs de Blanc savent faire. Comme laisser Gomis tout seul car il ne sait rien faire avec un ballon. Ou laisser Lisandro tout seul car il est pas bien meilleur et à peine plus fragile, comme le sont tous les grands joueurs de vingt millions d’euros.

Lisandro le pèze

Mais aussi envoyer des ballons sur la tête à Diarra, un geste largement suffisant pour battre Lloris ou Lyon, c’est pareil. Pareil c’est presque appareil, comme le mobile utilisé par Lacombe pour contacter Elie Baup. Ou comme l’avion qui emmenera Puel aux Assedic. Effectivement, écraser Lyon n’est pas un véritable exploit en soi. Le faire avec Ben Khalfallah, Maazou, Sané et Jussie c’est autre chose. Jussie, cette plante aquatique envahissante d’Amérique du sud qui ne fleurit qu’en été et  en automne. Ça sert rarement à jouer au foot, mais parfois, quand elle ne sait plus quoi inventer pour faire n’importe quoi, elle fait n’importe quoi et en plus c’est joli. Du coup, Bordeaux est donc presque champion de France. Planus pourra toujours suppléer Plasil en attaque quand il s’agira de marquer. Mais pour l’instant ce n’est pas utile puisque Chalmé est fou de joie avec son survêtement de remplaçant dans les bras de Jussie. Ce qu’il n’avait peut-être pas vu c’est que Jussie avait un maillot de titulaire. C’est comme Maazou après un but refusé, son cerveau ne l’encombre pas trop.

« La qualité du groupe n’est pas remise en cause, l’entraîneur est un bon entraîneur. » Schalke 04-Borussia Dortmund : 1-3.

PSG-Bordeaux : Gardiens de chèvres

Jamais Bordeaux n’avait réalisé une première mi-temps aussi mauvaise. Le grand PSG n’a pas eu le choix.

Après avoir balancé ses quelques saloperies habituelles sur la bande à Toulalan, le grand requin Blanc s’était rendu au parc des Princes pour tenter de trouver les remplaçants de Benzema. Le PSG avait donc aligné Hoarau pour l’occasion. L’occasion, c’est justement un mot que l’ancien meilleur buteur de Ligue 2 arrive mieux à assimiler que but. Du coup, avec ses compères Néné et Erding, ça faisait 20-0 à la mi-temps, mais le règlement est clair sur ce point : ça compte pas.

Le règlement est en revanche moins précis sur les hors-jeu, du coup Hoarau et Giuly ont eu droit à la mansuétude de M. Gauthier. Ou l’incompétence, c’est une question de placement. A part ça, il n’y a rien à dire sur le PSG, qui est toujours la même équipe, sauf que son gardien est pas bon, il est même très mauvais. En réalité, il est juste vieux, mais c’est irrespectueux de le dire à partir de 40 ans. Et en face, c’était le Bordeaux Blanc.

Blanc et Modeste

Et quand le Bordeaux Blanc décide de gagner, il gagne. La dernière fois, c’était un quart de finale retour de Ligue des champions. Simple hasard sans doute, c’était la même équipe, hormis Gourcuff et Chamakh, car Tigana avait cette fois décidé de jouer à onze. Le refrain est connu, nul besoin d’avant-centre ou de défenseurs. Vous mettez Fernando et Plasil à la construction, Diarra et Ciani à la finition et Carasso derrière, ça finissait rarement avec une victoire adverse.

Et si Planus revient un jour, Tremoulinas et Chalmé pourront même aller voir ce qui se cache derrière le rond central. Ils découvriront alors que Bordeaux joue aussi avec un ancien buteur de Ligue 2, mais que ça pourrait suffire, à la condition que l’ancien meneur rennais s’en aille. Mais si vous savez, son père est aussi dans le football de milieu de tableau. Sinon, le meilleur gardien français devra continuer à humilier Hoarau et tous ceux qui aimeraient jouer en bleu au même poste. Lloris sait ce qui lui reste à faire.

Pendant ce temps-là, Lille a obtenu un bon 0-0 à Sochaux.

