Révélations, 12 juillet 1998 : Aimé et le pacte secret (1 et 2/2

Le 11 juillet 2008, Le Vestiaire racontait la scène la plus secrète de la vie des bleus champions du monde. Aujourd’hui, à l’occasion du premier et dernier match de la nouvelle ère, nous vous faisons revivre ces instants hors du temps, légendaires. Voici pourquoi l’équipe de France de football est morte, voici comment elle pourrait renaître un jour.

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La France est championne du monde depuis quelques dizaines de minutes, l’euphorie s’est emparée de chacun de nous, on subodore déjà ce que sera dix ans plus tard l’effet Tsonga. Un homme garde cependant la tête froide, malmené depuis deux ans par une partie de la presse. Il tient là sa revanche, qu’il vient de transformer en vengeance après avoir cassé la gueule de Jérome Bureau sous le regard ébahi et donc naturel de Pascal Praud. Aimé Jacquet sonne le rassemblement.

Vestiaires du Stade de France, 23h45

Aimé Jacquet se tourne vers Henri Emile et lui glisse : « Fais les sortir ! » Le ton est monocorde, mais très ferme, le regard figé en direction de certains, en trop dans cette réunion entre champions du monde.

Mimile s’approche des hommes visés, feignant une timidité de circonstance : « Vous pouvez nous laisser entre nous ? » Un peu interloqués, mais respectueux de la logique maison, Lama, Charbonnier, Diomède et Guivarch s’exécutent. Ils ont compris, l’avenir se passera sans eux. Au moment où le gentil Lionel s’apprête à fermer la porte sur sa carrière, Aimé ajoute : « Toi aussi, mon fidèle Henri. » Le baiser de Judas.

Il sont donc 18 plus Roger Lemerre et Mémé. Zidane, le président du club, est dans un coin. Il se frotte la tête, ne comprenant pas complètement pourquoi elle s’est comportée de la sorte ce soir. En bon cancre, il n’écoutera pas grand chose du discours, ce qui expliquera l’opposition future au moment de son vrai faux départ.

Encadrant le groupe, il y a les entraîneurs adjoints : Desailly, Blanc et Deschamps. On entend par a-coups les gloussements de Pirès, hilare, qui joue dans la douche avec son pénis. « T’as vu Titi, je fais de la guitare ! » Henry, d’habitude si bon camarade pour faire plaisir à Roby, ne bronche pas, trop occupé à se foutre de la gueule de Candela : « Qu’est-ce tu fous là toi ? Y’a plus de match, c’est trop tard. Si ça se trouve, tu joueras peut-être la prochaine… Si on veut bien t’amener. »

La liste

Soudain, Jacquet prend la parole. Après les banalités de rigueur, il passe à des choses plus profondes, plus concrètes, plus sybilines : « Les gars, je vais partir. C’est l’autiste qui va me succéder », dit-il en montrant Roger Lemerre qui, l’air ahuri, comme depuis sa naissance, hoche la tête de haut en bas, puis de bas en haut. « Il n’est pas méchant et ne vous dérangera pas trop. C’est bien pour les médias, ils vont penser « continuité ». Rassurez vous, je ne vous laisse pas tomber. Marcel, prends ça, mais tu ne l’ouvriras que dans deux ans. »

Desailly, qui n’en fait toujours qu’à sa grosse tête, récupère l’enveloppe, l’ouvre, et au moment où il entrevoit un mot, Jacquet lui balance une torgnole. « Tu dois m’écouter, sinon vous perdrez. » Desailly, qui s’est fait expulser quelques minutes plus tôt, n’a pas encore digéré toute la préparation médicale ingurgitée depuis deux mois. Il rétorque : « C’est quoi ce bordel, on va pas prendre Anelka ? Pourquoi pas rappeler Papin et Canto ? »

Desailly a saisi, il tient dans sa main la sélection pour l’Euro 2000. « Ne dis pas n’importe quoi, il y aura Nico, car c’est le meilleur, et il y aura même Duga. » La phrase fait mouche, tout le monde émet d’abord un rire fougueux, qui devient rapidement nerveux. Ce n’est pas une plaisanterie, Aimé ne plaisante jamais. Un vent glacial s’empare du vestiaire. Même Zizou, qui a vaguement entendu le nom de son pote, parait tracassé. Duga lui non plus n’est pas convaincu par l’idée. Jacquet va les convaincre.

