Torres : You’ll never score alone

Si Sergi Rodriguez était vraiment socio du Barça, il se poserait une question : avoir battu l’invincible Barca de Ronaldinho en 2005 garde-t-il autant de valeur quand on découvre que Ronaldinho termine danseur de Flamengo ?

Quinze minutes d’éternité, même en prolongation. Sans prendre en considération la sensation d’être le cocu de Fernando Llorente, le quart d’heure de champion du monde de la carrière de Fernando Torres doit beaucoup à Villa. Amusant, un attaquant qui rate des occasions en finale de Mondial est finalement aligné d’entrée parce que lui au moins il s’en créé.

Par le passé, Torres aussi avait éprouvé cette toute puissance. C’était à l’Atletico, à une époque où le football européen existait encore, quand Giggs, déjà trentenaire, n’imaginait pas survoler la Ligue des Champions et faire trois passes décisives en quarts après avoir été mangé par Fanni en huitièmes. Ainsi Torres marquait des buts pour une noble cause : se qualifier en Europa League, même quand la Real Sociedad de Denoueix allait en C1.

RonaldNino

Mais pour grandir, il faut viser haut, ou en tout cas un peu plus haut. Le transfert à Liverpool sonne comme une évidence, un an après un Mondial 2006 moins raté que le suivant. Gerrard, qui ne digère toujours pas d’avoir gagné la Ligue des Champions avec Cissé, veut un grand attaquant pour gagner la Premier League. 4e, 2e puis 7e, l’avenir donnera raison à tout le monde. Même à Drogba, qui non content d’inscrire onze buts de plus que Torres la saison dernière, lui cèdera sa place six mois plus tard.

Sens du but, jeu en pivot, appels : un attaquant paraissait plus vieux que les autres hier à Old Trafford et Owen ne peut pas toujours jouer ce rôle-là. Torres reste quand même vice-meilleur buteur de Premier League 2008 en titre, en compagnie d’Adebayor. Il lui est même arrivé de flamber à Old Trafford et d’y gagner 4-1, ça a permis de ne finir qu’à quatre points du champion. Liverpool n’oubliera pas à qui il doit son seul titre depuis 2007, la Liverpool Senior Cup 2009. L’Atletico se console plutôt bien avec Aguëro.

Ligue des Champions : Lionel merci

Ils ont formé la meilleure équipe du monde pendant six ans, ils demandent juste à se faire éliminer dignement en demi-finale. On leur doit bien ça.

messi

Les huit vainqueurs des huitièmes ayant pu être prédits à l’avance, il est l’heure de se réjouir d’un peu de suspense. Aussi, nous ne révélerons pas que le Bayern, le PSG et Madrid seront en demi-finales. Mais quel(s) Madrid ? Saloperie d’incertitude du sport, et pour cause : en qui peut-on encore croire puisque Arsène n’en a pas pris 6 contre Manchester City ce week-end ?

On peut avoir confiance en Lionel Messi. S’il y a bien un joueur qui est capable de renaître alors que ça fait un an qu’il n’a plus le niveau dans les grands matchs, c’est bien lui. Ce sera encore plus beau contre l’Atletico, qu’il a déjà affronté trois fois cette saison, sans le battre ni lui marquer un but. C’est un soir à voir l’orgueil du champion, parce que c’est vrai que ça ferait con de se faire éliminer par l’Atletico. Pourquoi pas être devancé en Liga par l’Atletico en avril tant qu’on y est ? Ca reste l’Atletico, qu’il fasse jouer Falcao ou Diego Costa devant, ça reste le club qui a le stade pourri de Madrid au-dessus du périphérique et qui intéresse Valbuena. Dans le doute, si Iniesta n’a pas de poker prévu ce soir, Lionel ne serait pas contre un peu d’aide ; partir du milieu de terrain et dribbler toute la défense, il y a un âge où même Maradona ne peut plus le faire. Se faire éliminer par Simeone, c’est un coup à se faire appeler Aimar. Ou Neymar.

Pendant ce temps-là, on aurait aussi pu parler de Rooney qui va savoir s’il est réellement possible de se sentir orphelin de Van Persie. Mais il ne l’avouera jamais. Jamais.

Messi : Le Blau crâna

Une fracture du Xavi, ça prend du temps à cicatriser.


Depuis un mois, les dribbles du meilleur joueur du monde ne dribblent plus Mexès, ni Constant, ni Varane. Même Pepe a fini par lui prendre le ballon, sans emporter les ligaments des deux genous en caution. Alors, deux choix s’offrent aux très compétents experts médiatiques : soit la solution a été trouvée, tout à coup, pour savoir de quel côté il allait déclencher son dribble. Soit on ne peut pas, en fait, dribbler onze adversaires tout seul, juste parce qu’on a toujours le ballon collé au pied, que c’est magnifique, qu’on est inarrêtable. Même trois, c’est compliqué : un devant, un à gauche, un à droite, Gourcuff lui-même serait le premier à repasser par-derrière.