L’épilogue du Bordeaux Blanc :
La dernière ligne du Saivet

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L’ultime journée du championnat a donc tenu toutes ses promesses. Au terme d’un suspense haletant, le fleuron de la Ligue 1, Marseille, a fini par battre le l’ogre sochalien. Et finalement, Bordeaux ne descendra pas en Ligue 2.

Pour fêter ça, Lolo a promis d’injecter du sang neuf. Hein Verbruggen est heureux que ses méthodes soient enfin reconnues au plus haut niveau. Les Américains auront aussi une part du bonheur girondin, puisque le Cévenol évoque un électrochoc. Selon nos informations, Gasset souhaite éviter les morts et aurait proposé des soins palliatifs en échange. Ses craintes sont pourtant injustifiées, Blanc est bien incapable de bouger le petit doigt ou alors c’est la main entière dans un élan de fraternité avec des mentons croates. De là à remercier ses joueurs de lui avoir volé la Ligue des Champions, il n’y a qu’un pas que l’ancien stoppeur napolitain franchira dès le mois de mai. Un Euro 2012 avant d’aller asseoir son cul plein de blé dans le fauteuil de Ferguson ou Guardiola, à moins que Zidane ait eu le temps de se débarrasser d’Higuain.

Carrasso. A l’époque de Martini, on se serait posé plus de questions.

Chalmé et Tremoulinas. Devaient visionner les bons matchs de Sagna et Evra en équipe de France. Mais Gasset n’en a pas trouvé.

Placente et Jurietti. La Coupe de la Ligue et la Coupe de France ne sont pas une obligation, le match amical contre Angers non plus.

Ciani. Perdre sa place au profit de Henrique devrait lui suffire un bon moment.

Henrique. Si seulement Blanc avait eu le double zéro sur son matricule.

Planus. Le mercredi il se plaignait de ne pas être renouvelé, le samedi il coûtait trois buts à son équipe. Le suicide est un châtiment suffisant.

Diarra. Ses ischios ont Vieira pour modèle, pas besoin d’en rajouter.

Sané. Sa licence amateur n’a pas encore expiré.

Fernando. Le Genoa pourrait bientôt recevoir un appel anonyme d’un agent anonyme de Fernando disant anonymement que son prix a soudainement baissé.

Plasil. Blanc parviendra-t-il à le sélectionner en équipe de France ?

Gourcuff. Son père est responsable de tout, Blanc pensait les griller tous les deux. Mais à 20 ans, il était au Milan AC, à 22 à Bordeaux. Alors, pourquoi s’acharner ? Et puis Libourne Saint-Seurin cherche peut-être un entraîneur.

Wendel. Se faire appeler Michel Bastos ça peut vous briser un homme, la preuve.

Sertic. En patois girondin, Francia signifiait « destination Argentine » il y a quelques années. C’est toujours le cas.

Chamakh. Une prolongation de cinq ans devrait suffire.

Bellion. A 21 ans, il était à Manchester, à 24 à Nice. A quoi bon s’acharner.

Cavenaghi. Les cheveux longs, c’est pas conseillé avec les électrodes, il est donc protégé par les Enfants de Don Quichotte et Quechua.

Gouffran. Le staff lui rappellera gentiment qu’il était fortement pressenti au PSG il y a quelques saisons.

LdC, Bordeaux-Lyon : Le buddha Blanc

Le football est une science exacte. Il n’y aura donc pas de surprise ce soir. Buddha Blanc ou pas Buddha Blanc ? Voici la vérité en 1696 mots à peine.

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En 2009, le Barça a explosé Lyon. En 2010, le Real n’a pas réussi à exploser Lyon et Bordeaux n’a jamais explosé personne. Laurent Blanc l’a décidé en août dernier, son match référence sera le quart de finale retour de Ligue des Champions. Le sacrifice de Fernando était à ce prix. Plus que les 15 dernières années des Girondins, c’est le salaire estival du Cévenol qui se joue.

Tout le monde, jusqu’au spécialiste foot du Vestiaire qui apprend à faire les noeuds coulants, se pose la question : comment Laurent Blanc peut-il continuer d’être persuadé qu’il sera champion d’Europe ?

