Enquête : dopage et cancer du testicule

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Vous avez été très nombreux à réagir à notre article du 29 juin 2007 annonçant la tumeur contractée par le coureur de la Française des jeux Sébastien Joly. « Faut-il se doper pour attraper un cancer ? », s’est interrogée Anna, « consternée par cet amalgame honteux ». « Surpris par tant de candeur et de naïveté », Saint-Rambert lui a récemment répondu : « Qui peut encore penser que le sport de haut niveau n’est pas aujourd’hui complètement gangrené par le dopage ? Seb n’est pas différent des autres coursiers de son époque… »

Afin de lever ces doutes, l’équipe du Vestiaire s’est penchée sur le cancer du testicule et ses liens éventuels avec une pratique dopante. Voici le fruit de son enquête :

On compte en France, chaque année, entre 1.500 et 2.000 cas de tumeurs germinales du testicule, soit à peine 1 % des cancers. Il s’agit néanmoins du cancer le plus fréquent chez l’homme entre 15 et 35 ans. La cryptorchidie (absence d’un ou des deux testicules dans la bourse) est l’un des seuls facteurs de risque formellement identifié avec la diminution du volume testiculaire. L’origine géographique et ethnique, des anomalies génétiques, l’alimentation ou la pollution pourraient également avoir une influence.

A ce jour, aucun lien direct n’a jamais été établi scientifiquement entre le dopage et l’apparition d’un cancer du testicule. Il convient néanmoins de s'attarder sur certains éléments :

Selon une récente étude australienne, le dopage à la testostérone pourrait affaiblir les défenses immunitaires contre les infections, voire à long terme contre le cancer. Une analyse publiée l’an passé dans les colonnes de la revue scientifique Current Sports Medicine Reports met par ailleurs en évidence l’influence de la prise de stéroïdes sur l’apparition de cancers du foie, du rein et de la prostate. Et il est prouvé que le recours à la testostérone diminue la spermatogénèse et la taille des testicules (tiens, tiens)…

Des accusations troublantes

Greg Strock, ancien coéquipier de Lance Armstrong dans l'équipe américaine junior, accuse l'entraîneur national de 1990, Rene Wenzel, de lui avoir administré à l’époque des produits interdits (dont de la cortisone) sans contrôle médical. Strock affirme que la prise à long terme de cortisone est la cause d'un déficit immunitaire qui l'a conduit à arrêter sa carrière. Etudiant en médecine à l'université de l'Indiana, l'ancien coureur avait aussi déclaré lors d'une interview qu'il n'avait aucune raison de croire avoir subi un autre traitement que ses coéquipiers de l'époque. Il y voit également une relation directe avec la maladie d'Armstrong, sans citer le nom de son ancien coéquipier : « Des études médicales ont prouvé que ce virus est en complète corrélation avec un cancer des testicules. »

Erwann Menthéour n’est pas plus rassurant. Il explique qu'il a cessé de courir en 1997, après avoir vu un ami, à l'hôpital, atteint d'un cancer aux testicules : « On était tous au courant. Dans ce sport, le dopage a été désacralisé. C'est devenu culturel. En prendre, c'était satisfaire les exigences du métier. A 20 ans, si on m'avait dit : si tu bois un litre de gasoil, tu gagnes le Tour de France, j'en aurais bu deux pour en gagner deux ! »

Patrick Laure, médecin du sport au CHU de Nancy, est également l’auteur d’un texte sans équivoque dans le Libération en date du 27 novembre 1999 : « Les pratiquants en arrivent parfois à des comportements extrêmes. Comme recourir à tous les produits possibles, y compris la fameuse EPO, mélanger six à sept hormones différentes, utiliser des doses dépassant 500 fois les maximales préconisées, avaler 60 cachets par jour, s’injecter des produits vétérinaires pour chevaux ou bovins, s’approvisionner sur le marché clandestin sans discernement (il y a peu, la contrefaçon d’un stéroïde anabolisant contenait un nettoyant pour plastiques automobiles). Ces comportements se payent souvent au prix fort en termes de santé : cancer des testicules, troubles psychiques graves, infarctus du myocarde, embolie pulmonaire, voir décès brutal. »