Xavi de bohème

Mais pourquoi n’y a-t-on pas pensé avant ? Ils étaient où, ces trois mecs, avant ? Occupés à autre chose peut-être. Comme éviter que Xavi ne voie Iniesta, éviter que Xavi ne pivote pour changer l’orientation du jeu, éviter que Xavi ne vienne s’insérer à côté de Messi après avoir vu un espace libre, éviter que Xavi ne fixe les cinq milieux adverses dans l’axe pour ouvrir vers Alves parti en diagonale dans le dos de la défense. A force de chercher la parade à tout ça, parce que Xavi ne perdait jamais un ballon, il y avait toujours la place, à un moment, pour qu’un nain argentin se retrouve face à un seul adversaire, et lancé, en plus. Il était quand même fort ce Messi.

Comme le Vestiaire l’explique depuis toujours, Lionel Messi n’est pas celui que vous croyez. Il n’a pas 25 ans mais 33, ne joue pas attaquant mais milieu de terrain. Et il ne s’est pas gavé d’hormones de croissance durant toute sa jeunesse donc ses tendons d’Achille ne témoigneront pas au procès Puerto.

Barça-Real : A tort Karanka

Mourinho n’ayant pas le droit de communiquer, son adjoint s’est chargé de foutre le match retour en l’air.

Combien de saisons reprochera-t-on à Karanka d’avoir oublié Benzema hier soir ? C’est bien sans le seul attaquant de pointe madrilène ayant marqué le week-end dernier, et le seul aussi à avoir autant marqué en C1, sans doute le seul aussi à avoir marqué en 2011, que l’adjoint a choisi de commencer et de finir le match retour au Camp Nou. Quel adjoint reproduirait ce qui a conduit son supérieur à saboter le match aller ? Probablement un adjoint, plutôt mauvais entraîneur, dont on relatera bientôt un clash avec Benzema.
L’essentiel n’est pas là, ou plutôt si l’essentiel est là mais ce n’est pas tout. Ozil était aussi de la partie, donc c’est au tandem Kaka-Higuain qu’on a confié le plus grand exploit de l’histoire de la Ligue des Champions. Dit comme ça c’est plutôt amusant, sur le terrain les accélérations d’Higuain l’ont aussi été. Les accélérations de Kaka pas mal non plus. Tout n’est pas de leur faute : il faut vraiment être adjoint pour relancer deux grands blessés ce jour-là, et en plus leur demander de défendre. Pas si con : attaquer, ils ne peuvent plus et tout le monde le savait déjà. Pour eux, défendre ne pouvait donc durer qu’une mi-temps, ça a duré 30 minutes. Heureusement Villa et Pedro n’étaient toujours pas Henry et Eto’o. Cristiano ? Toujours pas Messi. Ou alors ce Daniel Alves est plus fort que le France-Brésil amical de février ne le dit.

Camp Mou

C’est certainement fou de rage que Mourinho a accueilli le remplacement d’Higuain, qui y avait été de son petit but refusé. Et oui quand un arbitre  tend le bras ce n’est pas pour faire allégeance aux régimes totalitaires. Faire rentrer Adebayor est humiliant, mais pour qui : Benzema, le mètre 73 de Mascherano ou Adebayor ? Pas pour Ozil, qui lui est rentré : une chance que la Ligue des Champions autorise un deuxième remplacement, le Real les a tous utilisés. S’ils avaient égalisé, ils auraient probablement voulu en inventer un troisième pour faire entrer Benzema. Histoire, soyons fous, de jouer la qualification. Mais rien ne s’est passé comme prévu, à cause de l’arbitre qui aurait quand même dû accorder une faute à Ronaldo et mettre trois rouges à Adebayor. Là ça aurait eu de la gueule. Mais Karanka c’est pas Mourinho, ou si peu. Les deux risquent de sauter en même temps alors ?

Les questions interdites : Le Milan AC a-t-il arnaqué Bordeaux ?

Ecuss

Comment Bordeaux a-t-il pu dominer le football européen en jouant à dix depuis le 15 août ?

C’était le 16 mai dernier. Le Vestiaire expertisait le début de carrière du nouveau Zidane : « Et pourtant, sa valeur réelle est peut-être beaucoup plus grande, mais pour la connaître précisément, il faudra attendre l’arrivée des Girondins en huitièmes de finale l’année prochaine. » Pour l’anecdote, Bordeaux à l’époque n’avait pas débuté sa campagne européenne et n’était même pas qualifié pour les huitièmes. Par chance pour notre spécialiste, ils y seront dès ce soir.