Rit haut, mais veut pas

La réponse est a priori simple, puisque son équipe type est celle du Barça, au détail près que chaque remplaçant joue à Lormont. L’histoire serait même pliée d’avance si, autre détail près, les titulaires n’avaient pas eux aussi une inconstante passion pour Lormont. Et pas seulement parce que Chaban-Delmas est le long de la rocade comme Lormont. « Peut-être que certains joueurs seront sollicités. Ça dépend de la fin de saison. Si elle n’est pas bonne, ils honoreront leurs contrats. » Blanc a dû repérer qu’il valait mieux éviter de passer par Lormont pour aller à Madrid le 22 mai, c’est pas sur la route. Et pourtant, ce ne serait qu’un juste retour des choses tant Ricardo avait bien travaillé.

C’est ainsi qu’en 2007, Blanc récupère ce qui se fait de pire sur la planète football. 6ème du championnat avec 57 points comme aujourd’hui. Rien d’un hasard. Il va alors durant 2 ans et demi ajuster son effectif à sa façon. Ne parlez pas de violence, le pacifisme est son combat comme lorsqu’il tendit la main à Bilic qui aurait pourtant mérité un bon pain dans la gueule. Non, c’est plutôt un encouragement sincère sans aucune humiliation. La preuve, qui a dit hier en conférence d’avant-match : « Prenez du plaisir parce que – je ne vous le souhaite pas – des matches comme ça vous n’en jouerez peut-être plus » ?

Epiques types

Marouane Chamakh : Issu du centre de formation comme Hervé Bugnet ou Gabriel Obertan, Lolo n’ a pas tardé à lui expliquer que s’il voulait jouer ailleurs qu’à Evian, il allait devoir se décider à marquer. Et que ce n’était pas parce que Cavenaghi était aussi là qu’il fallait avoir honte de se servir de sa tête. N’avait-il pas eu la même patience avec Bilic jusqu’à ce malencontreux réflexe pavlovien opérant l’oesophage du Croate ?

Yoann Gourcuff : Le médiocre Breton, surnom affectif offert par Lolo, eu la bonne idée de faire 2-3 passements jambes à des Parisiens alors que son contrat milanais était sur le point d’être prolongé à Rennes. La recette fut la même avant le retour de l’Olympiakos. Le fils de l’entraîneur de Lorient, surnom affectif offert par Lolo, serait bien inspiré d’être décisif contre Lyon mercredi s’il ne veut pas passer le reste de sa carrière à matter Thierry Guillemot et Pat Le Gac sur TV7. Et comme Maradona s’est manifesté hier soir, Zidane ferait bien de répondre.

Wendel : Il est amusant de penser que personne ne se souvient de Ricardinho et Valdeir. Blanc s’en souviendra sûrement mercredi sur les coups de 20h45. Reste à savoir avec quel maillot joue le vrai Bastos. « Si les joueurs veulent mettre les choses au point, c’est l’occasion rêvée », ça s’adressait à qui ?

Plasil : Qui aurait pensé engager un remplaçant monégasque pour en faire un pilier de la meilleure équipe du continent ? Blanc probablement, la Juve aussi. Farnerud, El Fakiri, Prso et même Rothen envoient des CV au Haillan toutes les semaines.

Alou Diarra : Jouer une finale de Coupe du Monde pour suppléer Viera aurait pu être un indice. Blanc ne s’est pas laissé avoir.

Sané : Jouer une finale de Coupe de la Ligue pour suppléer Diarra aurait pu être un indice. Blanc ne se laissera pas avoir, d’autant plus que Diarra était là.

Chalmé-Tremou : Blanc a remis un vieux truc au goût du jour : savoir centrer. Du coup, il a vite trouvé les deux meilleurs latéraux du monde, même si Issiar Dia a choisi son côté.