Enfin, laissons la parole à un autre grand « déballeur » en chef, Philippe Gaumont, ancien de chez Cofidis : « Lance Armstrong est un grand athlète. Voyez son palmarès. Mais gagner sept fois une épreuve comme le Tour de France quand on a eu un cancer des testicules, c'est de la magie… »

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De nombreux cas

Beaucoup de sportifs de haut niveau ont ainsi montré des talents certains de prestidigitateurs, quand bien même, on le rappelle, le cancer du testicule ne représente paradoxalement que 1 % des cas… Voici une liste non exhaustive :

Niklas Axelsson (cyclisme). Contrôlé positif à l'EPO à l'occasion des championnats du Monde 2001, le Suédois découvre cinq ans plus tard, à la suite d’une visite médicale de routine, qu’il souffre d’un cancer du testicule.

Bobby Moore (football). La légende du football anglais a contracté un cancer du testicule en 1964, deux avant de soulever la Coupe du monde. Le secret ne fut révélé qu’après la retraite sportive du joueur, mort à 51 ans d’un… cancer.

Steve Scott (athlétisme). Deuxième des championnats du monde d’Helsinki (1983) sur 1.500 m (3’41’’87), l’Américain a contracté dix ans après un cancer du testicule. Remis d’aplomb après une chimiothérapie, il est aujourd’hui l’un des meilleurs coureurs vétérans de son pays.

Tony Marsh (rugby). Déjà opéré d’une double pubalgie en novembre 2002, le Franco-Black se voit surtout diagnostiquer un cancer du testicule en mars 2003. Son ablation ne lui permettra jamais de revenir à son meilleur niveau clermontois.

Arjen Robben (football). Transféré en 2004 du PSV Eindhoven au club anglais de Chelsea, le Néerlandais apprend cette année-là qu’il souffre d’un cancer du testicule, dont il a dû être opéré.

Mais aussi… Pierre Dorez (triathlon), Mark James (golf), Bob Champion (équitation), Kevin Hall (voile), Michael Wilson (base-ball), Simon Parke (squash), Eric Peters (rugby), Alan Stubbs (football), Scott Hamilton (patinage), Phil Kessel (hockey sur glace)…

Le nom de Sébastien Joly y est donc désormais associé. Nous lui souhaitons sincèrement un aussi bon rétablissement que Lance Armstrong.

12 réflexions au sujet de « Enquête : dopage et cancer du testicule »

  1. Bonjour,

    Suite à différentes prises de positions sur le sujet « Plus Joly, tumeur », j’ai été contacté par téléphone par Sébastien Joly lui-même, ce qui ne m’a pas géné, car je n’avançais pas « franchement masqué » dans ce forum, et Sébastien qui n’est pas sot m’a rapidement identifié. J’ai été néanmoins surpris qu’il m’appelle en ce moment, car j’imaginais qu’il avait « d’autres chats à fouetter ». Nous avons eu une discussion très cordiale, dans laquelle il m’a expliqué qu’il vit très mal les attaques dont il est victime actuellement, ce que je déplore, mais je reconnais que j’avais oublié que les sportifs vivent en général de manière « très auto-centrés » sur leur petite personne, et que leurs priorités, dans cette bulle, ne sont que très rarement celles de monsieur tout-le-monde. Il m’a affirmé -il a toute légitimité pour un droit de réponse- que son cancer était d’origine physiologique, et que c’est une des raisons qui ont fait qu’il a communiqué à cet égard. Il n’est pas d’accord avec moi quand j’évoque un entourage qui l’aurait « poussé » à réussir, mais ne peut nier la présence de personnage tordu dans le club où il a couru tout jeune. Il affirme avec forces et convictions n’avoir jamais eu recours à de quelconques produits dopants, et s’estime ne pas devoir être mis dans le même sac que les autres, à l’instar de l’analyse que j’effectuai à son sujet, analyse que j’aurai n’anmoins pu faire avec d’autres cas que je connais ou que j’ai connus par le passé…Séb Joly véhicule aussi beaucoup d’espoir quant à un assainissement global de ce milieu. Je ne partage pas cet avis. Je lui ai aussi expliqué que je n’étais pas là pour le stigmatiser, mais pour essayer d’expliquer ce qu’est l’itinéraire de beaucoup de sportifs de haut niveau aujourd’hui. Voilà, je lui ai quant à moi réaffirmé tout mon soutien dans son combat.
    En sortant du cas Joly, et après avoir lu l’interview de Lemond qui semble avoir pris beaucoup de recul quant au milieu cycliste -il était déjà atypique quand il courait…comme pouvait l’être Rocheteau dans le football (cf interview dans le même journal) -, je reste convaincu que tant que le ménage n’aura pas été fait parmi les directeurs sportifs et journaleux qui ont eu des pratiques dopantes dans leur carrière, nous ne pourrons rien espérer. Certains coureurs pros estiment ne pas se doper, mais en général, ils se « soignent » quand même (réajustement hormanal,corticoïdes…etc) comme le dit Lemond. Se soigner dans le cyclisme est admis par quasiment tous les staffs techniques clubs amateurs/équipes pros, et se pratique avec la même banalisation que consommer du chocolat à la fin d’un repas ou boire une bière par une chaude après-midi d’été. Et là, l’éthique est déjà foutue…