La succession

-« Croyez le ou non, mais Duga est un très bon joueur. » Devant le scepticisme général, il sort une VHS intitulée La chèvre. Il la rentre dans le moniteur, appuie sur play. Thuram est déjà en train de distribuer le popcorn que Pirès va cracher sur ses camarades durant de longues et interminables minutes. Mais même Karembeu qui attend une livraison de prostituées, a besoin de rire après tant d’émotions. La vidéo, ce ne sont pas les exploits de Pierre Richard mais bien ceux de Dugarry, depuis le début de sa carrière et le moins que l’on puisse dire, c’est que ça ne manque pas de sel. Bordeaux (malgré 2 beaux buts), Milan, Barcelone (images très rares), Marseille, l’équipe de France : on rigole beaucoup. Desailly propose même de la mettre en vente. Et puis, Aimé appuie sur stop: « Vous verrez, on pensait que vous étiez nuls, on est champions du monde. Pour Duga aussi, j’aurai raison. »

Il reprend : « Désormais, vous êtes devenus ingérables. Vous allez vous la péter, même toi Liza, avec ton corps de bébé. Tu vas devenir un beau garçon, très convoité. La meilleure solution est l’autogestion. Marcel, Didier, Laurent, votre formation est terminée, c ‘est vous qui allez me succéder. Mais attention, pour réussir, il y aura quatre règles auxquelles il ne faudra jamais déroger :

– la retraite doit être prise à l’heure

– on ne peut pas jouer tous les matches d’une saison et être performants en compétition,

– Zizou est indispensable, et il ne doit partir que lorsqu’il aura trouvé son successeur à la présidence, même s’il doit jouer jusqu’à 50 ans. Sinon, vous ne passerez pas les quarts de finale, si jamais vous avez réussi à vous qualifier.

– laissez toujours le sélectionneur officiel en première ligne, mais il ne doit jamais rien décider.

D’ores et déjà, Youri, Didier, Laurent, Marcel: Dans 2 ans c’est fini. Voyez avec Zizou pour la suite. Mais Lilian ou Pat voire Titi ça peut faire l’affaire. Pas les autres. »

Les autres

Au fond du vestiaire, plusieurs joueurs sont livides : Boghossian, Karembeu, Leboeuf, Petit et Trezeguet. Jacquet ne leur a pas adressé une seule fois la parole. « Pourquoi ? » se demandent-ils.

Boghossian tente une contre-attaque, vaine comme tout ce qu’il fera par la suite. Jacquet ne le voit pas, on ne saura jamais s’il savait qu’il était présent ce jour-là. En plus, Aimé s’en fout complètement. On ne le reverra que sur le plateau de 100% foot 9 ans plus tard, toujours aussi transparent. A-t-il rejoué au foot entre temps ?

Par contre, l’interrogation des autres ignorés va trouver rapidement réponse. Jacquet est ennuyé, il comptait conclure. Ils ne vont pas le regretter.

« Pour vous, je ne sais pas trop ce que vous allez devenir. Mais j’ai un conseil pour chacun, car je vous aime bien, à part toi Franck. Tu es con, prétentieux, et vieux. Pars vite et ne reviens pas, t’as plus le niveau pour continuer.

Christian, tu m’inquiètes. Débarrasse toi des salopes qui t’entourent, elles vont niquer ta carrière.

Manu, tu le sais, tu es taré. Si tu fermes ta gueule, tout ira mieux que si tu l’ouvres. Ne reste pas trop longtemps dans le monde du foot ça t’évitera les conneries.

David, tu es le plus grand avant-centre que j’ai connu, mais tu es un joker. Ne revendique jamais une place de titulaire et n’entre jamais en concurrence avec Thierry. Sinon, il pourra plus te protéger en sélection. »

Pirès, toujours pas rhabillé, continue à faire le tour du vestiaire en courant et hurle : « Regardez, je muscle mon jeu! »

2 réflexions au sujet de « Révélations, 12 juillet 1998 : Aimé et le pacte secret (1 et 2/2 »

  1. Un plaisir à relire. Tout le contraire du match d’entraînement de cet fin d’après midi. Avec un Domenech show qui continue bien mis en lumière par Astorga.

    Question de DA : Je ne sais plus l’intitulé mais vous vous doutez du contenu : un truc bien lèche-cul et aucune allusion sur ce match pathétique.

    Réponse de RD : …. (Silence) … 3 points. S’ensuit une tirade aussi fade que le jeu d’Escudé.

    Bon sang, mais comment se fait-il que Raymond n’a pas encore été invité chez Drucker ?

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