Ciani-Planus : Si l’axe bordelais s’appelle Blanc-Ciani-Planus c’est que Blanc-Ciani tout seul ça marche pas. Si Lorient n’a jamais fini européen, c’est que Ciani tout seul ça marche pas non plus. Si Henrique n’est pas mentionné, c’est qu’ils sont nuls à chier. En tout cas, Blanc sait motiver ses troupes : « Je ne veux pas faire offense à Gomis. »

Fernando : L’homme de base de Ricardo est devenu l’homme de base de Blanc. On ne peut pas renouveler tous les contrats, lui au moins savait faire des passes. Lampard aurait rigolé, avant.

La ligue des lampions

En envoyant la plus faible équipe de l’histoire en quart de finale de Ligue des Champions, Laurent Blanc a envoyé deux signaux forts au football mondial : le  niveau européen est merdique et  Lyon est une équipe de merde.

Mais imaginer que Laurent Blanc a des pensées aussi malsaines serait trompeur. Combien de fois a-t-il dit que son équipe était tombée sur plus fort qu’elle ? Difficile à dire, mais le respect est ailleurs, comme par exemple aligner Sané en finale de Coupe de la Ligue ou en quart aller de Ligue des Champions. Combien de fois a-t-il salué l’entraîneur adverse quand il ne jouait pas contre Marseille ? Difficile à dire, mais ce n’est pas de l’antipathie, il a juste autre chose à foutre et aucun speaker ne les a présentés. Combien de séance d’entraînement a-t-il dirigé quand Planus ne revenait pas de blessure ? Difficile à dire, mais il a aussi droit de perfectionner son swing.

Une crème Gasset

Il est de toute façon difficile de confondre le Président avec l’entraîneur des Girondins. Au Haillan chaque matin, ce dernier est toujours de bonne humeur, n’économisant jamais un bonjour comme certains haut placés qui portent des lunettes de soleil à l’entraînement et qui surent mettre Micoud à la retraite en d’autres temps. L’entraîneur bordelais est toujours prêt à inventer un exercice sympa pour les joueurs, à bûcher toute la nuit pour une innovation tactique, à mettre le survêtement et à prendre lui-même les plots pour aller les disposer sur le terrain. Les anciens joueurs non conservés sans explication autre que « on peut pas te prolonger, tu t ‘appelles comment déjà ? » gardent tous un bon souvenir de cet entraîneur bordelais, un vieux coach à l’accent chantant de l’Hérault. Evidemment, son bureau est toujours ouvert pour discuter en cas de malentendu ou de petit coup de blues. Il faut juste ne pas se tromper de porte, c’est celle où il y a marqué Jean-Louis Gasset.

Dimanche soir sur Canal +, l’accent était plutôt cévenol. Normal, le championnat est relancé, c’est la crise à Bordeaux, personne du club n’ose parler. Il reste juste ce consultant en management sportif qui appelle « les joueurs de Bordeaux » ceux qu’il est censé voir chaque matin à l’entraînement. Crise, d’accord, mais tout à coup Isabelle Moreau a un doute. Même si Hervé ne lit jamais L’Equipe, elle l’a fait et elle en est sûre, Blanc a dit la veille « Bordeaux est au fond du trou ». Pourquoi alors ce costume bleu marine satiné quand Baup, lui, ne brille pas à ses côtés ? Et , justement quand Baup commente les bus nancéiens, pourquoi Blanc lui balance-t-il dans les dents qu’il est le successeur de Philippe Doucet ?

Alors, elle se lance : « Vous vous êtes dit quelque chose dans le vestiaire pour être aussi sûr de vous ? » Un peu surpris, Blanc réfléchit à ce qu’il faisait la veille. De la Ligue 1, Gasset était là, pourquoi aurait-il parlé ? « Vous voulez dire hier après Nancy ? Non. Il suffit de regarder nos matches. Sans nos erreurs défensives, même en étant pas flamboyants, on les gagne ces matches. » De là à dire que Bordeaux va se qualifier mardi, il y a un fossé et ce n’est pas parce qu’il l’enjambe que Blanc ne va pas y foutre Henrique. « Les remplaçants sont-ils au niveau ? » D’un éclat de rire, Blanc enseigne à Ménès le non verbal.

