Les intouchables : Gouverner, c’est Federer

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Pour sa 18e finale en 22 Grand Chelem,  le plus grand joueur de tennis de l’Histoire a aussi gagné le droit de rejoindre Michael Jordan dans le panthéon des intouchables du Vestiaire.

Le Vestiaire l’avait dit en fin d’année dernière, redit avant et après Monte-Carlo, Federer l’a répété : les observateurs de la balle jaune n’y connaissent pas grand-chose et débitent beaucoup de conneries. De Murray, Djokovic, Nadal, il n’en reste qu’un et c’est celui-là. Roger Federer était le meilleur, il l’est encore et toujours, il n’aura plus jamais besoin de le prouver. Techniquement, physiquement et mentalement, il est toujours au rendez-vous. Un seul être s’en était rapproché, jusqu’à le dominer ponctuellement voire régulièrement sur la dernière marche. Mais le palmarès ne ment pas.

Depuis Roland-Garros 2006, Nadal a manqué le rendez-vous des demi-finales à quatre reprises, les finales à six reprises, en treize tournois. Un peu beaucoup pour un prétendant au trône, mais surtout cela s’est passé sur ce qu’on l’on appelait sa surface, sur son Central, il a disparu en huitièmes de finales. Federer ne sait plus ce que cela signifie depuis 5 ans, Santoro depuis 37. Il n’y a pas de hasard dans le haut-niveau, ni de mononucléose. Le meilleur est là, comme toujours depuis si longtemps, les autres n’y sont pas. Plus qu’un exploit, c’est une logique de niveau.

L’alchimie physique

Il a l’air plus nonchalant, le grand Brabo aime plutôt « aérien ». Moins tonique que le petit Rafa, Federer anticipe où l’adversaire peut mettre la balle. Il est capable d’accélérer, de monter à la volée en une fraction de seconde. Ses courses défensives sont moins supersoniques que celles de Nadal, les offensives sont les meilleures. Avec sa technique, il peut prendre la balle tôt avec le moins possible de déchet. Gasquet, qui fait la collection des mutants en figurines, a toujours hésité à mettre celle de Federer sur la même étagère que Nadal. Il ne devrait pas : l’Espagnol n’a jamais battu Federer à l’usure physique. Et quand l’Espagnol n’est pas là, Roger fait du hachis avec les restes de Haas et Del Potro.

Un coup droit et rien de travers

Son coup d’attaque favori. Contrairement à Gasquet, il a résolu la difficulté d’avoir du talent. Avec moins de lift que Nadal, Federer sait attaquer dans tous les angles. Ses fameux missiles long de ligne rappellent à Tsonga que pour durer, il ne faut pas les réussir qu’un tournoi sur deux. Plus solide qu’en revers, sa main lui permet quelques coups gagnants aussi quand il est débordé.

Un caramel suisse

L’art de bien servir au bon moment. Safin aussi savait le faire, avec moins de finesse. Federer frappe fort, mais possède aussi des secondes balles variées comme personne. Dur à lire, son service lui offre la quasi assurance de marquer deux ou trois points par mise en jeu. Très difficile à breaker, comme Santoro. Et quand ça marche moins bien, ça finit toujours par marcher. Del Potro a fait 1.214 aces de plus, mais il a pris 6-1, 6-4.

Rangers de rixe

Federer sait faire déjouer tout le monde, Nadal sait faire déjouer Federer. Le Suisse sait tout bien faire : revers frappés, revers slicés longs ou courts, coups droits fulgurants, volées, premières balles puissantes, secondes balles variées, accélérations long de ligne ou court croisé, temporisations. Il sait aussi placer quelques attaques de coup droit en bas de filet lors des grandes occasions, mais ça ne dure jamais tout un match. Ca y est, Mathieu a compris.

Le coup du sombre héros

Au-delà de son jeu, de son physique, et de sa tactique, ce que Roland Garros 2009 a montré, c’est qu’il avait plus que jamais le mental le plus solide de toute l’Histoire du jeu. Sa confiance en lui frôle le surhumain, son orgueil est inégalable. Hormis notre spécialiste, on le voyait fini : élimination précoce à Monte Carlo, prise de pouvoir par le fantasme Nadal, il conclut en gagnant à Madrid.

