Football, Bilan, le grand Lyon : La décote du Rhône (3/3)

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Le Vestiaire publie le vrai bilan de Lyon, celui que les sept titres de champion de France et même une misérable Coupe de France ne masquent pas. L'OL se trompe d'ambition depuis des années. Et feint de s'étonner de cette vérité : Lyon n'est pas un club populaire et l'Europe oubliera cette génération. Dernière partie, la culture club.

La phrase date d'il y a à peine un mois. Avant de recevoir Caen pour un glorieux nul (2-2) à Gerland, Grégory Coupet, en bon gardien du temple protestant, a rameuté les troupes. Dans une absconse référence à rien, il a lancé un vibrant appel aux valeurs lyonnaises. De quoi parlait-il ?

Les versions ont divergé. Benarfa pensait aux Twingo sport offertes à chaque joueur de l'effectif. Coupet a songé à sa coupe de cheveux reproduite sur les têtes de jeunes gardiens dans les OL coiffure, avant que Cris ne l'en dissuade d'une vanne bien sentie. Juninho, à part ses coups francs, ne voit pas. Il a raison : faute de titres majeurs, faute d'exploit, faute de matches d'anthologie qui fondent l'histoire d'un club, faute d'un style de jeu unique, le football à la lyonnaise est, comme nous l'avons démontré, avant tout un modèle économique. « Et le premier titre, acquis contre Lens ? » pourrait rétorquer Olivier Blanc, directeur de la Pravda OL. Quand Jean-Guy Wallemme joue en face, ça ne compte pas.

Frustre ration

Les éliminations en coupe d'Europe sont particulièrement révélatrices. Passons les deuxièmes vies européennes en UEFA après un premier tour raté en Champion's League, où les ténors Denizlispor et Slovan Liberec étaient vraiment trop forts. Dans la grande C1, Lyon étrille notamment le Bayern, un exploit en guise de marche pied vers la gloire d'une élimination à Moscou le match suivant (2000-2001). Rebelote deux ans plus tard, souffle l'infâme Smaïn : après une victoire à l'extérieur contre l'Inter, Lyon peste contre l'arbitrage face à l'Ajax pour masquer le désastre de ne pas se qualifier dans un groupe facile (2002-2003). De progression, il n'y eut pas malgré les apparences en 2003-2004, où le quart de finale contre Porto fut aussi laborieux que la finale de Monaco. Lyon n'avait alors pas de quoi rivaliser, et certainement pas l'état d'esprit. L'année suivante, ils avaient de quoi rivaliser, mais toujours pas l'état d'esprit. Sauf si celui-ci consiste à déclarer après coup que le PSV n'était pas plus fort, que Nilmar aurait dû obtenir un penalty. A omettre de préciser qu'un vrai attaquant buteur n'aurait pas été de trop et que le 1-1 de l'aller à Gerland avait sanctionné une prestation aussi rythmée qu'un 100 m de Pascal Delhommeau. Milan l'année d'après, à San Siro, Rome à l'aller en 2007 et Manchester cette année ont été d'une constance toute lyonnaise : l'équipe se fait éliminer sans avoir su saisir sa chance. En France, contre les tocards, Lyon gagne sans forcer. Quand il faut tout lâcher, pousser parce qu'on est dos au mur, Lyon calcule, gère, et regrette systématiquement le match aller.

Bouton pression

Si les onze lyonnais avaient un maillot de Liverpool sur le dos, le public ne chanterait peut-être pas aussi longtemps « Who doesn't jump is not lyonnais, yeah ». L'OL a beau se targuer de son public, il est aussi enthousiaste que Valeri Lobanovski un jour de grêle. Le seul facteur qui peut changer le cours d'un match, dans ce grand OL, aura été les coup-francs de Juninho avant qu'il n'atteigne la quarantaine. Suffisant pour éliminer le Celtic Glasgow en jouant avec Berthod, mais pas pour un vrai exploit. Le public lyonnais aurait dû se révolter dès la saison dernière. Aulas a beau rappeler que le public est gâté et qu'il ne faut pas être trop exigent, c'est tout simplement la condition d'un grand club. La pression médiatique et populaire autour de Lyon est encore à des années lumières de celle de Marseille. Des supporters virulents, c'est une force et une faiblesse. Aulas préfère tout aseptiser. Résultat, Govou ne sait pas plus ce qu'est la pression qu'une offre de transfert.

Aulas, qui idolâtre certainement Mourinho, joue aussi le rôle de bouclier médiatique. Sauf que la situation n'a jamais profité au club jusque-là. Les joueurs ont tellement faim de titres qu'ils auraient fêté un 0-0 à Manchester au balcon de l'hôtel de ville place Bellecour. Il manie l'art de la provocation, il donne des leçons à la Ligue et titille la moustache du VRP Thiriez. Juste pour détourner l'attention ou écraser les autres. L'image qu'il renvoie de son club est aussi peu attrayante qu'une prestation de Zidane au poste de commentateur. Le président lyonnais est depuis longtemps démasqué. Il n'effraie plus quand il menace de ne pas jouer une demi-finale de Coupe, ne convainc plus quand il traite Abidal de Grosso merdo. Quant à sa réputation de négociateur dur : il a vendu cher mais gardé personne, et surtout pas Essien qui boudait.

Le système Aulas ne marche plus. Soit il part, soit il laisse la main sportive à un manager. Pas Gérard Houiller, cette fois un vrai, un compétent, un qui tient son groupe et qui ne se fait pas licencier par les joueurs. Lyon a une génération exceptionnelle qui émerge et une puissance financière qui met Fred en appétit. Reste à trouver un entraîneur, enfin. Et un successeur à Juninho.

Retrouvez les parties 1 et 2 de notre grande enquête

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