Au fond du Gouffran

Pour un peu, on finirait par croire que Blanc a organisé la défaite contre Nancy et la victoire de Lyon pour bien rectifier certaines choses mercredi. Ça ne serait pas son genre de dire que Lyon et l’OM sont meilleurs que Bordeaux. Si en plus il est en train de retaper Planus dans le plus grand secret, Sané vraiment pas clean.

Mais alors, pourquoi avoir dit la veille que Bordeaux est au fond du trou ? L’intuition commande d’imaginer que Blanc attend une réaction d’orgueil, même s’il ne laisse rien transparaître. Ça serait trop gros de donner le mode d’emploi juste parce que Gouffran ne comprend rien tout seul : « Nous avons été trop médiocres, avec des lacunes criardes. Le groupe est atteint, il n’y a que du négatif. On peut dire que l’on est au fond du trou, mais en tenant un discours direct, on peut aussi espérer obtenir une réaction. J’attends donc avec impatience le match de mercredi. » Et au cas où Ciani serait fier de ses vestes en cuir, Chalmé de ses tatouages et Henrique de son contrat pro, mieux vaut insister. « Dia part à 80m de nos buts. 80m et il va marquer dans notre surface. Il ne fait pas de passe hein. »

Quand on lui parle de l’équipe de France, ses yeux s’illuminent. Il n’est plus le même, cette fois il ne raconte pas de banalités pour botter en touche. « Vous savez, si je pars, on ne va pas casser le contrat des joueurs. » Renseignements pris auprès d’un avocat spécialisé, ce serait même illégal. La tête de son ami Jean-Louis lui revient subitement en mémoire. « J’ai déjà dit que je ne ferai pas ce métier très longtemps. »

Blanc a une telle modestie chevillée au corps qu’une élimination serait observée comme un echec, une qualification comme un exploit. Lui-même hésite pour désigner son plus bel exploit : être parvenu en quart de finale de C1 avec Gourcuff blessé pendant six mois ou être sorti par cette équipe de Lyon ? « Pensez-vous que Claude Puel puisse vous réserver une surprise tactique ? » – « Non, Claude, non. »

Ligue 1, Bordeaux : Ca Planus pour moi

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Pénible vainqueur à l’arrachée d’un promu, Bordeaux semble avoir déjà perdu son trophée. Pendant le même temps, la meute a faim. Face à Grenoble, presque vice-champion de France de Ligue 2 en 2008, Mamadou voulait juste faire un foot. Comme au Parc Borély, il a dribblé tout le monde et ce n’était plus drôle pour personne au bout de deux minutes. Surtout, Lyon a décroché un nul dans un fauteuil chez le demi-finaliste de la Coupe de France 1999 et le PSG de Coupet a muselé le Montpellier de Valderrama, à 10 +Coupet contre 10.

C’est la crise à Bordeaux. A 60% de son potentiel, avec une équipe de départ pas si loin de l’équipe type en Coupe de la Ligue, Bordeaux est encore loin d’avoir trouvé ses marques. Lens en a bien profité, et à 1-1 on ne donnait pas cher de la peau des Bordelais. Invaincu depuis 34 matches de L1 à Chaban (26 victoires, 8 nuls), Bordeaux a encore du chemin pour ressembler au grand Lyon, qui même en jouant mal, mettait toujours des taules à la fin. On est loin de la grosse machine sûre d’elle qui bat des records.

Les observateurs de la L1 n’en espéraient pas tant. Le champion chahuté dès la première journée par un promu et l’OM, impitoyable à Grenoble, est déjà champion. Ou presque, nuancerait volontiers Sacco et son équipe, toujours soucieuse de ne pas raconter de conneries. Bordeaux inquiète, Bordeaux pas prêt, la Gourcuff-dépendance, l’affaire Chamakh, quand tout ça sera réglé, ça ira un peu mieux. Bordeaux finira la saison à combien de buts ?