Ses matches face à Haas, Monfils et Del Potro se situent aux frontières du réel. Face à Haas, environ 32 fois plus faible, il joue deux sets et demi avec le jeu de Rodolphe Gilbert. En une balle, il détruit mentalement l’Allemand et le charcute jusqu’à la fin du match. Face à Monfils, huit fois plus faible, il ne hausse pas particulièrement son jeu ce qui suffit à provoquer des fuites urinaires dans le short du jeune loup. Face à Del Potro, cinq fois plus faible, il retrouve son jeu de consultant lequipe.fr, et l’Argentin le tue à petit feu. Federer attend, stabilise, tient puis démonte Musclor qui finit sur les moignons. En clair, Roger donne confiance, avant de la retirer brusquement comme la femme à Chamou l’exige si souvent. Il ne  lui reste alors plus qu’à ramasser les morceaux. Et derrière, c’est cinq ans de psychanalyse. Del Potro n’aura hélas jamais battu Federer au sommet.

Federer n’aura pas eu besoin de battre frontalement Nadal à Roland pour le dominer. Le numéro 1 mondial n’a tout simplement pas encore la carrure. Il reste Wimbledon et l’US Open pour finir le match. Mais le match est déjà fini.

7 réflexions au sujet de « Les intouchables : Gouverner, c’est Federer »

  1. Très bel article du spécialiste tennis, à croire que son séjour au placard lui a fait le plus grand bien. Comme quoi le vestiaire ne fait pas que casser du sucre sur le dos de ceux qui le méritent, il sait aussi se mettre à la hauteur d’un Brabant ou d’un Jean-Pierre .
    Cependant, depuis ce Roland, Nadal me paraît plus sympathique, ça m’a fait de la peine pour lui. Roger est un artiste c’est pour cela qu’il mérite de reprendre sa place au sommet, mais Nadal est un bosseur chiant à regarder mais qui permet de mettre en lumière le talent de Federer.
    A quant un clashage en bon et du forme de Monfils, l’homme à la tête de ballon de baudruche gonflé à l’hélium ?

  2. Hi Hat > pas le deuxième puisque Nadal l’a réalisé l’an dernier.
    Lesagepoete > Nadal n’est pas qu’un bosseur chiant, il a beaucoup progressé ces dernières années et a su apporter des variations à son jeu. Il ne doit pas être si mauvais pour avoir réussi à ravir la première place à Rodgeur et il permet d’assister aux plus belles confrontations.
    Article sympa pour une bonne cause, faire contre-poids aux supposés journalistes qui envoient Federer en maison de retraite.

  3. -Je trouve le Vestiaire un peu dur avec Nadal, si ce joueur n a pas l elegance de Federer, depuis 2 ans, il attaque vraiment, et ne se contente pas de faire dejouer l adversaire (attendre la faute de maniere plus crue) comme le font Murray ou Simon. Il a toujours eu des difficultes contre les cogneurs capables d enchainer gros services et gros coup droit (Soderling, Tsonga a l Australie 2008, Berdych a une epoque)
    – Je trouve le Vestiaire un peu dur avec Del Potro. Peut etre que ce mec aura un destin a la Nalbandian (capable de battre tout le monde sur toutes les surfaces, mais mental et motivation suspects), mais sur ce que j ai vu a Roland, il a ecrase un Tsonga et Robredo, et meme en jouant tres bien (cf le 5e set) Rodger etait vraiment pas serein contre lui…
    Merci pour l article. Le Vestiaire ne pourrait-il pas reprendre, a la maniere de ce que vous faire pour CJeanpierre, les chroniques de Rodolphe Gilbert de L Equipe.fr Le mec s est plante sur pratiquement tous ses pronostics

  4. Encore Heureux que Féderer n’est pas en forme cette année, sinon Soderling aurait surement pris un set en finale…

    A se demander qui est spécialiste Tennis : Rodolphe GILBERT, Chamou, l’équipe de Stade 2 (qui voyaient Del Potro grandissime favori), ou le vestiaire…

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