2000ème article, french flair (2/2) : Le French Ver

La première partie de notre enquête est à lire ici. La suite d’après vous elle est où?

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En tant que téléspectateurs exigeants, nous ne laissons généralement à nos représentants, quelle que soit leur discipline sportive, que trois options : la gloire temporaire pour une victoire, la gloire éternelle pour une défaite en finale, le mépris pour tout autre résultat. A la différence du commun des autres supporters, le rugbyphile initié au French Flair n’attend pas simplement de son équipe qu’elle gagne. Il veut qu’elle gagne AVEC PANACHE, en respectant les enseignements du French Flair. Quand les Anglais, peuple vulgaire, se satisfont d’un titre de champion du monde acquis à la force d’un jeu d’avants tout moche et d’un buteur tellement régulier qu’on se faisait chier, un esthète de l’ovalie comme Richard Escroc refuserait de gagner le Challenge Européen grâce aux horribles charges de Mathieu Bastareaud, dont la brutalité et surtout l’efficacité mettent terriblement en danger les valeurs du French Flair. Le type, qui se dit expert rugby, pense SERIEUSEMENT que seuls les courses chaloupées et les cadrages-débordements de Gaël Fickou peuvent mener le XV de France vers les lendemains et les troisièmes mi-temps qui chantent. Faudra penser à l’emmener voir un match, un jour. Et puis il nous filera sa recette de space-cake, l’ami Richard, parce que quand on en est à ranger Julien Puricelli et Fabien Barcella parmi les glorieux anciens du XV de France (si si, regardez), c’est que c’est de la bonne. Il doit mettre de la Mongolienne.
Le concept de French Flair vous parait déjà un peu prétentieux. Une fois replacé dans son contexte, celui du rugby d’après 1995, vous allez voir qu’il est incroyablement con. Contrairement à Richard qui fait la sieste devant les matchs du Top14 (voilà une chose qu’on ne pourra pas lui reprocher), vous vous êtes peut-être aperçu que les défenses atteignent un niveau d’organisation assez machiavélique. Quand il suffisait à Guy Boniface ou à Jean Dauger de battre un défenseur pour marquer, il faut aujourd’hui passer au moins trois rideaux pour voir l’en-but. Et comme dans les jeux vidéo, plus on est près de la fin, plus ça devient difficile. Il faut d’abord franchir le niveau du méchant pilier de 125 kg et qui court à 30 km/h, appelons-le Gurthrö Steenkamp, qui menace très sérieusement de vous arracher la seule tête que vous avez. Vient ensuite le niveau 2, celui du flanker que nous appellerons Gherard Vosloo, qui revient en travers pour vous couper en deux. Pour les survivants, le niveau 3 est celui de l’arrière, n’importe lequel, qui attend tranquillement pendant que ses ailiers referment le piège et vous poussent à faire une mauvaise passe ou à garder le ballon au sol. Ces trois barrages posent de sérieux problèmes à tous les joueurs qui ne s’appellent pas Wesley Fofana, et ils sont nombreux. Inutile de préciser que chaque équipe dispose d’un spécialiste de la défense, qui passe une vie de merde à regarder des animations 3D sur un ordinateur et à décrypter toutes les combinaisons utilisées par l’équipe adverse au cours des 25 dernières années, entrainements compris. Marquer un essai est devenu un exploit, qu’il soit personnel ou collectif. Et cet exploit, non content d’être réalisé, devrait en plus être le fruit d’un heureux hasard, d’un grain de folie génialement français, d’une tentative suicidaire de cadrage-débordement. Incroyablement con, non ?
Et pourtant, certains s’acharnent à chercher du talent là où il y a principalement du travail. Après les Google Glass, voici les French Flair Glass : un peu comme des lunettes 3D, quand on les porte, on voit tout en French Flair. Quand Gaël Fickou profite du travail de toute une équipe et fait une demi-feinte de passe pour éliminer le dernier défenseur qui était déjà dans le vent, Richard y voit du French Flair à l’état pur. Sorry Richie : les rares fois où ce fameux hasard fait son apparition, il n’est qu’une illusion. Les crochets de Brice Dulin, si prodigieux, si déroutants soient-ils, sont TRAVAILLÉS quotidiennement. Les changements d’appuis de Wesley Fofana sont RÉPÉTÉS jusqu’à plus soif. Les en-avant de Thierry Dusautoir sont minutieusement PRÉPARÉS à l’entrainement. Et ça marche pour plein d’autres choses de la vie. Laurent Ruquier n’invente pas ses vannes en direct. Les filles ne sont pas aussi belles au naturel. Laurent Ruquier non plus n’est pas aussi belle au naturel.
Le French Flair, c’est le Père Noël à l’envers. Y’a vraiment que les vieux pour y croire.

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