Henrique va tous les Souley

Henrique, lui, s’en fout, il ne partira pas. Il a pourtant fait tout ce qu’il faut pour, de la glissade dès la 2e minute aux erreurs de marquage sur tous les coups de pied arrêtés. « Tant mieux, il faut de la communication. Les petits réglages, c’est normal à ce moment de la saison », remarquait un consultant bien connu de Canal. Planus, formé à Bordeaux, Henrique au club depuis trois ans, ça peut vraiment se régler ? L’espace d’un instant, Alou Diarra s’est transposé en Ligue des Champions, le responsable lui est apparu tout naturellement. La bonne nouvelle est venue du banc : en répondant aux questions de Canal+ par des phrases monosyllabiques, Mickaël Ciani a gagné sa place sur le terrain. Bordeaux est décidément une machine bien huilée : Henrique ne pouvait pas mieux lui souhaiter la bienvenue.

Disque de Platini

Gagner leur place, Chamakh et Gourcuff n’ont pas ce souci. Le premier était annoncé sur le banc, au profit de Bellion, par La Voix des Sports. Raté. Difficile de dire qui du Marocain ou de Bellion s’est senti le plus honoré. Chamakh a foiré sa première mi-temps et à peine mieux réussi sa deuxième. L’Equipe pense pareil, mais aussi que son but ne change rien. Le Vestiaire n’est pas tout à fait d’accord. Et Cavenaghi ?

Gourcuff, lui, continue son choix. Milan ou Bordeaux, il avait bien répondu à la première question. Maintenant, c’est une grande carrière ou pas. Si oui, il ne sera pas loin des 20 buts, de l’Afrique du Sud avec un numéro 10 et d’un club anglais ou espagnol dans un an. Attention, le train ne passe pas deux fois. Diomansy Kamara, assis face à l’horloge de Craven Cottage, ne comprend plus.

Jaro kiri

Dimanche, Chamakh et Gourcuff se sont réveillés en deuxième mi-temps. Bordeaux a construit sa victoire en deuxième mi-temps. Plasil, qui avait commencé dans la voie d’insertion, a totalement disparu de la circulation en deuxième période. Les coincidences sont parfois troublantes. Gouffran, sa pointe de vitesse et sa première passe décisive de la saison se marrent bien. Plasil peut rendre bien des services, mais on ne distingue pas vraiment lesquels, encore. On se doute juste qu’il peut en rendre plus que Traoré, sinon pourquoi serait-il là. Fernando n’a toujours pas la question, si seulement Blanc avait su qu’il restait. Même chose pour Cavenaghi. Blanc ne sait toujours pas si on le remarque sur le terrain parce qu’il redescend au milieu pour participer au jeu ou à cause de ses cheveux. La réponse est dans son nombre d’occasion voire de but.

Pendant ce temps-là, Alou Diarra et l’OL se rappellent leur aventure commune, quand il ne jouait pas. Qui des deux est le plus nostalgique ?

Ligue 1, Bordeaux : Gouffran indirect

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Un mois après le titre de champion, c’était l’heure de la reprise au Haillan. Laurent Blanc a failli ne pas reconnaître ses joueurs. Où se cachent ses têtes de Turcs ?

Un seul être vous manque et tout est dépeuplé. Souleymane Diawara a longtemps cru qu’on pourrait le croire, deux semaines au moins. Juillet est le mois des moissons, Chamakh n’allait quand même pas échapper au fauchage. La machine à regrets s’est emballée, Souley et ses CD, Souley et l’ambiance d’avant match, Souley et son amitié, Souley et sa bonne humeur. On en oublierait presque qu’il joue en défense centrale et qu’il est pas très bon. Ciani n’a probablement rien d’un bout en train, part-il pour autant avec un handicap ? Planus n’a pas l’air inquiet, sûrement l’effet Carrasso. Trémoulinas titulaire ? Sûrement l’effet Jurietti-Placente.

Sertic de diamants

Evoquer la rumeur Diomansy Kamara pourrait nous valoir à juste titre des poursuites pour injure. Ciani, Carrasso, il ne manque donc que Plasil pour être complet sur le recrutement. Il pourrait d’ailleurs manquer quelques matches que Bordeaux aurait toujours l’air au complet. Sûrement sa formation monégasque. Diarra et Gourcuff dans l’axe, Gouffran et Wendel sur les côtés, où est Lucho Gonzalez se demande la sphère médiatique. Menegazzo peut bomber le torse, même s’il n’est pas nouveau il n’aurait pas complètement tort.