    Bref, verra-t-on un nouveau Moser- le colombien, pas l’italien qui battit autrefois le record de l’heure à 39 ans préparé par Ferrari après avoir arrêté sa carrière-, voler dans les Pyrénées comme dnas l’étape de Briançon?

    J’aurai envie de dire que la question du dopage est un fait sociétal mineur qui ne bouleversera rien…et donc ne m’intéresse pas. Que ceux qui se dope assument leur responsabilité, même si ils doivent y laisser leur peau. La seule chose qui me gène , c’est que mon fils de 6 ans est féru de vélo!

  2. Bonsoir,

    J’ai découvert votre blog il y a quelques jours et je le trouve très intéressant !

    Au sujet de cet article et bien j’ai trouvé des infos importantes et troublantes ! Mais en même tant de gens ne sont pas au courant de tout cela.

    Moi aussi j’ai un blog au sujet du dopage…

    Je peux vous mettre dans mes liens ?
    Merci pour votre réponse.

  3. Bonsoir,

    merci de l’intérêt que tu portes à notre blog.
    Tu peux bien évidemment nous ajouter dans tes liens.

    Et bravo à toi aussi d’essayer de dénoncer ces pratiques.

    Sportivement,
    L’équipe du Vestiaire

  4. bonjour a tous,
    bien sur le dopage est une chose déguelasse(pardon pour le mot)il y a beaucoup de jeune qu se défonce pour y arriver et d’autre ne se géne pas pour violer les droits..il faut en finir de ses tricheurs.

    Et pour le cancert j’en fais parti depuis 4ans je suis sous surveillance et je peux vous dire que je me suis battu et encore maintenant,il faut avoir le moral et continuer a vivre sa vie meme si cela est dur,vivre vivre vivre et tout sera beau dans votre tete.

    MERCI

  5. Interesting…
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  6. Est ce qu’une absorbsion de testosterone éxogene à dose tres moderé comporte des risques de cancer des testicules?

  7. ok c pas trop la reponse que j’attendai, mais bon merci!!
    Certaines personnes agées font des cures de testo pour rajeunir,suivi par un medecin biensur à l’etranger, et ne presente pas de danger car c controlé par un specialiste, pas question de dose veterinaire!!
    Mais je voudrai savoir si un specialiste dit attention!! à partir de cette dose de testo il y a un reel danger?
    Je ne cautionne pas le dopage mais je pense que ceci est surement comme l’alcool un seuil à ne pas dépasser pour ne pas mettre sa vie en danger!!
    Amicalement Jacques

  8. La rédaction du Vestiaire suit actuellement un stage de reconversion professionnelle, elle n’est donc pas en mesure de vous répondre.

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