Si Laurent Blanc décide une nouvelle fois de ne pas se passer de Gourcuff, il prendra le plus gros risque de sa carrière, depuis ce réflexe hasardeux sur la paumette de Bilic : jouer un grand match à 10 contre 11. Evidemment, cela n’a jamais gêné les Girondins, habitués à ce handicap depuis cette vilaine blessure contre Nice à la 71e minute de la 3e journée de Ligue 1. Bordeaux peut même, bien sûr, remporter la Ligue des Champions en infériorité numérique, Messi, Rooney et Ballack obligent. Mais rien n’est certain, Planus et Chalmé obligent.

Mais Laurent Blanc a-t-il le choix ?

Doit-il pour la 34e fois consécutive s’infliger un joueur de génie à 15 millions d’euros ? Faut-il tenir compte de ses 90% de mauvais matches en équipe de France, ses deux saisons pourries à Milan et surtout ses onze matches qui comptent réussis avec Bordeaux en un an et demi ? Faut-il se focaliser sur 9 gestes qui rappellent vaguement Zidane, 3 Platini, 254 Ziani et 1171 Corentin Martins ?

Gourcuff a-t-il le choix ?

Pour la destination de sa prochaine passe décisive dans le jeu, Brême ou Villareal devraient suffire. Pour situer son réel niveau, Chamakh n’ose même plus parler de leur feeling, d’ailleurs il ne donne plus d’interview. Mais qui oserait dire qu’il n’a jamais eu le niveau ? Ses buts, ses passes, ses contrôles, ses dribbles contre le PSG attestent d’un niveau, sa panenka ratée d’un autre et les performances d’Higuain d’un troisième. Une typologie est toujours utile pour expliquer les frappes de 35 mètres qui ne dépassent plus les 16 mètres, les coups francs dans les tibias des adversaires, les passes en profondeur millimétrées pour toutes les charnières centrales de Ligue 1 et les roulettes qui ne trompent plus Diego Perez ni Damien Marcq. Pour devenir un grand joueur, faut-il être bon tout le temps, parfois, ou rarement et si possible qu’en championnat national ?

Notre spécialiste a très tôt signalé l’insuffisance du jeune homme, plus à l’aise en photo que sur le terrain. Il lui avait même conseillé d’essayer de faire ses preuves pendant une deuxième saison au moins à Bordeaux, sans même oser imaginer ces cinq buts dont deux doublés en août, et ces six passes dont deux doublés. Décisif lors de sept matches de Ligue 1, c’est la définition du meneur de jeu moderne, Meriem est parti l’apprendre en Grèce. Il y a aussi ce but contre le Bayern, de la tête : cette saison, ça n’impressionne ni Ciani, ni ses talonnades. Le temps imparti est presque écoulé, Bordeaux a désormais des grands joueurs à presque tous les postes sauf en numéro 10, Planus oblige.

Bordeaux a-t-il le choix ?

Le problème Gourcuff est plus important qu’il n’y paraît. Avoir un joueur moyen dans son effectif, ça arrivait à Barcelone l’année dernière. Mais Puyol n’était pas indispensable. Avoir un joueur nul dans son effectif, ça arrivait à Barcelone l’année dernière. Mais Abidal ne servait à rien.

Gourcuff, lui, ne coûte pas que par son niveau, il coûte aussi à ses camarades, aussi influençables que la presse. Bordeaux joue mieux quand Gourcuff est là, c’est la règle depuis son arrivée. A 15 millions, tout le monde a fini par croire la théorie du leader technique. Mais ces dernières semaines, le volume de jeu de l’ancien nouveau Zidane est devenu équivalent à celui du vrai Zidane dans le Madrid d’aujourd’hui. S’il avait su, il se serait fait faire une réplique de la Coupe du Monde pour célébrer sa passe décisive pour Chamakh à la dernière minute de Lyon-Bordeaux, chacun ses moments de gloire. Le problème devient donc insoluble, et à ce rythme Chalmé et Planus se rendront bientôt compte que leur boulard survivra à l’absence de Gourcuff. Lequel rendrait aujourd’hui plus de services à son club sur le banc, un peu comme Higuain en Ligue des Champions.

En refourguant Gourcuff à Bordeaux, Milan a réussi le plus gros coup de ces vingt dernières années depuis la signature de Papin. Ca n’avait pas suffit à empêcher l’OM de remporter la C1, cela suffira-t-il à empêcher Bordeaux de la gagner ? Ronaldinho dit que les termes sont différents. Qu’en pense Gourcuff ?