Soit n’importe quel club turc pourrait devenir champion de France, soit Bordeaux a joué une saison à 50% de ses possibilités pour finalement se rendre compte pendant 11 matches qu’à 80% ça suffit largement. Si ça pouvait donner des envies de saison pleine à Zidane et Wendel, la Ligue des Champions deviendrait intéressante. Cavenaghi se dépouille pour montrer qu’il est encore là, ça n’empêche pas de se raser. Au moins un qui prend Bordeaux pour un grand club, ça commence par là. Gouffran a découvert qu’il savait marquer des buts importants, quitte à tuer sa famille. Un petit effort et il rapportera pas mal de pognon. Evidemment, les 20% restants c’est Chalmé qui régale, les deux pieds décollés du sol s’il vous plaît. Champion de France sans gardien, sans côté gauche, avec Diawara : Blanc était handicap combien au golf ?

Marouane chimique

Il reste Chamakh. Il a acté son départ depuis plusieurs semaines, mais visiblement il n’est pas notaire. Son grand oral n’avait d’ailleurs pas convaincu. Mis sous tutelle, il a la dépression heureuse puisqu’il joue, gagne et reste indispensable. Mais la dépression gagne du terrain, il pourrait être mis sous curatelle bientôt, Papa hésite sur la marche à suivre : un QCM sur Blackburn avec 3 propositions : A/ un club de merde, B/ un club de merde, C/ le club de Gaël Givet. Ou une paire de claque parce que le chantage c’est pas beau. L’adolescence a des bons côtés, on passe vite à autre chose.

L1, Bordeaux : Les Bleus marinent

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Istanbul est un joli port de pêche. Parfois, ça sonne aussi Ligue des Champions, mais pas cette année. Bordeaux pourrait bien faire mieux qu’en 95, mais rien n’est jamais gagné d’avance.

Sans Aucun Doute et son juriste à l’œuf de poule sur le crâne n’auraient même pas vu le subterfuge. En prédisant « l’exploit de Bordeaux », il y a un mois, quiconque aurait volontiers imaginé un but de Gourcuff ou un quadruplé de Cavenaghi, voire un titre de champion de France déjà assuré fin mars. Et pour cause : Bordeaux survolait le championnat, en montrant même l’étoffe d’une bonne équipe. Comme le précisent Hoarau et Gignac, il faut croire que la Ligue 1 est un miroir déformant. Ca n’est pas une excuse pour Pedretti.

Ciao Menegazzo

Mais l’exploit girondin est encore plus grand. L’énoncé a quelque chose d’effrayant, de mythique. Bordeaux a réussi à se faire éliminer par Galatasaray. Les prémices avaient commencé il y a dix jours. 0-0 à Chaban Delmas, on pressent qu’il se passe quelque chose, en l’occurrence plus rien. Blanc parvient à s’en satisfaire, il ne regrettera pas la confiance accordée à son groupe. Toutes les grandes équipes connaissent un jour leur chef-d’oeuvre. Les Turcs étaient faibles, si faibles que le terreau était idéal. Le 1-0 miraculeux offert à Bellion dès la première minute, de 1-3 à 3-3 et finalement le quatrième but sur une énième offrande de Fernando dans les dernières secondes. Comme tous ses compatriotes brésiliens, ce dernier tutoie l’excellence cette saison, mais elle préfère visiblement être vouvoyée.

Fernando est donc le vrai mentor de cette équipe, Gourcuff est trop beau pour être un gourou. Comme lors du 1-1 à domicile contre Grenoble et les défaites 1-0 à Marseille, Paris et Valenciennes… Triaud a gueulé et réclamé l’arrêt immédiat de telles performances. C’est le dernier dernier avertissement, puisque le dernier datait de Paris. Mais cette fois, Bordeaux ne s’est même pas fait voler. Chamakh regrette l’ambiance des cross UNSS de Tonneins.

A l’intersaison, Wendel n’intéressait que Naples. Inquiétant, mais il y avait pire : Wendel s’intéressait aussi à Naples.